Il y a une Espagne que beaucoup de voyageurs cherchent sans savoir exactement où regarder. Pas celle des plages bondées en juillet, ni celle des tapas servies à la chaîne pour touristes pressés. Une Espagne plus ancienne, plus silencieuse, où les villages ont encore une âme, où les paysages n'ont pas été domestiqués, et où l'on mange bien sans dépenser une fortune. Cette Espagne-là existe. Elle s'appelle les Asturies, et elle attend, discrète, au nord de la péninsule, le long de la mer Cantabrique.
Pourquoi les Asturies sont devenues le secret le mieux gardé de l'Espagne
Loin des circuits touristiques surpeuplés
Pendant que la Costa Brava et Barcelone gèrent leur propre succès avec plus ou moins de sérénité, les Asturies continuent d'accueillir leurs visiteurs sans bruit. Pas de tapis rouge, pas d'hôtels-cubes en front de mer, pas de queues interminables devant les monuments. Ici, on arrive encore par curiosité, souvent sur le conseil d'un ami, rarement par hasard de clic sur une application de voyage.
Ce qui frappe en premier, c'est la verdure. Le nord de l'Espagne ne ressemble en rien à l'image mentale qu'on se fait du pays : collines brûlées, terre ocre et ciel blanc de chaleur. Les Asturies, elles, sont vertes. Vraiment vertes. Les prairies s'étirent jusqu'aux falaises, les forêts descendent vers la mer, et l'air y est d'une fraîcheur que l'on n'attendait pas.
Des paysages qui rivalisent avec les Alpes
À l'intérieur des terres, les sommets des Picos de Europa s'élèvent à plus de 2 500 mètres, couverts de neige une partie de l'année et de brume l'autre. Ce parc national, l'un des premiers créés en Espagne dès 1918, s'étend sur trois provinces et offre des panoramas d'une ampleur comparable à ce que l'on trouve dans les Alpes françaises — avec, en prime, beaucoup moins de monde.
La combinaison montagne-océan, dans un espace aussi compact, est rare en Europe. En quelques heures de route, on passe des sommets enneigés aux plages de sable fin. C'est cette diversité de paysages, accessible sans effort logistique particulier, qui rend les Asturies si attachantes.
La côte asturienne : des falaises qui coupent le souffle et des villages oubliés du temps
Des criques sauvages et des plages de rêve
La côte cantabrique n'a rien à envier à la Bretagne ou aux rivages irlandais, si ce n'est qu'elle bénéficie d'un ensoleillement nettement plus généreux. Les falaises tombent à pic dans une mer d'un bleu-vert surprenant, et les criques dissimulées entre les rochers s'atteignent après quelques minutes de marche — ce qui suffit, déjà, à décourager les foules.
Les plages comme celles de Torimbia ou de Gulpiyuri (cette dernière, enclavée dans les terres, reçoit l'eau de mer par des galeries souterraines) ont tout des cartes postales que l'on encadre. Pourtant, elles restent d'une accessibilité étonnante et ne sont pas encore saturées par le tourisme de masse.
Les pueblos accrochés à la montagne
Cudillero est sans doute le village le plus photographié des Asturies : ses maisons colorées dégringolent sur les flancs d'une crique, serrées les unes contre les autres comme pour mieux résister au vent. Les filets de pêche sèchent encore sur les quais, et les restaurants servent le poisson du matin dans des salles minuscules où l'on se retrouve coude à coude avec les habitants.
Ribadesella, de son côté, allie plage et estuaire dans un cadre particulièrement soigné. Ces deux villages font partie des villages de pêche emblématiques de la côte asturienne, une distinction qui en dit long sur leur authenticité préservée. On y flâne, on y mange bien, on y revient.
À l'intérieur des terres : nature brute et authenticité sans détour
Les Picos de Europa pour les marcheurs en quête de liberté
Les randonneurs trouveront dans les Picos de Europa un terrain de jeu d'une générosité rare. Les sentiers balisés traversent des gorges vertigineuses — la gorge du Cares, taillée dans la roche sur plusieurs kilomètres, est l'une des plus spectaculaires de la péninsule ibérique. La faune sauvage est présente : chamois, aigles royaux, et parfois l'ours brun cantabrique, dont la population se maintient dans ces massifs.
Le niveau des randonnées proposées va du simple sentier en fond de vallée aux ascensions techniques réservées aux alpinistes. De quoi satisfaire aussi bien les promeneurs tranquilles que les marcheurs aguerris.
Des villages de montagne où le temps s'est arrêté
Le patrimoine pré-roman des Asturies est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO — et c'est loin d'être anecdotique. Six monuments, dont l'église Santa María del Naranco ou Santa Cristina de Lena, témoignent d'une architecture du IXe siècle d'une finesse remarquable, bien avant que les grandes cathédrales gothiques ne dominent le paysage européen.
Le sanctuaire de Covadonga, niché dans un cirque naturel au cœur des Picos de Europa, mérite également le détour. La grotte sacrée qui abrite la statue de la Vierge de Covadonga est associée à la victoire du roi Pélage en 722, premier jalon de la Reconquista espagnole. La basilique néoromane du XIXe siècle qui lui fait face ajoute une couche de solennité à cet endroit hors du temps.
Voyager malin : profiter des Asturies sans vider son portefeuille
Les hébergements qui ne ruinent personne
L'une des grandes satisfactions des Asturies, c'est leur rapport qualité-prix. Les casas rurales — ces maisons de campagne transformées en chambres d'hôtes — sont nombreuses, souvent charmantes, et pratiquent des tarifs nettement inférieurs à ceux des régions touristiques du sud ou de l'est du pays. On dort dans une vieille bâtisse en pierre, avec vue sur les montagnes ou la mer, pour un prix qui ferait pâlir d'envie n'importe quel habitué de la Côte d'Azur.
Pour un séjour de cinq à sept jours — durée idéale pour combiner littoral, montagne, Oviedo et Gijón — le budget hébergement reste très raisonnable, même en tablant sur du confort.
Où manger comme un local pour trois fois rien
La gastronomie asturienne est une affaire sérieuse, prise très au sérieux par ses habitants. Les sidrerías — ces tavernes à cidre omniprésentes — proposent des menus copieux et bien cuisinés à des prix qui étonnent agréablement. Le rituel de l'escanciar (verser le cidre en tenant la bouteille très haute et le verre très bas pour l'oxygéner) est une expérience en soi, aussi conviviale que spectaculaire.
Côté fromages, les Asturies produisent une quarantaine de variétés locales. Le Cabrales, affiné en grotte naturelle, est le plus connu ; le Gamonéu et l'Afuega'l pitu méritent tout autant l'attention. Ces produits se trouvent dans les marchés locaux à des prix imbattables, et constituent à eux seuls une bonne raison de faire ses valises.
Pourquoi on a envie d'y revenir chaque année
Cette sensation d'avoir découvert quelque chose de vrai
Il y a des destinations que l'on visite, et d'autres que l'on ressent. Les Asturies appartiennent à la seconde catégorie. Le sentiment d'authenticité n'y est pas fabriqué pour les touristes : il est simplement là, dans la façon dont les gens parlent, dans les marchés du dimanche, dans les sidrerías bruyantes un soir de semaine. On n'a pas l'impression d'être un spectateur, mais un visiteur accepté.
Des souvenirs qui valent infiniment plus que ce que l'on a dépensé
Le souvenir d'une randonnée dans les gorges du Cares, d'un coucher de soleil sur les falaises de la côte ou d'un repas improvisé dans un tout petit restaurant de village ne s'achète pas. Il se vit, et les Asturies le rendent accessible sans exiger de sacrifice financier particulier. C'est peut-être cela, finalement, la définition d'un voyage réussi : rentrer avec le sentiment d'avoir reçu bien plus que ce que l'on avait prévu de dépenser.
Les Asturies ne ressemblent à aucune autre région d'Espagne, et c'est précisément pour cela qu'elles méritent d'être découvertes. Entre une côte encore sauvage, des montagnes à couper le souffle, un patrimoine millénaire et une table généreuse à prix doux, cette région du nord offre tout ce que l'on cherche quand on rêve d'une Espagne sans artifice. La prochaine fois que l'envie d'Espagne se fait sentir, peut-être vaut-il la peine de regarder un peu plus au nord que d'habitude.

