Le pic vert n’est pas un nuisible : cet oiseau creuse des trous coniques dans votre pelouse pour y débusquer des fourmis, sa nourriture préférée. S’il revient régulièrement, c’est que votre terrain abrite une colonie bien établie, signe d’un sol naturellement vivant. Protégé par la loi, le pic vert peut cohabiter paisiblement avec votre jardin.
Le pic vert ne creuse pas votre pelouse au hasard : s’il revient chaque matin, votre terrain cache quelque chose juste sous l’herbe

Le grand oiseau vert olive à calotte écarlate qui sautille sur votre pelouse chaque matin n'est pas un simple visiteur de passage. Il se distingue par sa grande taille et son plumage vert, avec une calotte rouge sur la tête, et il porte un nom précis : le pic vert, une des espèces les plus communes qui détient le titre « de plus terrestre de nos pics ». Les trous coniques qui parsèment le gazon ne sont ni le fait d'une taupe ni d'un rongeur : ils marquent l'endroit exact où l'oiseau a repéré quelque chose sous l'herbe.
Fin d'été, la terre sèche craque sous le bec et les trous se multiplient, souvent alignés sur quelques mètres. Le réflexe est presque toujours le même : on accuse une taupe, un campagnol, parfois un rat.
Ni taupe, ni campagnol : l'auteur des trous a des ailes.
- Le pic vert se nourrit à 90 % de fourmis qu'il extrait du sol avec sa langue collante de 10 centimètres.
- Les trous coniques alignés dans la pelouse marquent des galeries de fourmilières, pas des dégâts de rongeurs.
- Une pelouse régulièrement visitée par le pic vert indique un sol vivant et des colonies de fourmis bien établies.
- Le pic vert est une espèce protégée en France ; le capturer ou le nuire est interdit par la loi.
Un régime alimentaire presque exclusivement fait de fourmis
Le pic vert est myrmécophage : l'essentiel de son alimentation est constitué de fourmis et de leurs larves, qu'il extirpe du sol avec sa longue langue collante, tout comme le torcol fourmilier. Selon la fiche de la Ligue pour la protection des oiseaux, son met préféré reste les œufs de fourmis : dès qu'il repère une fourmilière, il engage son bec à l'intérieur et écarte les mandibules pour agrandir l'ouverture. Sur le terrain, il se nourrit très souvent à terre de fourmis, contrairement à la plupart de ses cousins qui grimpent aux arbres.
Le site oiseaux.net avance un chiffre précis : le pic vert se nourrit à 90 % de fourmis, le reste se partageant entre vers de terre, limaçons, escargots et quelques fruits ou graines occasionnels. La LPO confirme que cet insecte constitue l'essentiel de son alimentation à tous les stades de sa vie, œuf, larve et adulte confondus. Les fourmis des genres Formica, Myrmica et surtout Lasius sont particulièrement recherchées, leurs fourmilières formant justement les monticules caractéristiques que l'on observe dans les prés non traités. Cette spécialisation extrême vaut à l'espèce, comme au torcol fourmilier, le qualificatif de myrmécophage chez les ornithologues.
Un seul individu peut avaler environ 2 000 fourmis en une journée.
Le bec en pioche, la langue en hameçon
Pour atteindre ses proies, l'oiseau utilise son bec comme une pioche et éventre littéralement la fourmilière repérée au sol. Il projette ensuite sa langue, qui peut sortir d'environ 10 centimètres au-delà de la pointe du bec. Cette langue, décrite par la LPO comme enduite d'une salive collante, engloutit fourmis et œufs avant qu'ils n'aient une chance de fuir sous terre.
Une langue aussi longue ne se range pas n'importe comment : elle s'enroule autour du crâne de l'oiseau, agissant comme un amortisseur naturel lors des chocs. Ce mécanisme fonctionne comme un soufflet interne, permettant à l'oiseau de déployer ou de ranger cet outil complexe sans gêner sa respiration.
Sur le terrain, le trou n'est jamais anodin : l'oiseau défonce la terre avec son bec pointu et creuse une cavité atteignant 8 centimètres de profondeur. La forme conique correspond au tracé d'une galerie de fourmis, plus large en surface et resserrée en profondeur, là où la colonie s'enfonce. Plusieurs trous alignés dans la même zone de gazon trahissent donc plusieurs galeries d'une même fourmilière, pas une invasion de rongeurs. Les fourmis qui courent en tous sens sont happées par la langue collante avant même d'avoir compris ce qui leur arrivait.
Ce que ces trous révèlent sur votre jardin
Sous une pelouse trouée se cache presque toujours une colonie de fourmis bien installée.
Ces fourmilières se développent surtout dans les sols qui n'ont pas été retournés ni traités depuis plusieurs saisons, un terrain idéal pour les colonies de Formica, Myrmica ou Lasius. L'agriculture moderne, en labourant et fertilisant régulièrement les pâtures, a d'ailleurs contribué à détruire ces fourmilières, l'herbe haute rendant le sol trop froid et trop humide pour qu'elles se réinstallent. Une pelouse qui attire régulièrement le pic vert est donc, la plupart du temps, une pelouse dont le sol vit encore normalement.
S'il revient chaque matin au même endroit, ce n'est pas un hasard : comme la plupart des oiseaux de jardin, il s'alimente tous les jours, surtout tôt le matin, afin de compenser les pertes énergétiques de la nuit. Le couple défend en outre un domaine vital pouvant couvrir de 20 à 150 hectares selon la richesse du milieu, ce qui explique sa fidélité à une pelouse généreuse en fourmis.
Une espèce protégée, pas un nuisible à éliminer
Le pic vert bénéficie d'une protection intégrale sur l'ensemble du territoire français, fixée par l'arrêté ministériel du 29 octobre 2009 relatif aux oiseaux protégés. Ce texte interdit toute capture, destruction ou perturbation intentionnelle des individus ainsi que de leurs habitats de reproduction. La mesure concerne d'ailleurs l'ensemble des pics présents en France, pas seulement l'espèce verte au sol.
Détruire l'oiseau, le capturer, le transporter ou détruire ses œufs et son nid reste donc totalement interdit par la loi.
La population française est estimée entre 200 000 et 600 000 couples nicheurs, ce qui en fait un des pics les plus communs du pays. On le trouve dans les bois de feuillus, les zones cultivées, les vergers, les grands parcs et, bien sûr, les jardins pourvus d'un peu de pelouse rase.
Cohabiter avec le fouilleur de gazon
Rien n'oblige à intervenir sur ces petits trous : l'herbe repousse en quelques jours et la structure du gazon n'est pas affectée en profondeur. Traiter la pelouse aux insecticides pour chasser les fourmis reviendrait surtout à priver l'oiseau de sa source de nourriture, sans bénéfice réel pour le jardin. Pour confirmer sa présence sans même l'apercevoir, un indice sonore suffit : la LPO décrit son cri comme un « kiu-kiu-kiuk » fort et ricanant, reconnaissable de loin. Le matin reste le meilleur moment pour l'observer, quand il descend chercher son repas avant la chaleur du jour.
En fin d'été, quand la terre est sèche et l'herbe rase, ce sont surtout les colonies de Lasius qui restent proches de la surface, ce qui explique le pic d'activité de l'oiseau à cette période. Dès les premières gelées, il se tournera davantage vers les colonies de Formica, dont les fourmis s'enfoncent alors plus profondément dans le sol.
En dehors de nos frontières, l'espèce est protégée par la loi dans la plupart des pays européens. En Hongrie, l'association ornithologique nationale l'a même désignée « oiseau de l'année » en 2022. Ce titre existe depuis 1979, année où l'ONG BirdLife International a commencé à choisir chaque année une espèce d'oiseau comme emblème national.
Sources : legifrance.gouv.fr | jardin-marais-poitevin.com | zoom-nature.fr