La santé des Français progresse depuis plusieurs décennies, à tel point que la France se distingue désormais parmi les pays les mieux classés d’Europe de l’Ouest en matière d’espérance de vie et de qualité de soins. C’est ce que révèle une étude publiée en février 2024 dans The Lancet Regional Health – Europe, fruit du travail de plusieurs institutions françaises, dont l’Inserm et l’université de Bordeaux. En s’appuyant sur les données du programme international Global Burden of Disease, ce rapport dresse un état des lieux solide de la santé publique française sur la période 1990–2019. Un bilan flatteur, certes, mais qui cache une faiblesse majeure : le tabagisme, toujours responsable de dizaines de milliers de décès évitables chaque année.
La France enfin en avance par rapport au reste des Européens sur ce sujet de société… mais un fléau persistant freine les progrès

L’espérance de vie en hausse, une position enviable en Europe
L’un des enseignements les plus marquants de cette étude concerne l’espérance de vie à la naissance, qui est passée de 77,2 ans en 1990 à 82,9 ans en 2019. Cette progression place la France au 7e rang sur 23 pays d’Europe de l’Ouest. Plus encore, l’espérance de vie en bonne santé — qui mesure le nombre d’années vécues sans incapacité majeure — a elle aussi augmenté, atteignant 71,5 ans, soit le 4e rang européen.
Cette performance est en partie attribuée à la solidité du système de santé français. L’accès aux soins y est relativement égalitaire, les consultations sont mieux remboursées qu’ailleurs, et les campagnes de prévention, même imparfaites, ont porté leurs fruits dans plusieurs domaines. Les maladies cardiovasculaires, par exemple, ont fortement reculé, grâce aux avancées médicales, à l’amélioration des habitudes alimentaires et à une meilleure prise en charge des facteurs de risque.
Une avancée ternie par la stagnation des cancers et des maladies chroniques
Mais cette dynamique n’est pas uniforme. Sur certains fronts, la France stagne voire régresse, notamment dans la lutte contre les cancers. Selon les données du Global Burden of Disease, les taux de mortalité liés aux cancers ont peu baissé comparativement à d’autres pays européens. Et pour cause : les facteurs de risque ne reculent pas tous, à commencer par la consommation de tabac.
L’étude souligne également que les troubles musculo-squelettiques (comme le mal de dos) et les troubles mentaux (notamment la dépression) figurent parmi les principales causes de morbidité. Ces affections, bien que rarement mortelles, altèrent profondément la qualité de vie et représentent une charge croissante pour le système de santé. Elles concernent une part importante de la population active et expliquent un nombre significatif d’arrêts de travail ou de départs précoces à la retraite.
Le tabac, ce fléau français qui persiste
C’est sans doute le point noir principal du tableau. Malgré des campagnes répétées et la hausse progressive du prix des paquets, la France reste l’un des pays européens les plus touchés par le tabagisme, notamment chez les jeunes adultes et les populations précaires. En 2021, près de 31,9 % des 18-75 ans déclaraient fumer, selon les données de Santé publique France, un chiffre largement au-dessus de la moyenne européenne.
Cette addiction entraîne des conséquences sanitaires lourdes : cancers des poumons, maladies cardiovasculaires, affections respiratoires chroniques… Le tabac est la première cause de mortalité évitable en France, responsable de plus de 75 000 décès par an. Et pourtant, les politiques de lutte peinent à convaincre durablement. Le tabagisme féminin, en particulier, reste élevé et tend même à augmenter dans certaines tranches d’âge.
La crise du Covid-19, un recul encore difficile à mesurer
Si l’étude s’arrête aux données de 2019, ses auteurs insistent sur la nécessité d’intégrer l’impact de la pandémie dans les prochaines analyses. En effet, la crise sanitaire a non seulement causé une surmortalité significative, mais elle a également désorganisé les parcours de soins, freiné le dépistage de nombreuses pathologies et aggravé les troubles psychiques. Il est encore trop tôt pour mesurer précisément ces effets, mais l’espérance de vie a bel et bien reculé temporairement dans plusieurs pays européens, dont la France, en 2020 et 2021.
Miser sur la prévention pour préserver cette avance
Pour maintenir son avance et combler ses retards, la France devra miser davantage sur une prévention de terrain plus ciblée : lutte contre le tabac, accompagnement psychologique, politique active contre la sédentarité et dépistage renforcé des cancers. Des mesures existent, mais elles peinent à s’implanter durablement hors des grands centres urbains.
Comme le rappelle l’étude, les résultats sanitaires d’un pays ne se jouent pas uniquement dans les hôpitaux ou les laboratoires, mais aussi dans les habitudes quotidiennes, les politiques locales et la lutte contre les inégalités sociales. La France est bien placée, mais si elle veut le rester, il faudra aller plus loin que les chiffres flatteurs.