Depuis le 31 mai 2025, un nouveau décret modifie en profondeur les règles du contrôle des demandeurs d’emploi et des bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA). Publié au Journal officiel, ce texte instaure un régime de sanctions plus ciblées, basé sur le concept inédit de « suspension-remobilisation », déjà expérimenté dans plusieurs régions. Si le gouvernement présente cette réforme comme une mesure d’équilibre entre droits et devoirs, elle suscite déjà de vives critiques du monde associatif, qui y voit une logique de durcissement silencieux des conditions d’indemnisation. Décryptage de ce qui change concrètement pour les publics concernés.
Contrôle des chômeurs : le décret du 31 mai est entré en vigueur, voici ce qui change pour les allocataires RSA et les demandeurs d’emploi

Un nouveau principe : la « suspension-remobilisation »
Le cœur du décret réside dans la création d’un nouveau type de sanction, qualifiée par le ministère du Travail de « plus juste, plus progressive et réversible ».
Lorsqu’un demandeur d’emploi ou un allocataire RSA manque à ses engagements dans le cadre du contrat d’engagement, il ne verra plus son allocation totalement supprimée mais partiellement suspendue, à hauteur de 30 % minimum, pour une durée d’un à deux mois.
En cas de manquements répétés, cette suspension peut être prolongée jusqu’à quatre mois. Dès que la personne se conforme à nouveau à ses obligations, la suspension prend fin.
Selon France Travail, ce mécanisme permet de maintenir une relation d’accompagnement continue, sans rupture administrative brutale, tout en exerçant une pression incitative à la remobilisation.
Ce que dit le décret du 31 mai 2025
Le texte apporte plusieurs évolutions majeures dans la gestion des sanctions :
- Harmonisation des sanctions pour tous les demandeurs d’emploi, qu’ils soient bénéficiaires du RSA ou non.
- Graduation des sanctions : plus de suppression automatique, mais une échelle de sanctions variables en fonction de la gravité.
- Prise en compte des situations familiales : pour les allocataires RSA ayant des enfants, le plafond de suspension est fixé à 50 % maximum de leurs ressources.
- Réversibilité des sanctions : un retour aux obligations rétablit les droits.
La ministre du Travail, Catherine Vautrin, assure qu’il ne s’agit « pas de punir, mais de créer les conditions d’un retour durable à l’emploi, dans le respect des droits de chacun ».
Ce que cela change dans les faits pour les chômeurs
| Avant le décret | Depuis le 31 mai 2025 |
|---|---|
| Suspension souvent totale en cas de non-respect des obligations (ex. absence à un RDV) | Suspension partielle (au moins 30 %), de 1 à 2 mois |
| Sanction automatique et uniforme | Sanction graduée, contextualisée, non systématique |
| Pas de prise en compte des charges familiales | Plafond de suspension à 50 % pour les parents au RSA |
| Sanction maintenue même en cas de reprise de l’engagement | Remobilisation = fin immédiate de la suspension |
| Traitement différencié selon les statuts (RSA, non-RSA) | Harmonisation des règles entre tous les profils |
Une réforme déjà expérimentée… et controversée
Le dispositif a été testé dans huit régions depuis juillet 2024, sans hausse significative du taux de sanctions selon France Travail. L’opérateur public estime que la nouvelle méthode évite les sanctions mécaniques, en se basant désormais sur l’engagement réel du demandeur, et non plus seulement sur des absences ponctuelles à des rendez-vous.
Mais cette approche ne convainc pas tout le monde. Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) a publié en mai un avis très critique, considérant que cette réforme « risque d’impacter durement les parcours des allocataires », notamment ceux du RSA. Il alerte sur des effets d’exclusion et de renoncement aux droits, en particulier dans les territoires les plus fragiles.
Plusieurs associations, dont ATD Quart Monde et la Fédération des acteurs de la solidarité, dénoncent une réforme qui renforce la pression sur les plus précaires, sans améliorer réellement les conditions d’insertion.
Ce que doivent faire les personnes concernées
Si vous êtes inscrit à France Travail ou allocataire du RSA, voici les conséquences pratiques de cette réforme :
- Soyez particulièrement rigoureux dans vos démarches (présence aux rendez-vous, mise à jour du dossier, participation aux actions prévues).
- En cas de difficulté temporaire, signalez-le explicitement à votre référent pour éviter une sanction injustifiée.
- Rapprochez-vous d’un conseiller ou d’une assistante sociale si vous risquez d’atteindre le seuil de 50 % de perte de revenu.
- Restez informé : les conditions d’application peuvent varier localement, notamment selon la charge de travail des agences.
Une mesure technique, aux conséquences sociales bien réelles
Le décret du 31 mai 2025 s’inscrit dans une politique plus large de conditionnalité des aides sociales, amorcée par la réforme de l’assurance-chômage de 2019 et consolidée dans la loi "Plein emploi". Ce virage structurel se veut à la fois incitatif et responsabilisant, mais il pourrait, selon ses détracteurs, fragiliser encore davantage les personnes les plus éloignées de l’emploi.
En modifiant les règles du jeu sans interruption officielle des droits, l’État renforce son pouvoir de contrôle, tout en maintenant l’apparence d’un accompagnement. Une transformation en profondeur, passée relativement inaperçue, mais dont les effets pourraient se faire sentir dès l’été 2025 pour des milliers de foyers.