Vous pensiez que votre montre connectée ne comptait que vos pas. Or, elle surveille votre rythme cardiaque 24h/24 et peut détecter la fibrillation auriculaire, un trouble silencieux qui multiplie par 5 le risque d’AVC. Une étude néerlandaise montre que ces appareils détectent quatre fois plus de cas qu’un suivi classique.
Une montre connectée peut détecter une arythmie cardiaque, pas la soigner

Oui : le capteur optique et l'ECG d'une montre connectée peuvent repérer un pouls irrégulier, et l'essai néerlandais Equal a détecté quatre fois plus de fibrillations auriculaires avec l'appareil qu'avec une prise en charge standard (9,6 % contre 2,3 %). Mais la montre reste un outil de dépistage : seul un médecin pose le diagnostic et décide d'un traitement.
Une montre connectée peut-elle vraiment détecter une arythmie cardiaque ?
Oui, à condition de parler de dépistage et non de diagnostic. Le capteur optique situé au dos de la montre mesure en continu la courbe du pouls : une lueur reflétée par les globules rouges permet de calculer le rythme cardiaque. Comme la fibrillation auriculaire (FA) produit un pouls irrégulier, l'appareil peut signaler ces irrégularités.
Certains modèles ajoutent un ECG à une piste, avec deux électrodes : l'une au dos du boîtier, l'autre sur la couronne. La lecture du rythme est alors plus précise. Dans les deux cas, des mois de mesures s'accumulent, jour et nuit, sans que le porteur s'en occupe, et le cardiologue peut les consulter d'un seul coup d'œil.
Pourquoi la fibrillation auriculaire passe-t-elle souvent inaperçue ?
C'est le trouble du rythme cardiaque le plus répandu chez les personnes âgées, et sa fréquence augmente avec l'âge : environ une personne sur 20 après 65 ans, une sur 10 après 80 ans.
Le mécanisme est redoutable : les caillots formés dans le cœur peuvent boucher une artère alimentant le cerveau et provoquer un infarctus cérébral. Le risque d'AVC est en moyenne multiplié par 5 en cas de FA, et elle est responsable d'environ 15 % des infarctus cérébraux, une part qui atteint près de 40 % après 80 ans.
Le piège, c'est le silence : une part importante des épisodes ne provoque aucune palpitation, aucun essoufflement, rien qui alerte.
Qu'a montré l'étude néerlandaise Equal ?
En janvier 2026, le Journal of the American College of Cardiology a publié les résultats d'un essai randomisé mené aux Pays-Bas et baptisé Equal. Il a inclus 437 patients à haut risque d'AVC, répartis sur six mois entre une montre connectée (photo-pléthysmographie et ECG, avec télétransmission possible 24 h/24) et une prise en charge standard.
- Détection : 9,6 % de FA détectées dans le groupe équipé de la montre, contre 2,3 % dans l'autre groupe, soit quatre fois plus.
- Récidives : 53 % de rechutes repérées avec l'appareil connecté, contre 35 % dans le groupe contrôle, dans une analyse portant sur 168 patients
La montre ne détecte donc pas seulement mieux : elle repère aussi plus souvent les rechutes après un premier épisode traité.
Pourquoi le dépistage classique ne suffisait-il pas ?
Les recommandations européennes préconisent depuis longtemps un dépistage chez les personnes à risque, mais aucune approche généralisée ne s'était imposée : les moniteurs implantables sont invasifs et coûteux, et les ECG à domicile demandent une participation active du patient. La montre connectée contourne cet obstacle : elle surveille en arrière-plan, sans geste à répéter chaque jour ni rendez-vous programmé.
Les montres connectées sont-elles fiables ?
Une méta-analyse récente portant sur 26 études établit que la sensibilité globale des montres intelligentes pour détecter la FA atteint 95 %, avec une spécificité de 97 %.
Des limites subsistent néanmoins :
- L'ECG intégré n'offre qu'une seule dérivation, contre 12 pour un ECG médical standard, et ne peut pas révéler de nombreuses anomalies qu'un examen complet détecterait.
- Ces capteurs ne remplacent pas les urgences : ils détectent principalement des troubles du rythme comme la FA et ne peuvent pas diagnostiquer un infarctus du myocarde. En cas de douleur thoracique intense, il faut composer le numéro d'urgence.
- La question de fond reste ouverte : ces dispositifs permettent-ils réellement de réduire le risque d'AVC lié à la FA, et pas seulement de multiplier les diagnostics ?
Que faire des données enregistrées au quotidien ?
Il n'est pas question de paniquer à la moindre notification. Le geste utile consiste à apporter l'historique complet à votre médecin lors de la prochaine consultation, même en l'absence d'alerte particulière.
Le score CHA2DS2-VASc utilisé par les cardiologues intègre l'âge comme facteur de risque majeur : dans la pratique, presque chaque patient de plus de 75 ans atteint de fibrillation auriculaire bénéficie d'une anticoagulation, un traitement qui change radicalement le pronostic. Encore faut-il que quelqu'un prenne le temps de lire ces courbes accumulées.
👉 Un petit geste pour Journal des seniors ? Suivez-nous sur Google, ajoutez-nous à vos favoris et retrouvez-nous sur Google Actualités pour ne manquer aucun de nos articles.
Sources : cbip.be | frequencemedicale.com
