À seulement 30 kilomètres d’Étretat, Fécamp offre exactement les mêmes falaises de craie majestueuses mais sans les millions de touristes. Entre le cap Fagnet culminant à 105 mètres, le sentier côtier GR 21 et l’histoire fascinante du Palais Bénédictine, cette ville normande cache des trésors que presque personne ne visite.
J’ai découvert ces falaises à 30 km d’Étretat et je ne comprends pas pourquoi personne n’y va

Étretat croule sous un million de visiteurs par an. Un million. Pour un village de quelques centaines d'habitants permanent, accueillant parfois jusqu'à 10 000 personnes en une seule journée de week-end estival. La fréquentation atteint 1,5 million de visiteurs à l'année, avec des conséquences bien documentées : accidents, destruction du site naturel, embouteillages, vie locale détériorée. À trente kilomètres au nord, exactement les mêmes falaises de craie, exactement le même ciel normand, exactement le même bruit de galets sous la semelle. Et presque personne.
Fécamp est cette anomalie touristique qu'on ne s'explique pas vraiment. Seize kilomètres séparent Fécamp d'Étretat, et pourtant c'est tout un monde qui différencie ces deux cités balnéaires de la côte d'Albâtre : on y trouve les mêmes falaises de craie imposantes, à quelques arches près, mais pendant que l'une croule sous les touristes, l'autre déploie ses charmes en toute modestie. Les blogueurs spécialistes des voyages parlent de Fécamp comme d'une "alternative à Étretat sans touristes", avec ses quelques centaines de milliers de visiteurs, Fécamp est encore loin du million de visiteurs qui fréquente Étretat chaque année. C'est ce qu'on appelle, dans le milieu, une chance.
À retenir
- Les falaises du cap Fagnet sont plus hautes que celles d'Étretat, mais presque personne ne les connaît
- Une liqueur créée en 1510 par un moine bénédictin cache une recette secrète protégée par trois copies dissimulées dans le monde
- Le sentier côtier GR 21 a été élu « GR préféré des Français » mais reste largement ignoré près de Fécamp
Des falaises aussi hautes, une foule dix fois moins dense
Les falaises de craie qui bordent ce littoral se sont formées au Crétacé, il y a entre 120 et 65 millions d'années. Elles résultent de l'accumulation de débris d'organismes marins et végétaux déposés sur plus d'une centaine de mètres de profondeur. De formidables mouvements de terrains provoqués par l'effondrement des bassins parisien et londonien ont ensuite permis la surrection de ces falaises sur les côtes française et anglaise. ce que vous voyez à Étretat et ce que vous voyez à Fécamp, c'est rigoureusement le même phénomène géologique. Même âge, même matière, même dramaturgie.
La différence, c'est le cap Fagnet. Le cap Fagnet est le point le plus haut de la côte d'Albâtre. Il offre un panorama saisissant sur la mer, les falaises, le port et la ville de Fécamp, et culmine à 105 mètres. À titre de comparaison, les célèbres falaises d'Amont à Étretat n'atteignent que 84 mètres. Le spectacle depuis Fagnet surpasse donc géométriquement ce que propose sa voisine plus connue, et l'on peut y admirer la vue sans se battre pour un centimètre carré de parapet. Du cap Fagnet, la vue s'étend jusqu'à Étretat. C'est dire l'ironie de la situation.
Le sentier côtier qui longe ces falaises mérite qu'on s'y attarde. Le GR 21, Littoral de la Normandie, a remporté le titre de "GR préféré des Français" en 2020, plébiscité par 30% des 93 000 votes exprimés lors du concours national organisé par la Fédération française de la randonnée pédestre, devançant le GR 65, chemin de Compostelle. Homologué par la FFRandonnée en 1977, le GR 21 longe 190 km de la Côte d'Albâtre, reliant Le Tréport au Havre. La section Fécamp-Étretat, une vingtaine de kilomètres, constitue l'une de ses portions les plus saisissantes : les valleuses, ces failles dans les falaises formées par des cours d'eau, vont du simple sentier à la large vallée et sont autant d'accès à la mer, certains présentant un aspect sauvage et protégé. On descend dans l'une d'elles, la valleuse de Grainval, par exemple, pour admirer les falaises et la Roche qui pleure, sources souterraines qui sourdent de la falaise et se jettent sur les galets. Improbable et magnifique.
Le secret le mieux gardé de Normandie : une liqueur née dans une abbaye
Fécamp ne se résume pas à ses falaises, et c'est peut-être là que réside son vrai avantage sur Étretat. La ville possède une histoire dense, portée par deux piliers qui n'ont rien de touristique au sens superficiel du terme. D'abord, son passé de grand port de pêche à la morue : Fécamp a été un grand port de pêche à la morue et au hareng jusqu'aux années 1970. C'est d'ici qu'une partie des fameux terre-neuvas français partaient durant des mois pour des campagnes aux abords du Canada. Ensuite, une liqueur dont l'histoire mérite qu'on s'assoie pour l'écouter.
La Bénédictine naît en 1510 au sein même de l'abbaye de Fécamp, quand un moine bénédictin nommé Dom Bernardo Vincelli crée un élixir secret. La recette se perd pendant la Révolution française. En 1863, Alexandre Le Grand développe une recette de liqueur aux herbes à partir d'anciennes recettes médicinales. La Bénédictine contient 27 herbes et épices, dont l'angélique, l'hysope, le genévrier, la myrrhe, le safran, la mélisse, le thym, la coriandre et la vanille, entre autres. Trois copies de la recette complète existent dans le monde, dissimulées en trois endroits distincts. Détail piquant : tant de personnes ont tenté de la reproduire que l'entreprise maintient sur ses terrains à Fécamp une "Salle des Contrefaçons".
Pour loger tout cela dignement, Le Grand fait construire un bâtiment qui tient autant du musée que de la distillerie. Le Palais Bénédictine est un édifice mêlant les styles néogothique et néo-Renaissance, construit à la fin du XIXe siècle pour Alexandre-Prosper Le Grand, négociant en spiritueux qui a fait fortune en inventant et commercialisant la liqueur Bénédictine. On l'a surnommé le "Versailles industriel". La douceur du produit fini nécessite de multiples procédés de distillation et environ deux ans de vieillissement en fûts de chêne, toujours situés au Palais de Fécamp. La visite guidée se termine par une dégustation, les habitués préfèrent les matinées de semaine, quand les groupes ne sont pas encore là.
Comment organiser votre journée à Fécamp
Fécamp se situe à 2h15 de Paris, à 45 minutes du Havre et à 20 minutes d'Étretat. La logique la plus efficace : arriver le matin par le cap Fagnet pour la lumière rasante sur les falaises (privilégiez le nord pour contempler la Manche dans toute sa largeur), redescendre vers la ville par le sentier côtier, déjeuner dans le port, puis consacrer l'après-midi au Palais Bénédictine. La communauté d'agglomération propose 19 circuits balisés et le GR 21 autour de Fécamp. De 6,5 à 17 km, pour un public familial ou plus sportif, ces circuits permettent d'explorer à la fois le littoral et la campagne cauchoise, sur 220 km de chemins balisés.
Une mise en garde utile avant de chausser vos souliers : le littoral est fragile et les risques d'éboulement ou de chute de pierres sont très importants, ne marchez ni au bord, ni au pied des falaises. Le niveau de difficulté est modéré en raison des dénivelés, les falaises culminant entre 80 et 105 mètres de hauteur ; par temps de pluie, certains passages en descente peuvent être glissants. Une paire de chaussures à semelles adhérentes change radicalement le confort de la balade — autant le savoir avant.
La vraie surprise de Fécamp tient peut-être dans ce chiffre : la falaise du cap Fagnet abrite également une réserve ornithologique gérée par le Groupe ornithologique normand. Les ornithologues amateurs connaissent le site depuis longtemps, et se gardent bien d'en parler. Ce n'est probablement pas pour rien.
Sources : ffrandonnee.fr | normandie.canalblog.com