Il est présent dans des milliers de gels douche, shampoings et crèmes pour peaux jeunes. Il est encore légal, même dans des produits destinés aux enfants. Pourtant, l’acide salicylique suscite aujourd’hui une vive inquiétude chez les experts européens, en raison de ses effets potentiellement dangereux sur le développement hormonal. Un nouvel avis scientifique officiel publié en juin 2025 vient remettre en question la tolérance actuelle pour cet ingrédient omniprésent dans nos salles de bain.
Cosmétiques pour enfants : cet ingrédient courant autorisé inquiète les scientifiques

Un ingrédient jugé “non sûr” pour les enfants de 3 à 10 ans
Dans un rapport rendu public récemment, le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC) de la Commission européenne alerte : l’acide salicylique n’est pas sûr pour les enfants âgés de 3 à 10 ans, aux concentrations actuellement autorisées dans les cosmétiques. Ce groupe d’experts indépendants, chargé d’évaluer les risques sanitaires liés aux substances chimiques, met en avant des effets de perturbation endocrinienne, c’est-à-dire une capacité à altérer le fonctionnement du système hormonal.
Ces soupçons ne sont pas nouveaux. Dès 2018, une équipe de chercheurs danois avait mis en évidence le lien entre l’acide salicylique et des modifications hormonales chez les mammifères. Mais cette fois, c’est une instance officielle européenne qui confirme ce risque et demande une révision de l’usage de cet ingrédient chez les plus jeunes.
Une exposition massive et invisible
L’acide salicylique est utilisé à la fois comme conservateur et comme actif kératolytique, notamment dans les soins pour peaux grasses ou à tendance acnéique. Il est donc très fréquent dans les produits dits « purifiants », « désincrustants » ou « anti-imperfections ».
Selon les données de l’application QuelProduit, développée par l’UFC-Que Choisir, près de 9 000 références de cosmétiques actuellement commercialisées contiennent de l’acide salicylique. Il s’agit principalement de :
- Gels nettoyants pour le visage,
- Crèmes anti-boutons,
- Shampoings pour cuir chevelu gras,
- Gels douche à visée antibactérienne.
Or, bon nombre de ces produits sont spécifiquement ciblés vers les enfants et adolescents, qui commencent à traiter leur peau dès l’apparition des premiers boutons. Et c’est bien là que le bât blesse : la puberté est une période de grande sensibilité hormonale, et les perturbateurs endocriniens peuvent y provoquer des effets disproportionnés.
Un encadrement insuffisant pour l’instant
À ce jour, seuls les produits destinés aux enfants de moins de 3 ans sont concernés par une interdiction stricte de l’acide salicylique. Mais pour les enfants plus âgés, aucune mesure réglementaire n’a encore été prise, malgré l’avis scientifique.
De plus, rien n’a encore été demandé concernant l’exposition des adolescents, pourtant grands utilisateurs de cosmétiques à base d’acide salicylique. La question de l’exposition pendant la grossesse n’a pas non plus été abordée dans l’avis du CSSC, bien que la substance soit classée comme toxique pour le développement, donc potentiellement dangereuse pour le fœtus.
Voici un tableau récapitulatif de la situation actuelle :
| Public concerné | Statut de l’acide salicylique | Risques identifiés |
|---|---|---|
| Enfants de moins de 3 ans | Interdit | Toxicité avérée |
| Enfants de 3 à 10 ans | Autorisé mais jugé “non sûr” par le CSSC | Perturbation endocrinienne |
| Adolescents | Autorisé, bien qu’exposés via les soins anti-acné | Fenêtre hormonale sensible ignorée |
| Femmes enceintes | Autorisé, malgré sa classification comme toxique pour le développement | Risque fœtal non évalué officiellement |
| Adultes | Autorisé dans certaines concentrations selon la réglementation UE | Risque limité en usage occasionnel mais chronique |
Comment limiter l’exposition ?
Face à l’absence de réglementation immédiate, la prudence reste de mise pour les familles. Il est conseillé :
- D’éviter les produits “purifiants” ou “désincrustants” chez les enfants,
- De lire attentivement la liste des ingrédients (INCI) à la recherche de “salicylic acid”,
- D’utiliser l’application QuelProduit pour repérer les produits contenant des ingrédients à risque,
- Pour les femmes enceintes, d’éviter tous les soins contenant de l’acide salicylique par mesure de précaution.
Certaines marques commencent à proposer des gammes “zéro perturbateurs endocriniens”, avec des formules plus douces adaptées aux jeunes publics. Ce sont ces alternatives qu’il convient de privilégier, tant que les autorités ne se sont pas positionnées de manière plus contraignante.
Une vigilance citoyenne plus que jamais nécessaire
Ce nouvel avis du CSSC rappelle une réalité préoccupante : la réglementation cosmétique européenne peine encore à intégrer les enjeux liés aux perturbateurs endocriniens, en particulier lorsqu’il s’agit de publics sensibles comme les enfants et les femmes enceintes.
En attendant une révision des seuils autorisés, voire une interdiction plus large, c’est au consommateur d’adopter une démarche de précaution. Une tâche complexe, tant l’acide salicylique est répandu… et discret.
La vigilance individuelle et l’information restent donc, à ce jour, les seules armes efficaces pour protéger les plus vulnérables.
Source : UFC Que Choisir