Fin novembre, le sécateur à la main, je pensais n’avoir rien fait de mal. Le garde forestier qui m’a croisé ce jour-là a souri, puis m’a demandé combien de brins j’avais coupés.
J’ai coupé une brassée de houx dans le bois pour ma couronne : un garde forestier m’a expliqué ce que j’aurais dû laisser

- En forêt publique, l'ONF tolère une poignée de houx par personne.
- En forêt privée, aucune tolérance générale n'existe : il faut l'accord du propriétaire.
- Dans certains départements, le houx et le petit-houx sont protégés par arrêté préfectoral.
Forêt publique : la tolérance de la poignée
Couper une brassée de houx à baies rouges dans la forêt voisine, fin novembre, pour la couronne de porte et la table de Noël : le geste paraît anodin, il ne l'est pas. Le Code forestier interdit tout prélèvement en forêt sans l'accord du propriétaire. L'amende encourue peut aller jusqu'à 750 €, voire 1 500 €, soit bien plus que le prix d'un sapin.
Les fruits et produits d'une forêt appartiennent à son propriétaire.
La règle vaut pour les bois publics comme pour les bois privés, et le houx ne bénéficie d'aucun passe-droit sous prétexte qu'il fait partie du décor de saison. Chaque hiver, ces plantes sauvages pâtissent de ramassages abusifs, alors qu'elles servent à de nombreux animaux et à la biodiversité forestière. Leurs baies rouges ne sont comestibles que pour les oiseaux. Pour l'homme, elles sont toxiques.
En forêt publique, qu'elle soit domaniale ou communale, l'Office national des forêts tolère un ramassage à caractère familial. La mesure est chiffrée : pas plus que l'équivalent d'une poignée par personne. Il s'agit d'une tolérance, pas d'un droit acquis.
Les agents de l'ONF veillent à son respect pendant l'hiver, comme tous les ans. Un prélèvement intensif ou trop volumineux peut valoir une amende.
Une brassée dépasse largement la poignée. Pour une famille de quatre personnes, la tolérance couvre l'équivalent de quatre poignées, pas le contenu d'un coffre de voiture. Le ramassage dit familial s'arrête donc là où le volume devient celui d'un chargement. Reste à savoir si le bois voisin est bien public, ce qu'un simple chemin forestier ne dit pas toujours.
Forêt privée : demander avant de sortir le sécateur
En forêt privée, il n'existe aucune tolérance générale. Il faut demander l'accord du propriétaire avant de couper quoi que ce soit.
La forêt privée représente environ 75 % du couvert forestier national. Le bois voisin a donc de bonnes chances d'appartenir à un particulier plutôt qu'à l'ONF ou à la commune. La poignée tolérée en forêt publique ne vous couvre pas dans ce cas.
L'absence de panneau ou de clôture n'autorise rien.
Houx protégé : l'arrêté qui change tout
Dans plusieurs départements, le houx commun (Ilex aquifolium) et le petit-houx (Ruscus aculeatus) sont des espèces protégées. Leur cueillette peut y être interdite par arrêté préfectoral. La liste de ces départements n'est pas établie ici : le bon réflexe consiste à interroger la préfecture avant de partir.
Le petit-houx, c'est le fragon des bouquets d'hiver, ce brin épineux à fruits rouges qu'on glisse volontiers dans une couronne. Il appelle les mêmes précautions que le houx commun.
Le circuit commercial obéit à sa propre règle : la vente de houx sauvage est interdite sur les marchés. Le commerçant doit prouver que le houx proposé provient d'une culture. Devant un étal, vous êtes donc en droit de lui demander d'où viennent ses branches.
Ce que l'amende peut coûter
Aucun article du Code forestier ne vise le houx en particulier. Pour un prélèvement sans autorisation, moins de 10 litres de fruits ou de semences valent une contravention de 4e classe (article R163-5). La coupe ou l'enlèvement de bois de moins de 20 cm de tour relève, lui, de la 5e classe. Reste à savoir si une branche de houx tombe d'un côté ou de l'autre : on ne le sait pas, d'où une amende pouvant aller jusqu'à 750 €, voire 1 500 €, sans montant fixe à annoncer.
Au-delà de 10 litres, la contravention devient un délit puni comme un vol (article L163-11, avec renvoi aux articles 311-3 et suivants du Code pénal). Le seuil rappelle que la gravité grimpe avec le volume prélevé. Dans tous les cas, c'est l'absence d'autorisation du propriétaire qui place le cueilleur en infraction.
Le geste juste pour une couronne en règle
En forêt publique, le bon geste tient en peu de mots : quelques brins par personne, coupés au sécateur, sans arracher la plante. Le pied reste en place, et les oiseaux conservent leurs baies pour l'hiver.
Pour tout le reste, achetez du houx cultivé.
Sur la table de Noël, des baies à tenir à distance
Le houx cultivé présente un avantage que la forêt n'offre pas : son vendeur doit pouvoir prouver son origine. Sur la table, la prudence s'impose aussi, car les baies de houx sont toxiques pour l'homme. Mieux vaut les tenir loin des assiettes et des mains d'enfants.
Le houx sert aussi à la forêt elle-même : ces plantes sauvages favorisent sa diversité biologique, ce qui explique l'appel de l'ONF à une cueillette raisonnée avant les fêtes. Ses baies rouges nourrissent les oiseaux, seuls à pouvoir les consommer sans risque.
Reste une nuance qui change la donne. Dans un département où un arrêté préfectoral interdit la cueillette du houx, la poignée tolérée par l'ONF ne devrait plus s'appliquer, puisque le texte local primerait. Un appel à la préfecture avant de partir lève le doute. Sans interdiction locale, la limite reste l'équivalent d'une poignée par personne, y compris pour les brins qui finiront sur votre porte.
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Sources : assemblee-nationale.fr | info.agriculture.gouv.fr | sciencepost.fr
