Marre de la foule à Kyoto ? Cette ville élégante prouve qu’il y a bien mieux à découvrir au Japon

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Par Oceane B
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Kyoto continue de faire rêver avec ses temples, ses sanctuaires et ses jardins millimétrés. Mais la réalité est parfois moins poétique : près de 50 millions de visiteurs par an s’y pressent, soit dix fois la population locale. Résultat : files interminables, selfies par centaines dans Gion, bousculades devant les torii de Fushimi Inari. Pour qui cherche le raffinement et la sérénité, le charme se dilue dans la foule.

Heureusement, le Japon recèle d’autres joyaux, moins exposés mais tout aussi fascinants. Parmi eux, Kanazawa, capitale de la préfecture d’Ishikawa, s’impose comme l’alternative chic à Kyoto. Sur la côte ouest, au bord de la mer du Japon, cette cité conjugue héritage féodal, artisanat raffiné et gastronomie marine, dans une atmosphère beaucoup plus apaisée.

Une ville qui doit son élégance au clan Maeda

Si Kanazawa a conservé un tel patrimoine, c’est d’abord parce qu’elle a été épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Mais son identité remonte bien plus loin. Sous l’époque Edo, la ville fut le fief du clan Maeda, deuxième plus puissant clan du pays après les Tokugawa.

Cette richesse s’est traduite par une effervescence culturelle : arts, artisanat, architecture. Là où d’autres villes misaient sur la puissance militaire, Kanazawa a investi dans le raffinement. Résultat : un patrimoine qui a traversé les siècles et qui se lit encore aujourd’hui dans ses quartiers historiques et ses traditions artistiques.

Nagamachi et Higashi Chaya : voyage au temps des samouraïs et des geiko

Premier arrêt : Nagamachi, quartier des samouraïs. On y déambule entre murs en terre (tsuchikabe), caniveaux bordés de pierre et petites rues sinueuses. En hiver, ces murs sont recouverts de nattes de paille (yukitsuri) pour résister à la neige, offrant un spectacle unique. Certaines demeures de samouraïs se visitent encore, comme la maison de la famille Nomura, parfaite introduction à ce Japon féodal raffiné.

Plus poétique, le quartier de Higashi Chaya dévoile ses maisons de thé en bois sombre, où des geiko (geigi en dialecte local) perpétuent l’art de la danse et de la musique traditionnelle. À la tombée du soir, les lanternes s’allument et les ruelles se parent d’une lumière dorée. Avec Nishi Chaya et Kazue-machi, ce sont trois quartiers préservés où l’ambiance Edo subsiste, bien loin de la cohue des grandes métropoles.

Kenroku-en : le jardin qui incarne l’harmonie japonaise

Difficile de parler de Kanazawa sans évoquer le Kenroku-en, l’un des Trois grands jardins du Japon. Conçu pour refléter les six qualités idéales d’un jardin parfait (espace, sérénité, ancienneté, ingéniosité, vues panoramiques et cours d’eau), il reste un chef-d’œuvre du paysagisme.

Chaque saison y offre un visage différent :

  • au printemps, la floraison des cerisiers attire les promeneurs ;

  • en été, azalées et iris colorent les allées ;

  • en automne, les érables flamboyants embrasent les étangs ;

  • en hiver, les pins sont protégés par des cordes en éventail (yukitsuri), symbole emblématique de Kanazawa.

Le lieu reste très populaire, mais tôt le matin ou en semaine, la promenade conserve une atmosphère contemplative rare.

L’artisanat : feuille d’or, poteries et soieries

Kanazawa est aussi une capitale de l’artisanat. Ici, 99 % de la feuille d’or japonaise est produite. On la retrouve dans les temples, les objets décoratifs, et même sur des glaces vendues dans la rue. Des ateliers proposent de s’initier à cette technique minutieuse, souvenir original à rapporter.

Mais la ville brille aussi par ses autres savoir-faire :

  • la porcelaine Kutani, réputée pour ses couleurs franches,

  • la céramique Ohi, aux lignes sobres,

  • les soieries Kaga Yuzen, aux motifs délicatement peints à la main.

Flâner dans les galeries ou musées de la ville, c’est mesurer à quel point Kanazawa a su allier tradition et créativité. Le 21st Century Museum of Contemporary Art illustre parfaitement ce contraste : cube de verre lumineux, il accueille des expositions pointues et internationales, en rupture totale avec l’esthétique Edo voisine.

Omicho Market et plaisirs gourmands

Impossible de repartir sans un détour par le marché Omicho, surnommé le « ventre de Kanazawa ». Avec plus de 300 ans d’histoire et 170 échoppes, il concentre le meilleur des produits de la mer du Japon. Crabes de la baie de Noto, crevettes amaebi, oursins, sashimis : l’expérience se vit aussi bien en dégustant sur place qu’en s’attablant dans un petit restaurant.

La gastronomie locale ne se limite pas au poisson. Kanazawa est aussi connue pour son kaiseki (succession de plats raffinés), ses wagashi (pâtisseries traditionnelles parfois ornées de feuille d’or), et son saké issu des brasseries d’Ishikawa. Les amateurs de boissons artisanales trouveront même des microbrasseries qui revisitent l’héritage brassicole japonais.

Expériences immersives à ne pas manquer

Kanazawa se savoure dans les détails et les expériences :

  • Passer une nuit dans un ryokan ou une machiya rénovée, pour dormir sur des futons et profiter d’un bain chaud.

  • Participer à une cérémonie du thé dans une ancienne ochaya, pour ressentir le raffinement du geste.

  • S’initier à la feuille d’or ou à la teinture Kaga Yuzen dans des ateliers encadrés par des artisans passionnés.

  • Explorer les festivals locaux, du matsuri estival aux illuminations hivernales du Kenroku-en.

Infos pratiques : comment s’y rendre

Depuis mars 2024, l’extension du Hokuriku Shinkansen rend l’accès encore plus simple :

  • Kyoto → Kanazawa : environ 1 h 55–2 h (train Thunderbird jusqu’à Tsuruga puis Hokuriku Shinkansen).

  • Tokyo → Kanazawa : environ 2 h 25 avec le Kagayaki (jusqu’à 2 h 50 avec d’autres trains).

Sur place, la ville est compacte, facilement visitable à pied ou en bus local.

Et pour les curieux, un bus dessert en moins de deux heures le village de Shirakawa-go, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses maisons gasshō-zukuri au toit de chaume, surtout sous la neige, complètent parfaitement une escapade à Kanazawa.

Kanazawa, la nouvelle porte d’entrée vers un Japon raffiné

Kanazawa n’est pas seulement une « petite Kyoto ». C’est une destination à part entière, où se conjuguent héritage féodal, créativité contemporaine et art de vivre raffiné. Entre les quartiers Edo, le Kenroku-en, les ateliers d’artisans et le marché Omicho, elle offre un concentré du Japon que l’on espère tous découvrir : élégant, sincère, accessible.

Alors que Kyoto peine à absorber ses millions de visiteurs, Kanazawa incarne une alternative précieuse : moins de foule, plus de temps, plus d’authenticité. C’est sans doute maintenant qu’il faut s’y rendre, avant que le secret ne soit totalement éventé.

Oceane V2

Grande voyageuse avant tout, j’ai posé ma valise dans de nombreux pays. C’est donc tout naturellement que je suis devenue rédactrice voyage, pour partager cette passion et raconter tout ce que je vis.

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