Les premières grives sont arrivées dès octobre, et le pied de mon pommier ressemblait soudain à une table dressée. Il m’a fallu deux hivers pour comprendre quels fruits garder au sol et lesquels jeter.
J’ai laissé quelques pommes au pied de mon pommier tout l’hiver : quand les grives sont arrivées de Scandinavie, j’ai compris ce qu’il fallait ramasser

- Les grives mauvis et litornes viennent hiverner en France depuis la Scandinavie.
- Les pommes saines ou blettes laissées au sol nourrissent les oiseaux de novembre à fin mars.
- Les fruits portant des cercles de pustules claires sont atteints de moniliose et doivent être retirés.
Quelques pommes au sol, un tri précis
Le geste tient en deux temps. De novembre à la fin de l'hiver, on laisse au sol quelques pommes tombées, saines ou blettes, loin des passages, à la disposition des oiseaux. Celles qui portent des cercles de petites pustules claires (blanches, crème ou grises) font le chemin inverse : direction la sortie du jardin.
La grive mauvis ne niche jamais en France.
Elle se reproduit en Islande, en Scandinavie, en Russie et dans les pays baltes, puis vient hiverner chez nous. Entre 500 000 et 1 million d'individus passent l'hiver en France. Les premières arrivent dès octobre, les dernières repartent entre fin février et mi-avril. En novembre, elles sont là, et un pied de pommier mal ramassé fait figure de restaurant ouvert.
Le réflexe de tout ramasser, entretenu par des décennies de pelouses impeccables, a la vie dure. Il ne se justifie pourtant que pour une partie des fruits : ceux que la moniliose a touchés.
Qui vient picorer, et quand
Merles noirs, grives musiciennes et grives draines vivent au jardin toute l'année. Deux autres grives viennent du Nord passer l'hiver : la mauvis et la litorne. Vos pommes peuvent donc réunir à la même table des résidentes de longue date et des voyageuses parties de Scandinavie.
La mauvis aime les fruits très mûrs, voire pourris, et le blet que beaucoup de jardiniers destinent au compost lui convient parfaitement. Sa population hivernante a pourtant reculé de près de 45 % entre 2000 et 2014, un déclin qui donne un peu plus de poids au moindre fruit laissé à terre.
La litorne obéit à un autre calendrier. Elle niche surtout en Scandinavie. De quelques centaines de milliers à 1 million d'individus passent l'hiver en France, d'autant plus que le froid frappe le nord de l'Europe. Oiseau plutôt de prairie, elle ne s'approche des maisons que par grand froid.
Des fruits blets, mais ni mangeoire ni graines
Une pomme tombée, tachée ou ramollie, que personne n'aurait envie de croquer, entre dans la bonne case. Les fruits décomposés (pomme, poire flétrie, raisin) figurent parmi les meilleurs aliments d'hiver des oiseaux du jardin, d'après les spécialistes de leur protection. Ces derniers situent la période de nourrissage entre la mi-novembre et la fin mars.
Il ne fait pas encore assez froid pour une mangeoire.
Pas de graines jetées au sol non plus : la pratique est déconseillée par hygiène. La consigne ne vaut que pour les fruits, déposés ou laissés à l'écart des passages, là où personne ne les écrasera.
Reconnaître la moniliose avant de ramasser
Un fruit pourri n'est pas forcément un fruit malade. La moniliose est un champignon qui fait pourrir la pomme, puis la dessèche jusqu'à en faire une « momie ». Sa signature tient en un détail : des pustules claires disposées en cercles concentriques à la surface du fruit.
Ces pustules sont blanches, crème ou grises, et s'ordonnent comme les ondes d'un caillou jeté dans l'eau. Une pomme qui brunit uniformément, sans ces anneaux, n'est probablement pas concernée.
Le champignon passe l'hiver dans les fruits momifiés. Peu importe qu'ils pendent à l'arbre ou gisent au sol, il y reste en attente. Ses spores contaminent ensuite, au printemps, les fleurs et les fruits suivants. D'où la règle : on ramasse et on détruit ces fruits-là, et seulement eux.
Les fruits secs et ratatinés restés accrochés comptent aussi.
Levez les yeux avant de baisser le dos. Un tour complet du pommier, branches comprises, suffit à repérer les momies qui s'y cramponnent. Elles partent hors du jardin, dans un seau ou un sac.
Choisir son moment pour trier
Un long week-end au sec et au soleil, entre 11 et 16 °C, convient très bien. À cette température, on s'accroupit sans claquer des dents et on lit la peau des fruits à la lumière du jour. Le sec évite de patauger parmi des pommes glissantes. Novembre offre en prime une fenêtre idéale : le tri est fait avant les grands froids, alors que les grives du Nord sont déjà installées.
Le tri se joue en deux zones. Au sol, on garde les pommes saines ou blettes, éloignées des passages, et l'on retire celles qui portent les cercles ; dans l'arbre, on décroche les momies.
Des pommes utiles, pas indispensables
Le geste n'a rien d'une lubie. Quelques fruits suffisent, inutile de transformer le pied du pommier en verger de cidre. Certains grands jardins anglais laissent leurs pommes au sol tout l'hiver.
Il serait faux de présenter ces pommes comme indispensables aux grives. Elles mangent aussi des baies (aubépine, sorbier, lierre). La venue de grives dans votre jardin dépend du froid et de l'endroit : elles peuvent venir, sans garantie. Un hiver doux peut donc passer sans la moindre visite.
Si votre terrain compte déjà une aubépine, un sorbier ou un pan de lierre, gardez-les tels quels. Le pommier vient s'ajouter à cette carte, il ne la remplace pas. Ses fruits tombés complètent le menu de novembre à la fin de l'hiver.
Les dernières grives du Nord repartent entre fin février et mi-avril, alors que la période de nourrissage s'achève à la fin mars. Un dernier regard dans les branches, pour y repérer les fruits secs et ratatinés, évitera de les retrouver à la floraison.
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Sources : oncfs.gouv.fr | jardiner-malin.fr
