Diffusée sur HBO entre 2001 et 2005, Six Feet Under suit les Fisher, une famille qui dirige une entreprise de pompes funèbres à Los Angeles. Un sujet peu engageant sur le papier, mais dont le créateur Alan Ball tire une chronique familiale aussi drôle que douloureuse. Plus de vingt ans après son dénouement, quelques notes de Breathe Me, de Sia, suffisent à réveiller le souvenir de ses dernières images.
Pourquoi cette chanson touche-t-elle aussi juste ? Parce qu’elle accompagne une conclusion préparée par toute la série, et non un simple effet de manche. Pour comprendre cette réussite, il faut toutefois dévoiler la destination du voyage : la suite revient explicitement sur les dernières scènes.
- Diffusée sur HBO de 2001 à 2005, Six Feet Under suit les Fisher, une famille de pompes funèbres à Los Angeles.
- Dans le dernier épisode, « Breathe Me » de Sia accompagne le départ de Claire pour New York et le montage final.
- Ce montage dévoile les morts de Ruth, Keith, David, Brenda et Claire, qui s’éteint à 102 ans.
« Everyone’s Waiting » : les adieux de Six Feet Under sur HBO à l’été 2005
Intitulé Everyone’s Waiting, ou Le Monde attend en version française, le dernier épisode conclut cinq saisons construites autour d’un paradoxe : les Fisher côtoient quotidiennement la mort, sans être mieux armés que nous pour vivre. Chaque épisode, ou presque, s’ouvre sur un décès. Cette mécanique pourrait tourner au procédé ; elle devient au contraire une manière de rappeler que les drames domestiques se jouent toujours sur un temps compté. Le dénouement ne change donc pas les règles : il les applique jusqu’au bout.
Là où un feuilleton familial peut laisser ses personnages poursuivre leur existence hors champ, Alan Ball refuse cette consolation. Mais il prend d’abord le temps des adieux, des regards et des gestes embarrassés. La direction d’acteurs préserve ainsi quelque chose de quotidien, loin des grandes déclarations qui signalent trop ostensiblement au spectateur qu’il doit sortir son mouchoir.
Le départ de Claire pour New York et « Breathe Me » de Sia : le basculement
Claire, interprétée par Lauren Ambrose, quitte Los Angeles pour New York. Ce départ donne d’abord à la fin une forme familière : une jeune femme prend la route, avec l’espoir de construire sa propre vie. Puis Breathe Me s’installe. Son piano dépouillé et la fragilité de la voix de Sia prolongent ce que Lauren Ambrose fait passer sans discours : l’élan vers l’inconnu, mais aussi la douleur de se séparer des siens.
La chanson prend progressivement de l’ampleur tandis que le montage quitte le seul présent du trajet. La route devient alors une ligne de vie. Ce basculement fonctionne parce que la musique ne vient pas simplement souligner une scène triste. Elle relie des images éloignées dans le temps et leur donne une respiration commune. Le morceau porte la séquence, sans effacer les visages auxquels cinq saisons nous ont attachés.
De Ruth à Claire, morte à 102 ans : un montage des destins devenu inoubliable
La série montre alors les morts de Ruth, Keith, David, Brenda et, finalement, celle de Claire à 102 ans. Cette succession pourrait sembler brutale, voire appuyée. Elle l’est parfois dans sa manière de condenser des existences en quelques images, avec les limites visibles du vieillissement par le maquillage. Mais cette légère artificialité ne détruit pas l’émotion : l’essentiel tient aux liens que le montage réactive. Un visage suffit à rappeler une relation, une réconciliation ou une absence.
Contrairement à une conclusion ouverte, comme celle des Soprano, Six Feet Under choisit de fermer l’horizon. Nous savons où chacun va, mais cette certitude ne réduit pas sa vie à sa disparition. Elle donne au contraire du poids à tout ce qui l’a précédée. La mort n’est plus seulement le sujet de la série : elle devient la forme même de son dernier mouvement.
Plus de 20 ans après son dénouement, on peut (re)découvrir Six Feet Under pour son humour noir ou ses personnages imparfaits. Sa fin rappelle pourquoi il vaut mieux ne pas brûler les étapes : Sia fournit la mélodie, mais ce sont cinq saisons de vie partagée qui lui donnent cette force.
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