Nous sommes fin février, les vacances d'hiver battent leur plein ou s'achèvent à peine, et avouons-le : avec la grisaille extérieure, les après-midis passés sur le tapis du salon sont légion. En observant votre petit-fils ou votre petite-fille jouer aux petites voitures ou dessiner au sol, vous avez peut-être remarqué cette posture particulière. L'enfant est assis, les fesses posées confortablement entre ses talons, les jambes repliées de chaque côté formant distinctement la lettre W. C'est ce que l'on appelle le W-sitting. Si cette impressionnante souplesse peut fasciner au premier abord — on se dit souvent qu'on se casserait quelque chose en essayant de l'imiter —, elle doit surtout attirer votre attention ! Loin d'être anodine, cette habitude nécessite une correction en douceur pour préserver le développement futur de l'enfant.
Cette position en W qui semble si stable cache bien souvent un manque de tonus musculaire qu'il ne faut pas ignorer
Regardons les choses en face : les enfants choisissent rarement la difficulté. S'ils adoptent cette posture, c'est avant tout parce qu'elle est confortable et ne demande aucun effort. Contrairement à la position en tailleur où le dos doit travailler un minimum pour rester droit, le W fournit une base de sustentation extralarge. L'enfant est littéralement ancré au sol.
En tant que grands-parents, on a souvent tendance à s'émerveiller de la flexibilité de nos petits chéris. Pourtant, ici, ce n'est pas tant une question de souplesse articulaire que de stabilité passive. L'enfant se repose entièrement sur ses ligaments et ses articulations, plutôt que d'utiliser ses muscles. Cette posture signale souvent une hypotonie, c'est-à-dire un léger manque de tonus musculaire. En somme, l'enfant « triche » avec la gravité pour ses activités au sol, évitant ainsi de solliciter les muscles de son dos et de son ventre qui devraient pourtant se renforcer.
En verrouillant le bassin, cette posture affaiblit la sangle abdominale pourtant indispensable pour la tenue en classe et l'apprentissage de l'écriture
Le problème de fond ne réside pas seulement dans l'esthétique de la pose, mais dans ses répercussions mécaniques. Lorsque l'enfant s'assoit en W, il verrouille complètement son bassin. Essayez d'imaginer : dans cette position, il est impossible de faire pivoter le haut du corps de gauche à droite sans bouger les hanches. Or, cette rotation du tronc est essentielle pour développer la coordination et l'équilibre.
Plus inquiétant encore pour l'avenir scolaire de votre petit-enfant : ce verrouillage empêche le renforcement de la ceinture abdominale. Pourquoi est-ce si important ? Parce que dans quelques années, ou peut-être déjà actuellement s'il est à l'école maternelle, il aura besoin de ces muscles posturaux pour rester assis sur une chaise en classe sans s'affaler. C'est une chaîne de conséquences assez logique :
- Sans une sangle abdominale tonique, l'enfant fatigue vite en position assise classique.
- S'il n'a pas une base stable au niveau du tronc, il aura du mal à libérer la mobilité fine de ses bras et de ses mains.
- Cette instabilité peut, à terme, compliquer l'apprentissage de l'écriture, qui demande une dissociation précise entre le mouvement du bras et la stabilité du corps.
C'est assez fascinant de penser qu'une simple position de jeu au sol peut avoir un impact sur la tenue du crayon au CP, mais le corps humain est une mécanique de précision où tout est lié.
Pour corriger le tir sans braquer l'enfant, invitez-le par le jeu à s'asseoir en tailleur ou jambes allongées devant lui
C'est ici que vous, grands-parents, avez un rôle en or à jouer. Les parents, souvent pris dans le tourbillon du quotidien entre le bain, le repas et les devoirs, n'ont pas toujours l'énergie de répéter cinquante fois de changer de position. Vous disposez souvent de ce recul et cette patience bienveillante qui permettent de faire passer le message sans créer de conflit.
L'idée n'est surtout pas de gronder ou de pathologiser le comportement. Si vous dites « Ne t'assois pas comme ça, c'est mauvais pour ton dos », il y a de fortes chances que l'enfant vous ignore ou le fasse par esprit de contradiction. L'astuce est de rediriger systématiquement, mais subtilement, vers d'autres positions, comme la position du tailleur ou celle des jambes allongées devant soi.
Le guide de survie du grand-parent bienveillant
Pour vous aider à naviguer dans ces eaux parfois troubles de l'éducation partagée avec les parents, voici un récapitulatif des attitudes à adopter pour corriger cette posture :
| Ce qu'il faut faire (L'approche douce) | Ce qu'il faut éviter (L'approche friction) |
|---|---|
| Proposer un jeu qui oblige à bouger : « Oh, et si on faisait une course de fesses en avançant les jambes devant nous ? » | Ordonner sèchement : « Arrête de t'asseoir comme ça tout de suite ! » |
| Toucher doucement ses pieds pour l'inciter à les remettre devant, ou lui dire « range tes pieds » avec un sourire. | Émettre des critiques devant l'enfant sur sa posture. |
| Encourager la position en tailleur en disant que c'est la position des yogis ou des chefs. | Tirer sur ses jambes brusquement pour les remettre droites. |
| Proposer de jouer allongé sur le ventre (excellent pour le dos et le cou) ou assis sur un petit tabouret. | Lui interdire de jouer au sol par peur qu'il prenne la mauvaise position. |
Une vigilance bienveillante au quotidien suffit à rééduquer ces petits muscles pour l'avenir. En variant les positions — assis sur le côté, à genoux dressés, ou en tailleur —, vous aidez votre petit-enfant à construire un répertoire moteur riche. C'est un cadeau invisible que vous lui faites pour sa future vie d'écolier, le tout entre deux parties de légo et une compote.
Être grand-parent, c'est aussi cela : observer ces petits détails que les parents n'ont plus le temps de voir et agir avec la douceur de l'expérience, sans jamais donner l'impression de donner une leçon. Alors, la prochaine fois que vous voyez ce fameux W, un petit clin d'œil et une invitation à « faire le papillon » avec les jambes suffiront peut-être à changer la donne !

