La simple évocation d’un « road trip » fait encore surgir l’image d’un panneau mythique planté au bord d’une route américaine, quelque part entre Chicago et la Californie. Pendant longtemps, l’asphalte des États-Unis a incarné la liberté et l’aventure. Aujourd’hui, cette image s’est en partie transformée. Si ces itinéraires conservent leur valeur historique, ils sont aussi devenus très fréquentés et largement organisés. Pour celles et ceux qui recherchent un voyage plus dépaysant, loin des foules et des parcours trop balisés, d’autres horizons méritent l’attention. En Amérique du Sud, deux routes spectaculaires offrent une approche différente du voyage automobile : la Ruta 40 en Argentine et la Carretera Austral au Chili. Ici, la route n’est pas qu’un moyen de transport, elle devient une véritable expérience.
Changer de continent pour changer de rythme
Les grands itinéraires américains restent séduisants, mais ils s’inscrivent aujourd’hui dans un cadre très structuré. Les étapes sont connues, les services nombreux, et l’improvisation y a laissé moins de place. À l’inverse, l’Amérique du Sud propose encore des routes où le voyage se vit à un autre tempo. Les distances sont réelles, les paysages dominent largement l’horizon et le silence occupe une place essentielle.
Cette sensation d’espace et de liberté attire de plus en plus de voyageurs en quête d’authenticité. Ici, on roule moins pour relier des attractions que pour traverser des territoires, observer leur diversité et accepter que la route impose parfois son propre rythme.
Deux routes, deux visions du voyage
La cordillère des Andes marque une frontière naturelle entre deux expériences très différentes. À l’est, l’Argentine déroule une route longue et majestueuse, faite de vastes étendues et de contrastes climatiques. À l’ouest, le Chili propose un itinéraire plus sinueux, verdoyant et technique, entre montagnes, forêts et fjords. Le choix dépendra autant des paysages recherchés que de la manière d’aborder le voyage.
La Ruta 40, l’axe mythique de l’Argentine
Une traversée du pays du nord au sud
La Ruta 40 s’étend sur un peu plus de 5 000 kilomètres et longe la cordillère des Andes sur toute la longueur de l’Argentine. Elle débute près de la frontière bolivienne et traverse de nombreuses régions jusqu’à la Patagonie australe. Selon le point de départ choisi, les ambiances varient considérablement.
Au nord, les paysages sont secs et minéraux, ponctués de formations rocheuses et de hauts plateaux. En descendant vers le sud, apparaissent des zones plus verdoyantes, des lacs de montagne et, plus loin, les grandes étendues patagoniennes battues par le vent. Cette diversité fait de la Ruta 40 une route à part, où chaque journée apporte un décor différent.
Une route accessible, mais qui se mérite
Contrairement à certaines idées reçues, la Ruta 40 n’est pas réservée aux aventuriers aguerris. De nombreux tronçons sont aujourd’hui asphaltés, ce qui facilite la conduite. D’autres sections restent en ripio, ce gravier typique qui demande simplement plus d’attention et une vitesse modérée.
Les villages y sont parfois éloignés les uns des autres, mais l’accueil est souvent chaleureux. Les pauses se font dans de petites localités ou des estancias, offrant l’occasion de découvrir une Argentine rurale et authentique. Le voyage devient alors autant intérieur que géographique.
La Carretera Austral, le Chili dans sa version la plus sauvage
Une route plus courte, mais plus exigeante
La Carretera Austral, également appelée Route 7, s’étend sur environ 1 240 kilomètres entre Puerto Montt et Villa O’Higgins. Moins longue que la Ruta 40, elle se distingue par son tracé sinueux et son environnement très dense.
Le revêtement alterne entre bitume et pistes gravillonnées, et certaines portions nécessitent de traverser des fjords en bac. Cette progression fragmentée impose de ralentir, mais elle permet aussi de profiter pleinement des paysages et de l’atmosphère unique de la région.
Une immersion dans une nature omniprésente
Ici, la route semble se frayer un passage au milieu d’une nature foisonnante. Forêts épaisses, rivières aux couleurs glaciaires, lacs aux teintes turquoise et montagnes abruptes composent le décor. Des sites comme les Cathédrales de Marbre, sur le lac General Carrera, illustrent parfaitement la richesse naturelle de la région.
La Carretera Austral n’est pas une route que l’on parcourt rapidement. Elle invite à s’arrêter, à marcher, à observer, et à accepter que le voyage soit ponctué d’imprévus.
Bien préparer son voyage pour en profiter pleinement
Ces itinéraires restent accessibles depuis la France. Pour la Ruta 40, Buenos Aires constitue généralement le point d’entrée, avant un vol intérieur vers des villes comme Salta, Mendoza ou Bariloche. Pour la Carretera Austral, l’arrivée se fait par Santiago du Chili, puis Puerto Montt.
Le choix du véhicule est important. Un SUV confortable convient bien à la Ruta 40. Pour la Carretera Austral, une garde au sol plus élevée apporte un vrai confort, notamment sur les pistes. Il est également recommandé de vérifier l’état de la roue de secours et d’anticiper les ravitaillements dans les zones les plus isolées.
Quand la route devient le voyage
Choisir ces itinéraires sud-américains, ce n’est pas seulement changer de décor. C’est accepter une autre façon de voyager, plus lente, plus attentive et souvent plus marquante. Entre les vastes espaces argentins et les paysages découpés du Chili, la route retrouve son rôle premier : celui d’un fil conducteur entre les hommes, les territoires et le temps.
Ces voyages rappellent que l’aventure ne réside pas forcément dans la difficulté, mais dans la capacité à sortir des itinéraires trop prévisibles. Et parfois, il suffit simplement de suivre une route au bout du monde pour redécouvrir le plaisir d’avancer.

