Trois mois de plage et de plein air, mais le taux de vitamine D reste identique. Après 60 ans, la peau produit 4 fois moins de vitamine D qu’à 20 ans. Découvrez pourquoi le soleil estival ne suffit pas et comment vraiment refaire le plein.
J’ai pris le soleil tout l’été en pensant refaire le plein : mon bilan sanguin de septembre m’a donné le même chiffre qu’en janvier

Le résultat du bilan arrive, et le chiffre ne bouge pas. Trois mois de plage, de terrasse, de balades en plein air, et ce taux de vitamine D reste désespérément identique à celui de janvier. La scène est banale, presque comique, et pourtant elle révèle un angle mort que la médecine de ville perpétue chaque année avec une belle régularité.
À retenir
- À 70 ans, votre peau produit 4 fois moins de vitamine D qu'à 20 ans pour la même exposition solaire
- 80% des Français présentent une carence en vitamine D, même en été : le chiffre change à peine entre janvier et septembre
- Arrêter la supplémentation au printemps est une erreur médicale courante qui vide les réserves en quelques semaines
Le soleil de l'été ne suffit pas, surtout après 60 ans
Voici le premier fait dérangeant : la peau des personnes âgées contient moins de 7-déhydrocholestérol, qui est la base de la synthèse endogène de vitamine D. Une personne âgée de 70 ans produit 4 fois moins de vitamine D qu'un sujet âgé de 20 ans. vous pouvez vous exposer exactement autant qu'un étudiant de 22 ans, votre peau répondra quatre fois moins bien à la même dose de rayons UVB. Pour 20 minutes d'exposition solaire à 20 ans, vous fabriquez 250 microgrammes. À 80 ans, vous allez en fabriquer 20 microgrammes.
Ce n'est pas une question de paresse ou de mauvaise volonté. La carence en vitamine D concerne toutes les classes d'âge, mais sa prévalence est particulièrement élevée chez les personnes âgées. Le vieillissement de la peau qui s'accompagne d'une diminution de la synthèse cutanée de vitamine D sous l'effet des rayons ultraviolets, ainsi que le mode de vie souvent sédentaire du fait d'une perte de mobilité et qui limite l'exposition solaire, en sont les causes principales. Et l'efficacité du processus de synthèse dépend en grande partie de la dose d'UVB reçue, de la pigmentation, de l'épaisseur de la peau, de la graisse sous-cutanée et de l'âge. Chacun de ces facteurs évolue défavorablement avec les années.
À ces limites biologiques s'ajoutent des facteurs pratiques souvent sous-estimés. Les vitres des fenêtres ou des véhicules bloquent une grande partie des rayons UVB, mais laissent passer les UVA. Lire sur sa terrasse derrière une baie vitrée, conduire fenêtre ouverte, même bronzer légèrement à l'ombre : tout cela ne produit pas un milligramme de vitamine D. Et lorsqu'on applique de la crème solaire, l'utilisation de filtre solaire diminue la production de vitamine D3 de 92 % pour un indice 8 et de 99 % pour un indice 15.
80 % des Français en déficit : l'été ne change pas grand-chose
Une insuffisance en vitamine D touche 80,1 % des adultes, selon l'Étude nationale nutrition santé (ENNS) publiée par l'Institut de veille sanitaire. Ce chiffre a de quoi surprendre quand on sait que la France est un pays d'ensoleillement raisonnable. Sur l'année, la prévalence du déficit modéré à sévère varie de 24,4 % entre les mois de juin et septembre à 56,2 % entre les mois de février et mai. L'été améliore donc la situation, mais ne la résout pas : un Français sur quatre reste en déficit même au cœur de l'été.
La raison tient aussi à la durée de vie des réserves. L'été ne compense pas totalement l'hiver car la vitamine D ne se stocke que 6 à 8 semaines. Concrètement : même un été ensoleillé et actif, les réserves commencent à fondre dès octobre. Quelqu'un qui arrête sa supplémentation en mai pour "profiter du soleil" repart de bas en novembre, avec un stock déjà bien entamé. Avec un apport moyen de 3,1 µg par jour par les repas, nous sommes très loin des 15 µg recommandés, ce que la seule alimentation compense difficilement, même avec de bonnes intentions.
L'étude ENNS montre un gradient Nord-Sud modéré : 85 % de déficit en hiver au Nord contre 70 % au Sud. Même les chanceux qui vivent sous le soleil de Méditerranée restent majoritairement déficitaires en hiver. Les habitudes de vie, activité en intérieur, protection solaire, comptent plus que la latitude. Ce n'est pas la géographie qui protège, c'est le comportement.
L'erreur du printemps : quand le médecin dit "stop" trop tôt
Le réflexe est répandu dans les cabinets médicaux : prescription d'une ampoule de vitamine D en novembre, renouvellement en janvier ou février, puis… arrêt au printemps avec le raisonnement que le soleil prendra le relais. C'est là que le raisonnement achoppe. La supplémentation en vitamine D ne devrait pas être systématiquement arrêtée au printemps. Les niveaux d'exposition au soleil ne sont souvent pas suffisants. Même avec l'ensoleillement accru, il peut être difficile de couvrir l'ensemble des besoins.
En mars et en avril, l'intensité des rayons UVB reste trop faible en matinée pour déclencher une synthèse cutanée efficace. Et pour les personnes de plus de 60 ans qui font l'objet de l'essentiel des prescriptions, l'équation est encore plus défavorable : leur peau réagit moins, leur exposition réelle reste souvent incomplète (crème, vêtements, horaires), et les réserves accumulées pendant l'hiver de traitement s'épuisent en quelques semaines après l'arrêt. La cible de vitamine D est supérieure à 75 nmol/L à partir de 65 ans ou en cas de pathologie à risque ou de chutes, un seuil plus exigeant que pour le reste de la population, qui rend le moindre "trou" de supplémentation encore plus pénalisant.
Chez les sujets à risque de déficit, patients obèses, peau foncée, patients ne s'exposant pas au soleil ou portant des vêtements couvrants — cette supplémentation est recommandée toute l'année. Les personnes de plus de 60 ans à la peau progressivement moins réactive aux UVB devraient figurer explicitement dans cette catégorie à risque, ce qui n'est pas toujours le cas dans la pratique quotidienne des généralistes.
Ce qu'on peut faire concrètement
La bonne nouvelle dans tout cela : la supplémentation fonctionne, elle est sans danger aux doses standard, et son coût est dérisoire. Les études interventionnelles visant à démontrer un bénéfice clinique de la supplémentation en vitamine D ont été majoritairement menées chez les personnes âgées. L'effet principal démontré par ces travaux est la réduction du risque de chute et de fracture. Ce n'est pas rien pour quelqu'un qui vise à rester autonome et actif.
Pour favoriser les apports naturels en vitamine D, les recommandations actuelles préconisent des activités de plein air, une exposition solaire quotidienne de 30 minutes des bras et jambes chez l'adulte, et une alimentation variée incluant des poissons gras. Cette exposition doit idéalement se faire entre 10h et 15h, sans crème solaire sur les zones exposées, ce qui implique de se remettre à l'ombre passé un certain temps. Pas question de bronzer des heures : quelques minutes, régulièrement, suffisent à relancer la machine.
Pour la supplémentation médicale, en prophylaxie pour la population générale, les recommandations préconisent une ampoule de 100 000 UI tous les 2 à 3 mois entre novembre et avril, ou une ampoule de 50 000 UI tous les 1 à 2 mois. Mais pour les plus de 65 ans, l'Académie nationale de médecine recommande désormais de privilégier une prise quotidienne ou mensuelle pour maintenir un taux sanguin stable, plutôt que d'absorber de fortes doses annuelles. Ce point mérite d'être discuté avec son médecin lors du prochain bilan, en lui apportant le résultat de septembre, ce chiffre inchangé qui, à lui seul, illustre mieux qu'un long discours pourquoi le soleil de l'été ne suffit plus après 60 ans.
Depuis 2006, la situation s'est améliorée chez les femmes de plus de 55 ans pour lesquelles le déficit modéré est passé de 39 % à 24 % en 2015, mais la situation s'est dégradée chez les hommes de 55-74 ans, la carence passant de 3 % à 7 % en 2015. Ce décrochage masculin, souvent attribué à une moindre recours aux compléments alimentaires et aux consultations de suivi, rappelle que le sujet n'est pas anodin, et que les hommes de cette tranche d'âge ont tout intérêt à faire vérifier leur taux avant de déléguer la question à leurs après-midis en terrasse.
Sources : santepubliquefrance.fr | geneve.ch