Ma mangeoire était posée à trois mètres de la baie vitrée, juste assez loin pour ne pas gêner les mésanges. Puis, un matin, j’ai trouvé un petit corps immobile au pied de la vitre.
On s’obstine tous à poser la mangeoire à quelques mètres de la baie vitrée, alors que les ornithologues ne connaissent que deux distances sans danger

- À moins de 1 m de la vitre, aucun choc mortel n'a été relevé dans l'étude de 2004.
- À 10 m, 69 % des chocs se sont révélés mortels.
- À 3 m, 43 % des oiseaux morts percutaient la vitre dans l'expérience de février 1992.
- Audubon conseille une distance de 9 m, sans qu'aucun test ne l'ait confirmée.
Le milieu du jardin, zone la plus dangereuse
Deux distances reviennent chez les spécialistes : la mangeoire à moins de 1 m de la vitre, ou très loin de la maison, à plus de 9 m environ. Une seule des deux a été mesurée sur le terrain. Quant aux 3 à 5 m où l'on installe presque d'instinct le repas des oiseaux, ils tombent en plein dans la zone à risque.
À 3 m, pourtant, tout paraît raisonnable.
Une propriétaire pose sa mangeoire à 3 m de la baie vitrée du salon, pour suivre les mésanges depuis le canapé. Le spectacle est au rendez-vous. Mais au pied de la vitre, elle ramasse bientôt des oiseaux sonnés, parfois morts, environ un par semaine dans son cas. Ce rythme n'a rien d'une statistique : il appartient à son jardin et à sa mangeoire posée à 3 m.
Six fenêtres, une forêt de Pennsylvanie
La référence sur la question date de mars 2004. Daniel Klem Jr. et cinq coauteurs l'ont publiée dans le Wilson Bulletin (volume 116, n°1, pages 69 à 73), et les ornithologues la citent encore. Le protocole tient en une phrase : six fenêtres en verre de 1,4 x 1,2 m, des mangeoires-plateaux placées à des distances variables, et un décompte de chaque choc.
Premier essai, d'octobre à décembre 1991. Avec la mangeoire à 1 m de la vitre, 24 % des 105 chocs enregistrés ont eu lieu, et aucun n'a été mortel. À 5 m, on relève 28 % des chocs mais déjà 33 % des morts. À 10 m, la proportion grimpe à 48 % des chocs et 67 % des morts.
Second essai, en février 1992, avec des distances plus rapprochées. À 2 m, 23 % des 197 chocs et 5 % des 21 oiseaux morts. À 3 m, 46 % des chocs et 43 % des morts. À 4 m, 31 % des chocs et 52 % des morts.
Les deux campagnes n'ont pas compté les mêmes nombres d'oiseaux, ce qui interdit de les additionner telles quelles. Elles dessinent pourtant la même courbe.
Ce que les pourcentages disent vraiment
À 1 m, aucun choc mortel sur l'ensemble de l'expérience.
Le chiffre le plus parlant n'est pas le nombre de chocs, mais la part de ceux qui tuent. Elle atteint 0 % à 1 m, 2 % à 2 m, puis 59 % à 5 m et 69 % à 10 m. plus la mangeoire s'éloigne de la vitre, plus un choc a des chances d'être fatal.
Le cas des 3 m, celui de notre propriétaire, mérite un second regard : 46 % des chocs et 43 % des morts de la série de février. C'est la distance où les oiseaux se heurtent le plus souvent, et elle n'a rien d'anodin. Elle se situe déjà dans la partie haute de la courbe de mortalité.
L'élan, ennemi numéro un
L'explication est d'ordre physique. Tout près de la vitre, l'oiseau effrayé qui s'envole n'a pas la place de prendre de la vitesse. Il peut encore heurter le verre (24 % des 105 chocs de la première série se sont produits à 1 m), mais le coup reste faible.
Plus loin, la même fuite se transforme en trajectoire lancée. Un oiseau qui détale d'une mangeoire à 5 ou 10 m vise le reflet d'un arbre ou le ciel dans la vitre, et il y arrive avec l'élan d'un vol complet.
La conclusion des auteurs va dans ce sens : placer les mangeoires plus près des fenêtres peut réduire la mortalité. Ils ont d'ailleurs fait un pas de plus, en recommandant de réévaluer la loi américaine de protection des oiseaux migrateurs, au vu de l'ampleur des collisions avec le verre.
Le bon geste, côté salon
Le bon geste est donc de rapprocher la mangeoire à moins de 1 m de la baie, pas de l'éloigner. C'est contre-intuitif, parce qu'on craint de gêner les oiseaux ou de les exposer au verre. L'expérience de Pennsylvanie dit l'inverse.
Le gain est double, et le second va ravir la propriétaire de notre histoire. Depuis le canapé, on voit encore mieux les mésanges : les plumages, les querelles autour des graines, les visites furtives du matin.
Munissez-vous d'un mètre ruban : l'écart se mesure entre la vitre et le bord de la mangeoire, pas jusqu'au centre du plateau. Si vous êtes à 1,20 m, ne comptez pas sur le bénéfice observé.
L'option lointaine, sans garantie
La seconde option ne vient pas de l'étude de Klem. Elle est conseillée par l'association américaine Audubon : placer la mangeoire à plus de 30 pieds, soit environ 9 m. L'idée est que de loin, l'oiseau comprend que le reflet fait partie d'une maison, et non d'un prolongement du jardin.
Cette recommandation n'a pas été testée par Klem.
Gardez en tête un piège de lecture : l'étude n'a pas montré qu'au-delà de 10 m le danger disparaît. À 10 m, justement, 69 % des chocs étaient mortels, soit le pire résultat de la série. Les 9 m conseillés sont une prudence de praticiens, pas un seuil prouvé.
Dans bien des jardins, cette option a un autre coût : à 9 m, la mangeoire sort du champ de vision du salon. On gagne en sécurité probable, on perd le plaisir de l'observation depuis le canapé.
L'étude de 2004 ne portait d'ailleurs pas que sur les mangeoires : elle testait aussi l'inclinaison des vitres. Ses auteurs jugent que des vitres inclinées, dans les bâtiments neufs ou rénovés, pourraient réduire la mortalité des oiseaux.
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Source : en.wikipedia.org
