À 19h, vous êtes en heures pleines, pas creuses : c’est le malentendu qui coûte le plus cher aux 50% de foyers ayant souscrit l’option HP/HC sans la rentabiliser. Entre le chauffe-eau mal programmé et les machines lancées au retour du travail, les euros s’envolent discrètement. Trois gestes concrets suffisent à reprendre le contrôle.
Vous êtes en tarif heures creuses EDF mais vous faites tourner vos appareils à 19h : la différence sur un an dépasse ce que vous imaginez

19 heures. Le lave-linge tourne, le lave-vaisselle démarre, la pompe à chaleur reprend sa montée en puissance après la journée. Vous avez le tarif heures creuses : tout va bien, non ? Pas vraiment. À 19h, vous êtes en heures pleines — et c'est le cas pour l'immense majorité des foyers français, quelles que soient les plages indiquées sur leur contrat.
Ce malentendu est plus répandu qu'on ne l'imagine. Des milliers d'analyses électriques effectuées en France révèlent que pour 50 % des foyers, l'option tarifaire heures creuses n'est pas rentable. La raison principale ? Pas les tarifs eux-mêmes, mais le décalage entre les horaires réels des heures creuses et les habitudes de consommation du soir.
À retenir
- 19h n'est jamais en heures creuses pour la majorité des Français, mais 50% des foyers le croient
- Un seul appareil mal programmé peut vous faire perdre 15 à 75€ par an sans que vous le sachiez
- Le seuil magique des 30% : en dessous, l'option HP/HC devient une pénalité déguisée
Des horaires que presque personne ne connaît vraiment
Voilà le premier problème, et il est structurel : pour savoir avec précision quelles sont vos heures creuses, vous pouvez les retrouver sur vos factures, votre espace client ou directement sur votre compteur en appuyant sur les touches + et -. La plupart des gens ne font ni l'un ni l'autre. Résultat : ils supposent que leurs heures creuses commencent à la tombée de la nuit, vers 20h ou 21h, alors que ce n'est souvent pas le cas.
Les heures pleines se situent généralement de 7h à 11h, puis de 17h à 23h. Les heures creuses s'étendent de 11h à 17h et de 23h à 7h. Concrètement : 19h est en plein cœur des heures pleines pour la grande majorité des abonnés. Le pic de consommation national coïncide exactement avec le retour à la maison, la préparation du dîner, les machines qui repartent.
La situation s'est même complexifiée depuis novembre 2025. Environ 11 millions de foyers sont concernés par le changement des horaires, les nouvelles plages d'heures creuses étant progressivement attribuées à compter du 1er novembre 2025 et jusqu'à fin 2027. Les 8 heures creuses quotidiennes vont être réparties sur deux périodes : la nuit entre 23h et 7h, avec au moins 5 heures consécutives, et en journée entre 11h et 17h, avec jusqu'à 3 heures creuses. Ce découpage en deux blocs, nocturne et d'après-midi, exclut définitivement la tranche 17h-23h. Le soir n'est donc jamais creux.
Pour les clients possédant un compteur Linky, les heures creuses sont réparties de manière aléatoire entre les consommateurs par Enedis. On garde néanmoins au minimum une plage de 8h d'affilée, souvent la nuit. Et il n'est pas possible de demander à changer de plages horaires. Vous héritez d'un créneau, vous ne le choisissez pas.
Ce que représente concrètement la différence sur un an
Depuis le 1er février 2026, le prix du kWh en heures creuses est de 0,1579 € TTC contre 0,2065 € en heures pleines. L'écart est de près de 5 centimes par kilowattheure, ce qui peut sembler modeste, mais s'accumule très vite.
Prenons un foyer ordinaire équipé d'un lave-linge, d'un lave-vaisselle et d'un chauffe-eau électrique, consommant autour de 5 000 à 6 000 kWh par an. Pour un foyer consommant 6 000 kWh par an, décaler 2 000 kWh durant la nuit est le strict minimum requis. En dessous, on risque de perdre de l'argent. Or, chaque cycle de lave-linge lancé à 19h plutôt qu'à minuit représente environ 1 kWh facturé au mauvais tarif, soit presque 5 centimes perdus. Multipliez par 300 lavages annuels dans un foyer actif : la différence flirte avec les 15 euros rien que pour cet appareil.
Mais c'est le chauffe-eau électrique qui fait basculer les calculs. Si le prix des heures creuses est environ 25 % inférieur au tarif de base, le tarif pendant les heures pleines est en moyenne 10 % plus élevé. Un chauffe-eau de 200 litres consomme entre 1 200 et 1 500 kWh par an. Le programmer en heures pleines plutôt qu'en heures creuses revient à payer entre 60 et 75 euros de trop chaque année. Seul, cet appareil peut effacer tout le bénéfice de l'option HP/HC.
Pour la recharge d'un véhicule électrique, décaler la charge la nuit en heures creuses représente près de 85 € d'économies sur la facture annuelle. Et à l'inverse, recharger systématiquement en soirée, entre 17h et 23h, réflexe naturel au retour du travail, transforme l'option heures creuses en option pénalisante.
Le vrai seuil de rentabilité, chiffres en main
D'après Enedis, 30 % de votre consommation globale d'électricité doit être effectuée pendant les heures creuses pour que l'offre HP/HC soit rentable financièrement. Ce seuil des 30 % n'est pas anodin : c'est tout simplement la part minimale de consommation nocturne requise. En dessous, l'opération devient souvent déficitaire à cause du prix élevé des heures pleines.
Ce qui change tout, c'est de comprendre que l'option HP/HC joue dans les deux sens. Si le prix des heures creuses est environ 25 % inférieur au tarif de base, le tarif pendant les heures pleines est en moyenne 10 % plus élevé. consommer davantage le soir, sous prétexte d'avoir le tarif heures creuses, revient à se faire doublement prélever : au tarif majoré, et avec un abonnement légèrement plus cher. Comptez environ 8 euros de plus par an pour une puissance de base de 6 kVA.
L'option heures pleines/heures creuses ne devient réellement avantageuse que si on parvient à basculer de 30 à 40 % de sa consommation totale sur les créneaux à tarif réduit. Sans cette part significative d'usages nocturnes ou décalés, le surcoût de l'abonnement risque d'absorber les gains, rendant la simplicité de l'option Base finalement plus économique.
Reprendre le contrôle en trois gestes concrets
Premier réflexe : vérifier ses horaires réels. Pas les horaires théoriques lus sur un comparateur, les vôtres, liés à votre compteur et à votre commune. Vos heures creuses sont liées à votre point de livraison (PDL), pas à votre fournisseur. Si vous changez de fournisseur, vos horaires restent les mêmes. La vérification se fait en quelques secondes depuis l'espace client EDF, rubrique "Mon contrat" ou "Ma consommation".
Deuxième geste : programmer les gros consommateurs. Le lave-linge, le lave-vaisselle, le chauffe-eau. Si votre plage horaire heures creuses est la nuit, prenez l'habitude de remplir votre lave-linge le soir et de le programmer de telle sorte qu'il ait le temps d'effectuer un cycle complet avant le retour des heures pleines. Presque tous les appareils récents proposent un départ différé.
Troisième levier, souvent sous-estimé : le chauffe-eau. La nuit reste un moment privilégié, avec toujours au minimum 5 heures creuses consécutives garanties au cœur de la nuit, parfaites pour les grosses consommations comme le ballon d'eau chaude ou la recharge de la voiture électrique. Un simple réglage de l'horloge du cumulus, opération de deux minutes, souvent décrite dans la notice, peut représenter 50 à 70 euros d'économies annuelles à lui seul.
Une précision utile pour ceux qui envisagent de vérifier leur rentabilité globale : le Médiateur national de l'énergie propose un outil officiel de calcul disponible en ligne sur son comparateur d'offres, qui donne un verdict en quelques minutes à partir de la puissance du compteur et de la consommation annuelle. Un outil sobre, sans inscription, qui tranche nettement la question de savoir si le passage au tarif base serait finalement plus avantageux. Pour une bonne partie des foyers qui n'ont jamais ajusté leurs habitudes, la réponse risque de surprendre.
Sources : greenecho.fr | selectra.info