Chaque année, des dizaines de milliers de familles financent intégralement les obsèques d’un proche alors qu’il avait souscrit un contrat d’assurance prévu pour cela. Ce scénario tragique résulte d’un simple silence : personne n’avait parlé du contrat. Un service gratuit permet pourtant de vérifier l’existence de ces contrats avant de débourser plusieurs milliers d’euros inutilement.
« J’ai payé 4 800 € pour enterrer mon père » : pourquoi tant de proches règlent des obsèques déjà payées de son vivant

Un proche vient de mourir. Les jours suivants, entre les démarches administratives, le choc du deuil et la pression des pompes funèbres, vous signez un devis. Quelques milliers d'euros partent du compte courant familial. Puis, des semaines plus tard, en triant les papiers du défunt, vous tombez sur une pochette estampillée du logo d'une compagnie d'assurance. Votre père avait tout prévu. Et vous avez quand même tout payé.
Ce scénario n'a rien d'exceptionnel. Lors d'un décès, il arrive que les proches financent intégralement les funérailles du défunt, alors même que celui-ci avait souscrit un contrat d'assurance obsèques. Le phénomène touche des dizaines de milliers de familles chaque année, pour une raison aussi simple qu'évitable : personne n'en avait parlé.
À retenir
- Plus de 5,4 millions de contrats obsèques existent en France, mais des milliers restent secrets dans des tiroirs
- L'Agira, un service gratuit créé en 2005, permet de vérifier l'existence de contrats avant de payer les obsèques
- En 2024, 130 000 demandes ont débouché sur 1,7 milliard d'euros de capitaux retrouvés et versés aux familles
5,4 millions de contrats, et pourtant…
Le marché des contrats d'assurance obsèques représente, en France, en 2023, 1,8 milliard d'euros de cotisations pour un volume de plus de 5,4 millions de contrats. C'est considérable. Ces contrats sont principalement souscrits lors d'un passage en agence bancaire ou à l'occasion d'une entrée en maison de retraite, par de jeunes retraités ou des personnes récemment entrées en établissement. Le raisonnement est sain : ne pas laisser ce fardeau financier aux enfants. L'intention est louable. L'exécution, elle, achoppe souvent sur un détail fatal, le silence.
Entre les déménagements, les changements de banque ou d'assureur et l'absence de discussion au sein de la famille, les pièces justificatives se dispersent. Un contrat signé il y a quinze ans, rangé dans un tiroir devenu le bric-à-brac familial, finit par devenir invisible. La dépense moyenne des Français par décès s'élève en 2022 à 4 536 euros, hors dépenses consacrées aux travaux de marbrerie. Ce sont donc souvent plusieurs milliers d'euros avancés inutilement par des proches déjà épuisés par le deuil.
Le problème va plus loin que les seules obsèques. Chaque année, des milliards d'euros restent oubliés dans des contrats d'assurance vie, faute de bénéficiaires identifiés. Un contrat en déshérence désigne un contrat ni réclamé ni versé aux bénéficiaires à son échéance ou après le décès de son titulaire. Ces sommes ne disparaissent pas : elles dorment, parfois des décennies, dans les caisses des assureurs ou, passé un certain délai, à la Caisse des Dépôts.
L'AGIRA : un outil gratuit que trop peu de familles utilisent
L'Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance (Agira) met à disposition un service en ligne qui vous permet de rechercher l'existence de ces contrats et de savoir si vous y êtes désigné. Le dispositif existe depuis 2005 pour l'assurance-vie, et a été étendu depuis aux contrats obsèques et dépendance. Les demandes auprès de l'Agira sont gratuites. Aucun honoraire, aucun intermédiaire à rémunérer.
Les chiffres de recours restent pourtant modestes au regard de l'enjeu. Le nombre de saisines de l'Agira au titre du dispositif obsèques a progressé au cours des dernières années (15 943 saisines en 2023, soit +102 % depuis cinq ans). Mais l'Agira reste aujourd'hui essentiellement un outil pour les familles confrontées au coût du décès. Très peu de demandes sont faites par les professionnels (312 saisines en 2023, soit 2 % du total des saisines). les pompes funèbres, qui pourraient systématiquement orienter les familles vers ce dispositif dès la première rencontre — le font encore trop rarement.
Le Comité consultatif du secteur financier souligne la nécessité de renforcer l'information des familles sur l'existence du dispositif porté par l'Agira, permettant de vérifier si un proche décédé est couvert par une assurance obsèques. La recommandation date de l'avis du CCSF du 15 octobre 2024, et elle traduit une réalité que les professionnels du secteur connaissent bien : le bouche-à-oreille ne suffit pas.
Comment faire la démarche, concrètement
La procédure est plus rapide qu'on ne l'imagine. Le dispositif de recherche des contrats Obsèques de l'Agira permet, en cas de décès, à toute personne proche ou à l'entreprise funéraire de connaître l'existence d'un contrat Obsèques souscrit par le défunt. Vous pouvez effectuer la demande de deux manières : via le web en remplissant le formulaire présent sur le site de l'AGIRA, ou par courrier à l'adresse suivante : AGIRA – RECHERCHE DES CONTRATS OBSEQUES, TSA 20179, 75441 PARIS CEDEX 09.
Votre demande devra comporter les informations suivantes : le nom, prénom, date et lieu de naissance de la personne décédée, et une copie de son acte de décès, ainsi que votre nom, prénom et adresse, accompagnés d'un justificatif prouvant que vous êtes en charge des obsèques du souscripteur. Pour un contrat obsèques, les entreprises répondent dans un délai maximum de 3 jours ouvrés à compter de la réception de la demande par l'Agira. Si vous n'obtenez pas de réponse à votre demande dans le mois, cela signifie que le défunt n'a pas souscrit à un contrat d'assurance obsèques.
Pour l'assurance-vie, le délai est un peu plus long. La démarche consiste à soumettre un formulaire en ligne avec l'acte de décès : l'AGIRA transmet aux assureurs sous 15 jours, et les assureurs répondent sous 1 mois. En 2024, plus de 130 000 demandes ont été traitées, pour près de 1,7 milliard d'euros de capitaux à régler. Ce chiffre donne la mesure de ce qui circule, discret, dans les coffres du secteur assurantiel.
Une précaution utile si le décès est ancien : si le décès remonte à plus de 10 ans, il faut utiliser CICLADE, le service de la Caisse des Dépôts, et non l'AGIRA. Passé 10 ans sans règlement, les fonds non versés sont transférés à la Caisse des Dépôts où ils restent disponibles pendant 20 ans supplémentaires. Au total, vous avez jusqu'à 30 ans après le décès pour réclamer le capital.
Dernière mise en garde, signalée par l'Agira elle-même : des individus se faisant passer pour un cabinet de courtage ou pour l'Agira annoncent à leurs victimes qu'elles sont bénéficiaires de contrats d'assurance vie en vue d'obtenir de leur part le paiement indu de montants visant à débloquer les fonds rapidement. Le vrai service ne demande jamais d'argent. Jamais.
La vraie prévention commence avant le décès
Faire la démarche AGIRA après un décès, c'est bien. Rendre la démarche inutile, c'est mieux. L'organisme insiste sur un point simple mais décisif : informer clairement ses proches de l'existence de ses contrats obsèques ou dépendance, et noter noir sur blanc le nom de l'assureur et le numéro du contrat dans un dossier facilement accessible. Une feuille glissée dans une enveloppe kraft, confiée à un enfant ou au notaire, suffit à éviter des mois de confusion et plusieurs milliers d'euros dépensés en double.
Dans la mesure où les délais peuvent porter préjudice aux familles, qui doivent éventuellement avancer des frais, même si ceux-ci peuvent être remboursés ultérieurement par les compagnies d'assurance — le Comité a estimé qu'il conviendrait de renforcer l'information des familles comme des professionnels sur l'existence du dispositif obsèques de l'Agira. Le remboursement est possible, mais il arrive après la facture, après le stress, après les discussions entre héritiers sur qui avance quoi. Autant court-circuiter tout cela.
Le tabou autour de la mort explique une bonne partie des oublis. On souscrit un contrat obsèques à 65 ans, on n'en parle à personne parce que le sujet est inconfortable, et on range la pochette. Vingt ans plus tard, personne ne sait. En 2023, le montant total des cotisations sur les contrats obsèques s'élève sur le marché à 1,8 milliard d'euros pour environ 0,74 milliard d'euros de prestations versées. L'écart entre ce qui est cotisé et ce qui est versé aux familles dit quelque chose de cet immense silence collectif autour d'une enveloppe pourtant destinée à aider.
Sources : bourseinside.fr | prevoir.com