Près de 7,9 milliards d’euros dorment à la Caisse des dépôts en attente de leurs propriétaires légitimes. Ciclade, un service gratuit lancé en 2017, permet de récupérer en quelques clics les sommes oubliées provenant de comptes bancaires, assurances-vie et épargne salariale inactifs.
Vieux livret ou assurance-vie oubliée : l’État vous doit peut-être de l’argent (voici le service gratuit pour vérifier avec un simple nom)

Près de 7,9 milliards d'euros attendent leurs propriétaires à la Caisse des dépôts. Pas dans un coffre mystérieux, pas dans une procédure kafkaïenne : ces sommes dorment à la Caisse des Dépôts en attente de leurs propriétaires légitimes, accessibles via un service public gratuit, en quelques clics, avec un simple nom. Ce service s'appelle Ciclade. Beaucoup en ont entendu parler. Peu l'ont vraiment utilisé.
À retenir
- Un ancien livret ou une assurance-vie oubliée pourrait vous rapporter en moyenne 943 euros
- Le service Ciclade a restitué plus de 164 millions d'euros en 2025 seul
- Au-delà de 30 ans sans réclamation, vous perdez à jamais vos droits sur ces sommes
Comment des milliers d'euros peuvent dormir sans que vous le sachiez
Le mécanisme est plus courant qu'on ne le croit. Un changement de banque réalisé à la hâte, sans clôturer l'ancien compte : quelques dizaines ou centaines d'euros y restent, oubliées. La banque envoie des courriers à une adresse qui n'est plus la vôtre. Au bout d'une décennie, les fonds partent à la Caisse des dépôts. Le scénario se répète à des centaines de milliers d'exemplaires chaque année.
Depuis la loi Eckert de 2014, les établissements financiers ont l'obligation de transférer à la Caisse des Dépôts et Consignations tous les avoirs issus de comptes et contrats inactifs. Le mécanisme est simple : sans signe de vie du titulaire pendant dix ans, ou trois ans après un décès, la banque ou la compagnie d'assurance transfère les fonds à la CDC, qui les conserve et les restitue sur demande. Ce filet de sécurité, pensé pour protéger les épargnants, fonctionne en silence depuis 2016.
Les produits concernés sont plus variés qu'on ne l'imagine. Comptes bancaires, livrets d'épargne (Livret A, LDDS), comptes d'épargne salariale (PEE, PER, PERCO), contrats d'assurance-vie oubliés et inactifs depuis quelques années : autant de supports que la vie active accumule parfois sans y penser. Un PEE chez un ancien employeur quitté il y a vingt ans, un livret ouvert à l'adolescence, une assurance-vie souscrite par un parent dont vous ignoriez être le bénéficiaire désigné. Entre 2017 et 2025, 13,65 millions de comptes et contrats ont été transférés à la Caisse des dépôts, pour un montant global de 9,71 milliards d'euros. Ces chiffres ne sont pas théoriques.
Ciclade : la vérification prend trois minutes, pas trois heures
Ciclade est un service gratuit d'intérêt général développé par la Caisse des Dépôts et mis en service en janvier 2017. Il permet de rechercher et récupérer des sommes oubliées provenant de comptes bancaires, contrats d'assurance-vie ou épargne salariale devenus inactifs.
La recherche s'effectue en quelques clics en renseignant des informations personnelles sur le titulaire potentiel (nom, prénom, date de naissance ou de décès). En cas de correspondance, il suffit de créer un espace personnel et de soumettre une demande de restitution avec les justificatifs nécessaires. Vous pouvez effectuer cette recherche pour vous-même, mais aussi pour un parent décédé dont vous seriez ayant droit. L'accès à Ciclade se fait uniquement via le site officiel. Aucun autre canal n'est légitime pour effectuer vos recherches, méfiance donc envers tout intermédiaire qui vous proposerait de le faire à votre place, contre rémunération.
Une fois la correspondance identifiée, la procédure est balisée. La Caisse des dépôts vérifie que vous êtes bien titulaire, souscripteur, adhérent, bénéficiaire ou représentant légal. Une fois votre demande soumise, elle est analysée. Si elle est validée, l'argent vous est restitué par virement bancaire. Les sommes dues sont restituées par virement dans un délai de l'ordre de trois mois. Trois mois, pas trois ans.
Pour les assurances-vie d'un proche récemment décédé, une démarche complémentaire existe. L'Agira (l'association pour la gestion des informations sur le risque en assurance) permet de rechercher si un défunt était assuré, en parallèle de Ciclade. Ces deux outils sont complémentaires et gratuits.
Les chiffres qui donnent envie de vérifier ce soir
En 2025, plus de 10 millions de personnes ont interrogé le service Ciclade.fr, preuve que le bouche-à-oreille fonctionne. Le bilan publié par la Caisse des dépôts est éloquent : le site a fait l'objet de 10,6 millions de visites et de 200 000 demandes de restitution en 2025 (contre 94 000 en 2024). La Caisse des dépôts a effectué 174 000 paiements, pour un montant moyen de 943 euros par dossier. Au total, 164,4 millions d'euros ont été restitués en 2025, en hausse de 8 % sur un an.
943 euros en moyenne. Pas une fortune, certes, mais pas rien non plus. Et certains dossiers dépassent largement ce chiffre : la plus importante restitution depuis l'ouverture du service s'élève à 2,3 millions d'euros. Sur l'ensemble des années, près de 1,2 milliard d'euros a été reversé aux titulaires et ayants droit depuis le démarrage du dispositif en 2017.
L'urgence, elle, est réelle. La déchéance trentenaire prévoit qu'au bout de 30 ans, les sommes non réclamées sont définitivement reversées à l'État ou aux collectivités d'outre-mer. Ce délai de 30 ans inclut la période de conservation des sommes par l'établissement financier puis par la Caisse des dépôts. Une fois ce délai expiré, vous perdez définitivement vos droits sur ces fonds. En 2025, ce sont 89 millions d'euros qui ont été versés à l'État au titre de la déchéance trentenaire. Des sommes qui ne reviendront jamais à leurs propriétaires légitimes, faute d'avoir été réclamées à temps.
Et après la vérification : l'occasion de faire le point
La démarche Ciclade a un effet secondaire que peu anticipent : elle oblige à reconstituer la mémoire de son patrimoine. Quel livret ai-je ouvert dans quelle banque ? Quels contrats d'assurance-vie ai-je souscrits depuis vingt ans ? Les proches savent-ils qu'ils sont désignés bénéficiaires ? Une bonne organisation patrimoniale, clause bénéficiaire à jour, information des proches et suivi des contrats, limite fortement le risque de fonds en déshérence. Les experts recommandent de cartographier l'ensemble de vos comptes, contrats d'assurance-vie et investissements dans un document partagé avec vos proches ou votre notaire.
Cette mémoire patrimoniale prend encore plus de sens dans les successions. Le fichier national FICOVIE, tenu par la Direction générale des finances publiques, recense l'ensemble des contrats d'assurance-vie ouverts en France, ce qui permet aux notaires, lors d'une succession, d'identifier les contrats souscrits par le défunt et les bénéficiaires mentionnés. Un outil que les notaires consultent, mais que les familles ignorent souvent au moment du deuil, quand l'urgence administrative prend le dessus sur la curiosité patrimoniale.
Côté timing, les fonds transférés à la Caisse des dépôts continuent d'être rémunérés pendant leur période de conservation : les sommes issues de produits inactifs sont rémunérées à hauteur de 0,30 %, et pendant leur conservation par la Caisse des dépôts, elles sont investies en actions et obligations sur les marchés français, ainsi que dans des projets financés par la Banque des Territoires. Un taux symbolique, qui ne justifie surtout pas d'attendre.
Sources : lafinancepourtous.com | journaldeleconomie.fr