CIRC, Foodwatch, scientifiques… Tous dénoncent le glyphosate, mais l’UE prolonge son autorisation

Malgré les alertes répétées de plusieurs organismes de santé, de scientifiques indépendants et d’associations citoyennes, l’Union européenne a reconduit en 2023 l’autorisation du glyphosate pour dix années supplémentaires, jusqu’en 2033. Ce pesticide controversé, utilisé massivement en agriculture, reste au cœur d’un débat intense mêlant enjeux sanitaires, pressions économiques et conflits d’intérêts. En juin 2025, le glyphosate est donc toujours légalement pulvérisé sur les cultures européennes, bien que de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ses dangers. Tour d’horizon des faits, des oppositions et des arguments.

Par Eve B.
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© iStock

Un pesticide au centre de toutes les controverses

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde. Développé dans les années 1970 par Monsanto, il est notamment l’ingrédient actif du Roundup, un désherbant phare de l’agrochimie. Son efficacité en fait un outil de choix pour les agriculteurs, mais son usage intensif a généré des inquiétudes croissantes sur ses effets à long terme.

En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l’homme ». Ce classement repose sur des études épidémiologiques mettant en évidence un lien possible avec certains cancers, notamment les lymphomes non hodgkiniens.

Depuis, les débats n’ont cessé de s’enflammer. Tandis que plusieurs agences réglementaires, comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), ont considéré le glyphosate comme « peu préoccupant », de nombreuses recherches indépendantes et ONG contestent ces conclusions, pointant un manque de transparence dans l’évaluation des risques.

Foodwatch et les ONG dénoncent une décision « pro-lobby »

En 2024, l’ONG Foodwatch, très active sur les questions de sécurité alimentaire, a engagé un recours juridique contre la décision de réautorisation du glyphosate en Europe, estimant qu’elle repose sur une évaluation biaisée et largement influencée par les industriels.

« La prolongation de l’autorisation repose sur des études fournies par les fabricants eux-mêmes, sans prise en compte suffisante des données scientifiques indépendantes », dénonce l’organisation. Elle alerte également sur les dangers liés à l’exposition chronique : via l’alimentation, l’eau potable ou l’air, la population y est exposée de manière continue, souvent à son insu.

Foodwatch réclame également une interdiction immédiate de l’usage du glyphosate dans les zones sensibles, comme les abords des écoles, les parcs ou les lieux de vie.

Des scientifiques indépendants préoccupés

Un collectif de chercheurs européens, regroupés dans l’initiative GMO-Free Europe, a publié en 2024 un rapport détaillé sur les effets possibles du glyphosate sur la santé humaine et l’environnement. Ils y soulignent :

  • une altération possible du microbiote intestinal,
  • des perturbations endocriniennes suspectées,
  • et des risques accrus pour la biodiversité, notamment les abeilles, les vers de terre et les oiseaux.

Leur inquiétude porte aussi sur les effets cocktails : le glyphosate est rarement utilisé seul, mais en combinaison avec d’autres substances chimiques dont les interactions restent mal évaluées.

L’Union européenne maintient son cap

En novembre 2023, la Commission européenne a officiellement renouvelé l’autorisation du glyphosate pour une durée de dix ans, malgré l’opposition de plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, qui se sont abstenus.

Elle justifie cette décision par l’absence de consensus scientifique sur les effets cancérigènes avérés du produit, et souligne que les États conservent le droit de restreindre l’usage du glyphosate sur leur territoire. En pratique, peu de pays osent franchir ce pas de manière unilatérale.

Un débat politique et sanitaire toujours en cours

Alors que les consommateurs s’inquiètent de plus en plus des substances présentes dans leur alimentation, l’affaire du glyphosate devient un symbole plus large : celui de la confrontation entre science indépendante, intérêts économiques et décisions politiques.

Glyphosate : ce que disent les principales institutions

Institution/organisme Position actuelle (2025)
CIRC (OMS) Classe le glyphosate comme « probablement cancérogène » depuis 2015
EFSA (Europe) Juge le glyphosate non préoccupant pour la santé dans les conditions actuelles
ECHA (Europe) Ne classe pas le glyphosate comme cancérogène
Foodwatch Dénonce une autorisation influencée par les industriels ; a engagé un recours juridique
GMO-Free Europe (scientifiques) Appelle à une révision complète et transparente des études et à l’interdiction

Une vigilance citoyenne toujours plus forte

Face à l’inertie des institutions, les citoyens se tournent vers les ONG et les outils d’analyse indépendante. Les applications comme Yuka, QuelProduit ou Scan Up permettent de repérer les produits contenant du glyphosate ou issus de cultures traitées avec.

En parallèle, de plus en plus de consommateurs se tournent vers des produits bio ou sans pesticides, poussant ainsi les distributeurs à exiger des garanties plus strictes auprès de leurs fournisseurs.

L’affaire du glyphosate est loin d’être close. Si les experts européens divergent encore sur ses dangers réels, l’opinion publique, elle, réclame davantage de précaution. En attendant, le glyphosate continue d’être pulvérisé sur nos sols — et potentiellement dans nos assiettes.

Rédactrice web engagée, j’écris pour répondre aux préoccupations réelles, celles qui rythment nos journées. Mon approche s’appuie sur l’expérience et le pragmatisme : pas de théorie déconnectée, mais des conseils pratiques, simples et efficaces.

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