C’est le marronnier que les offices de tourisme redoutent le plus. Le célèbre guide de voyage américain Fodor’s a publié sa « No List » pour 2026. Un palmarès inversé qui dresse la liste des endroits du globe où il vaut mieux ne pas mettre les pieds cette saison. L'idée n'est pas de lancer un appel au boycott, mais de tirer la sonnette d'alarme : ces écosystèmes et ces populations locales étouffent sous le poids des vacances en masse.
Les sanctuaires naturels en sursis
En ouverture de cette liste noire, l'Antarctique concentre les plus vives inquiétudes. Le continent blanc a vu débarquer plus de 120 000 visiteurs en une seule saison, et le chiffre pourrait doubler d'ici dix ans. Les scientifiques s'alarment de voir ce désert sauvage et aride se transformer en une attraction de masse, où le défilé des navires de croisière perturbe gravement la faune polaire.
Aux États-Unis, le parc national Glacier (Montana) est quant à lui victime du « tourisme de la dernière chance ». Des millions de curieux s'y précipitent pour admirer les derniers glaciers avant leur disparition complète, annoncée pour 2030, ce qui accélère dramatiquement les dégâts sur l'environnement et les sentiers. En Europe, c'est la région de la Jungfrau en Suisse qui se fait épingler : le train de haute montagne y déverse plus d'un million de visiteurs par an, saturant une économie alpine devenue totalement dépendante des excursionnistes d'un jour.
De Mexico à Montmartre : la colère des habitants
L'autre volet de cette liste concerne les destinations habitées où la colère des locaux a fini par exploser. Aux îles Canaries, des milliers de résidents sont descendus dans la rue sous le mot d'ordre « les Canaries ont leurs limites », pour dénoncer la pénurie d'eau et l'explosion des prix de l'immobilier qui chassent les locaux. Un ras-le-bol identique à Mexico, où la multiplication des locations saisonnières type Airbnb a totalement gentrifié les quartiers historiques.
Plus proche de nous, la France prend elle aussi une claque : le quartier de Montmartre à Paris fait partie de la liste rouge. Avec 11 millions de visiteurs par an sur la butte, le quotidien des 30 000 riverains est devenu impraticable, entre explosion des loyers et disparition des commerces de proximité au profit des boutiques de souvenirs.
Les aberrations écologiques et logistiques
Enfin, le guide pointe du doigt deux zones hors de contrôle. D'un côté, la ville côtière de Mombasa au Kenya, qui absorbe l'essentiel du tourisme national sans avoir les infrastructures nécessaires pour gérer l'afflux de déchets et les eaux usées.
De l'autre, le quartier d'Isola Sacra en Italie, situé près de Rome. Le guide s'insurge contre le projet d'un méga-port de croisière privé (porté par Royal Caribbean) capable de déverser des milliers de passagers par jour sur un écosystème de dunes et de zones humides ultra-fragile.
Pourquoi Venise et Barcelone ne sont plus sur la liste
La vraie surprise de cette édition, c'est l'absence de Venise ou de Barcelone. Le guide s'en explique très clairement : la situation ne s'est pas arrangée, mais la planète entière est déjà au courant. Fodor's a préféré retirer ces habitués des radars pour braquer les projecteurs sur ces huit autres zones de crise avant qu'elles ne soient définitivement détruites.
Pour nous, voyageurs, la leçon est simple. Continuer à s'entasser aux mêmes endroits au même moment ne rend service à personne, ni aux locaux, ni à la qualité de nos propres vacances. Cet été, le vrai luxe consistera à faire un pas de côté.

