Une nouvelle proposition de loi vient remettre en question le calendrier imposé aux grandes villes pour restreindre la circulation des véhicules anciens dans le cadre des Zones à Faibles Émissions (ZFE). Si elle est adoptée, cette loi instaurerait un moratoire de cinq ans avant toute application coercitive du dispositif. Une mesure qui suscite de nombreuses réactions, tant du côté des écologistes que des automobilistes. Et parmi ces derniers, une catégorie est souvent négligée : les seniors. Pourtant, même s’ils ne se déplacent pas quotidiennement, ils sont directement concernés. Car prendre la route pour voir des proches, partir en voyage ou tout simplement conserver leur autonomie reste essentiel. Beaucoup possèdent encore une voiture ancienne, bien entretenue, qu’ils utilisent ponctuellement. Faut-il vraiment les exclure eux aussi au nom de l’écologie ?
Grâce à cette proposition de loi, votre vieille voiture pourrait continuer à rouler dans les ZFE en toute légalité
Une mise en œuvre confuse et déroutante
Dijon crée une ZFE pour l’annuler dans la foulée. Toulon annonce des restrictions, puis les retire un mois plus tard. Orléans et Le Mans obtiennent des dispenses. Amiens ou Perpignan décrochent des dérogations. Bayonne, Metz ou Valenciennes tergiversent. Chaque métropole applique la loi à sa manière, au mépris de la clarté pour les usagers. Pour des conducteurs qui ont passé une vie au volant, souvent attachés à leur voiture qu’ils entretiennent avec soin, cette complexité est tout simplement déroutante.
Une sanction sociale déguisée
Les ZFE instaurent une nouvelle forme d’écart : celle fondée sur les moyens financiers. Beaucoup de seniors possèdent encore une voiture ancienne, fiable, bien entretenue, qu’ils gardent par choix ou n’ont pas envie (ou les moyens) de remplacer. Ces voitures deviennent soudainement indésirables, alors même qu’elles passent le contrôle technique sans accroc. Est-ce juste de dire à une personne âgée qu’elle ne peut plus accéder au centre-ville sous prétexte que sa voiture est trop vieille ? La liberté de circuler devient un luxe, et ce sont souvent les plus fidèles automobilistes qui en paient le prix.
Un air plus pur... mais les ZFE arrivent trop tard
La qualité de l’air en France s’améliore depuis deux décennies. Les chiffres le montrent : -60 % de NOx, -53 % de particules fines. Tout cela, sans que les ZFE n’aient encore eu le temps de faire leurs preuves. Le parc automobile évolue naturellement. Les nouvelles technologies, les véhicules hybrides et électriques, les filtres et le freinage régénératif jouent déjà un rôle majeur. Alors pourquoi venir stigmatiser les conducteurs attachés à leur véhicule bien entretenu, simplement parce qu’il date d’une autre décennie ?
La peur du PV, même en balade
La verbalisation automatique des ZFE est prévue pour 2026. Le simple fait de stationner dans une zone interdite pourrait entraîner une amende. Et tant pis si vous étiez en visite chez un proche ou de passage pour un rendez-vous médical. Les seniors, souvent moins connectés aux outils numériques et aux applications de signalement, risquent d’en faire les frais. En vacances, en visite, en promenade : la peur de l’amende pourrait bien dissuader de nombreux retraités de prendre la route. Et cela, sans que personne ne prenne le temps de leur expliquer clairement les nouvelles règles du jeu.
Une transition à repenser avec plus d'humanité
Oui, il faut protéger notre environnement. Oui, la pollution est un enjeu de santé publique. Mais faut-il pour autant exclure une partie de la population de la route ? La transition écologique doit être juste, progressive et surtout compréhensible pour tous. Pour les seniors, cela veut dire : proposer des aides réelles au changement de véhicule, garantir l’accès à la mobilité, et cesser de faire de la voiture ancienne un symbole d’incivilité. Beaucoup ont connu l’époque où posséder une voiture était un signe d’indépendance. Il serait injuste que cette même voiture, bichonnée depuis des années, devienne aujourd’hui un motif d’exclusion.
Repousser les ZFE de cinq ans, comme le propose une nouvelle proposition de loi, c’est peut-être l’occasion de remettre du bon sens dans le débat. Et de réaffirmer une évidence : la route appartient à tout le monde, pas seulement aux conducteurs les plus fortunés ou les mieux équipés.
A retenir : les ZFE en 5 points
- Les ZFE visent à interdire progressivement les véhicules anciens dans les grandes villes.
- Leur mise en œuvre est confuse et varie d'une ville à l'autre.
- De nombreux seniors, propriétaires de voitures parfaitement entretenues mais jugées trop vieilles, risquent d’être pénalisés.
- La qualité de l’air s’améliore déjà, sans que les ZFE aient encore produit d’effet.
- Dès 2026, des amendes automatiques pourraient sanctionner même les conducteurs occasionnels, sans pédagogie préalable.