Il y a des destinations qui s'imposent d'elles-mêmes, portées par des décennies de cartes postales et de réputation mondiale. Capri en fait partie. Mais dans le golfe de Naples, à quelques encablures de cette île star, se cache un secret bien gardé : une île volcanique de 4 km², aux maisons couleur abricot et pistache, où la vie s'écoule encore au rythme des pêcheurs et des chats endormis sur les murets. Une île que la plupart des voyageurs frôlent sans jamais y poser le pied. Son nom ? Procida. Et une fois qu'on l'a découverte, difficile de repartir sans avoir envie d'y revenir.
Pourquoi tout le monde oublie Procida alors qu'elle est juste à côté
La célébrité de Capri qui éclipse ses voisines
Dans le golfe de Naples, trois îles se partagent l'attention : Capri, Ischia et Procida. La première accapare les regards avec ses boutiques de luxe, sa Grotte Azurée et ses terrasses perchées où s'attablent célébrités et touristes fortunés. La deuxième séduit avec ses thermes et ses hôtels de charme. Quant à Procida, elle reste dans l'ombre, presque oubliée des agences de voyage et des influenceurs en quête de décors spectaculaires.
C'est précisément ce qui fait son charme. Là où Capri déborde de visiteurs pressés et d'excursions minutées, Procida respire encore. Les ruelles ne sont pas engorgées, les restaurants ne requièrent pas de réservation trois semaines à l'avance, et les habitants vous regardent avec curiosité plutôt qu'avec la lassitude de ceux qui croisent des étrangers à longueur d'année.
Une découverte née du hasard
C'est souvent ainsi que naissent les meilleures surprises de voyage : non pas d'un itinéraire soigneusement planifié, mais d'un contretemps, d'un quiproquo ou d'une conversation de comptoir. Un ferry manqué pour Capri, une suggestion d'un habitant du port de Naples, une curiosité spontanée face à un bateau qui partait dans dix minutes. Procida ne s'est pas choisie ; elle s'est imposée. Et c'est peut-être la plus belle manière d'arriver sur une île qui cultive précisément cet art de l'inattendu.
Le choc en découvrant ce petit paradis préservé
Le premier regard depuis le pont du ferry suffit à comprendre qu'on arrive quelque part d'unique. Les façades colorées s'empilent sur la colline, dans des teintes que l'on croirait tout droit sorties d'un tableau de Sorolla : jaune safran, rose poudré, vert sauge, orange brûlé. Procida est une île-tableau, nommée à juste titre Capitale Italienne de la Culture en 2022, une reconnaissance tardive mais méritée pour ce village-musée à ciel ouvert que les cinéastes avaient déjà repéré bien avant les institutions culturelles. Il Postino et The Talented Mr. Ripley y ont tous deux trouvé leurs décors les plus emblématiques.
Ces trois villages colorés qui font oublier les selfies de masse
Corricella, le reflet parfait qui donne envie de rester
Accroché à flanc de colline au-dessus de la mer, le village de Corricella est sans doute l'un des plus beaux ports de pêche de toute la Méditerranée. Ses maisons aux teintes pastel se reflètent dans une eau d'un calme presque irréel. Pas de voitures, pas de bruit de moteur. Seulement des barques colorées amarrées côte à côte, des filets qui sèchent au soleil, et quelques tables en terrasse où l'on sert des spaghetti alle vongole pour moins d'une dizaine d'euros. Le temps s'y étire volontiers.
Marina Chiaiolella, où les pêcheurs prennent encore leur café tranquille
À l'opposé de l'île, la Marina Chiaiolella offre une atmosphère plus quotidienne, moins photographiée, mais tout aussi sincère. C'est ici que les habitants se retrouvent le matin autour du comptoir du bar local, que les enfants jouent sur les quais après l'école et que les pêcheurs préparent leurs embarquements sans se soucier des appareils photo. Une scène de vie ordinaire qui, précisément, ne l'est pas. Elle dit quelque chose d'essentiel sur ce que Procida a su préserver : une identité locale, intacte et fière.
Terra Murata, la forteresse médiévale cachée en haut de l'île
Perché au sommet de l'île, le village médiéval de Terra Murata est l'un des secrets les mieux gardés de Procida. Ses ruelles pavées, ses hauts murs de tuf volcanique sombre et son abbaye de San Michele Arcangelo semblent suspendus entre deux époques. Le Palazzo d'Avalos, ancienne résidence aristocratique reconvertie en prison puis abandonnée, donne au lieu une atmosphère romantique et mélancolique. Mais c'est surtout le panorama sur Marina Corricella depuis les hauteurs qui laisse sans voix : un tableau vivant, un de ceux que la mémoire conserve longtemps.
Ce qu'on peut vraiment y faire quand on déteste les hordes de touristes
Les petites criques secrètes où la mer est cristalline
Procida n'est pas une île de grandes plages bondées. C'est une île de criques discrètes, de rochers plats pour s'allonger au soleil, d'eaux transparentes auxquelles on accède parfois après quelques minutes de marche dans un chemin de pierres. La plage de Chiaia, encaissée et peu fréquentée, ou les abords rocheux de Punta Pizzaco offrent une baignade loin de toute agitation. Le printemps est une période particulièrement favorable pour en profiter, avant que les quelques visiteurs estivaux n'arrivent en nombre.
Flâner dans les ruelles sans craindre les coude-à-coude
Sur Procida, la flânerie est une activité à part entière. Les ruelles étroites de la ville haute se découvrent à pied, sans plan précis, au gré des escaliers en colimaçon et des arches de pierre. Ici, pas de boutiques de souvenirs industriels ni de files d'attente devant les monuments. Une chapelle entrouverte sur un quartier silencieux, un chat roux endormi sur une marche, une vieille dame qui arrose ses géraniums depuis son balcon : voilà l'essentiel de Procida, et il n'a pas de prix.
Manger du poisson frais sans payer le prix d'une villa romaine
La gastronomie de l'île est celle de la mer, simple et généreuse. Les restaurants de Corricella et de Marina Grande servent des poissons grillés pêchés le matin même, des poulpes mijotés à la napolitaine, des citrons de l'île dont le parfum seul suffit à ouvrir l'appétit. Les prix, eux, restent remarquablement raisonnables comparés à ceux de Capri, où une assiette de pâtes peut atteindre des sommets dignes d'un restaurant étoilé parisien. À Procida, on mange bien, on mange vrai, et on repart sans avoir vidé son portefeuille.
Pourquoi y retourner et comment s'y rendre
Ce qu'il faut absolument faire avant de quitter Procida
Avant de reprendre le ferry, quelques incontournables méritent d'être cochés. Monter à Terra Murata au coucher du soleil pour voir les façades de Corricella s'enflammer dans la lumière dorée. Goûter le limoncello local, élaboré à partir des citrons de l'île, incomparable avec les versions industrielles. S'asseoir une dernière fois au bord de l'eau à Chiaiolella, commander un caffè serré et regarder les barques se balancer doucement. Ces instants-là ne s'oublient pas.
Les meilleures périodes pour la visiter
Procida se visite toute l'année, mais le printemps et l'automne lui vont particulièrement bien. Au printemps notamment, comme en cette période de mars-avril, l'île s'éveille doucement : les fleurs envahissent les balcons, la mer commence à se réchauffer, les terrasses rouvrent leurs portes et les habitants retrouvent leurs habitudes estivales sans la cohue des mois suivants. C'est la fenêtre idéale pour découvrir Procida dans toute sa sincérité, avant que l'été n'y attire les quelques curieux qui l'ont enfin ajoutée à leurs listes.
Les infos pratiques pour organiser votre évasion
Rejoindre Procida est d'une simplicité désarmante. Depuis Naples, des hydroglisseurs rapides permettent de rallier l'île en moins de 30 minutes, tandis que les ferries classiques prennent environ une heure. Les départs se font depuis le port de Naples (Molo Beverello) et les billets s'achètent sur place ou en ligne auprès des compagnies Caremar ou SNAV, à des tarifs très accessibles. Sur l'île, les voitures sont peu nombreuses et les déplacements se font essentiellement à pied ou à vélo. Procida se parcourt entièrement en une journée, mais elle se savoure bien mieux en deux ou trois nuits, logé dans une locanda de charme ou une chambre d'hôte aux couleurs locales.
Procida n'est pas une destination qui cherche à séduire. Elle n'en a pas besoin. Elle existe, elle persiste, elle résiste à l'uniformisation touristique qui a englouti tant d'autres îles méditerranéennes. À quelques minutes de Naples, à l'ombre de la célébrité de Capri, elle continue de vivre à son propre rythme, comme si le reste du monde ne pressait pas vraiment. Et peut-être que c'est précisément cela, la vraie définition du luxe : une île où l'on peut encore s'asseoir tranquillement, regarder la mer et n'avoir nulle part où aller.

