Je redoutais encore les longs trajets en électrique : après 500 km, ce n’est pas la batterie du BMW iX3 qui m’a arrêté

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Par Julien Thoraval

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Un chiffre m'obsède au moment de boucler les sacs, ce matin de juin : 805. C'est, en kilomètres, l'autonomie que BMW annonce pour son nouveau iX3. Une promesse que je m'apprête à confronter à la réalité : un week-end en Bretagne sous la canicule, et sans rien changer à mon rythme habituel. Mes précédents roadtrips en électrique m'ont parfois laissé le souvenirs de calculs d'apothicaire et de pauses subies pour que j'y croie sur parole. Dans le coffre, sacs et matériel photo trouvent leur place sans se battre, même si les 520 litres imposeraient des arbitrages à une famille de quatre en partance pour deux semaines. Les câbles de recharge, eux, rejoignent le coffre avant de 58 litres caché sous le capot, une première bienvenue chez BMW.

Notre monture arbore une teinte Ocean Wave Blue qui oscille entre bleu profond et gris acier selon l'humeur du ciel, rehaussée par la finition M Sport et d'imposantes jantes de 22 pouces. Les photos officielles m'avaient laissé dubitatif, mais la silhouette gagne beaucoup en trois dimensions : une vraie posture, une allure un brin sportive, et cette face avant néo-rétro aux haricots verticaux qui réussit son pari. À bord, l'intérieur Digital White presque immaculé amplifie la lumière du matin. L'enjeu, lui, dépasse largement le renouvellement d'un best-seller. Ce iX3 inaugure la Neue Klasse, la plateforme 100 % électrique appelée à équiper une quarantaine de modèles BMW d'ici 2027. Autrement dit, Munich joue une partie de son avenir sur ce SUV, et le droit à l'erreur n'existe pas.

Le programme de ces quatre jours presque off tient sur un ticket de parking : la presqu'île de Quiberon et sa côte sauvage, un détour par Carnac, le Festival Photo de La Gacilly qui célèbre cette année les 200 ans de la photographie, puis 500 kilomètres de retour avalés d'une traite. De quoi savoir si cette nouvelle ère munichoise tient du slogan marketing ou du vrai basculement. Et, accessoirement, si une électrique peut enfin me donner envie de repartir.

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Crédit : Julien Thoraval

Port Blanc : le ciel s'embrase, l'arche s'effrite

La première journée s'achève à Quiberon après une demi-journée de route sans autre halte qu'un café. À peine les valises posées, un coup d'œil à la montre douche l'idée d'un vrai dîner : le soleil se couche dans moins d'une heure et le ciel, lavé par le vent d'ouest, promet un final grandiose. Ce sera donc un dîner sur le pouce, avant de reprendre le volant vers la côte sauvage.

La route s'y déroule plein ouest, étroite et ondulante entre les ajoncs, au moment où le soleil entame sa descente. Le iX3 s'y glisse avec une aisance surprenante pour un gabarit de 4,78 mètres, aidé par un train avant précis, à défaut d'être incisif. Sur le parking de Port Blanc, quelques combinaisons noires se disputent encore la houle du soir. Le ciel commence à s'embraser derrière l'Arche Percée, cette dentelle de granit que l'érosion grignote saison après saison et dont la disparition n'est plus qu'une question de temps. La voir se découper dans cette lumière orangée ajoute au spectacle une pointe de mélancolie : le décor, ici, a une date de péremption.

Adossé au capot encore tiède, on assiste au brasier quotidien jusqu'à la dernière braise. Derrière nous, la calandre verticale s'illumine doucement à la nuit tombante, clin d'œil assumé à la Neue Klasse des années 60 (pack Iconic Glow, 1 150 €). Des promeneurs ralentissent, certains posent des questions. Lui qui divise en photo semble trouver ici, face à l'Atlantique, un public déjà conquis.

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Crédit : Julien Thoraval

Château Turpault au réveil, niniches au goûter & Panoramic vision

Le lendemain, réveil aux aurores pour retrouver le Château Turpault dans la lumière rasante. J'avais photographié la sentinelle néogothique en octobre dernier sous les rafales de la tempête Benjamin ; elle se reflète cette fois dans une mer d'huile. Six mois séparent ces deux visages du même lieu, et l'envie d'y revenir reste intacte.

Dans l'habitacle encore silencieux, le Panoramic Vision prend tout son sens. Ce bandeau noir de 43 pouces, logé au pied du pare-brise, remplace le combiné d'instruments traditionnel et affiche l'essentiel, de la vitesse à la navigation, directement dans le champ de vision. La lisibilité est telle que l'affichage tête haute, pourtant présent sur notre modèle, en devient presque superflu. Même constat pour l'écran central au format trapézoïdal, dont la police et la clarté d'affichage rendent la navigation étonnamment reposante. Le volant, lui, demande un temps d'adaptation. Les premiers jours, on jurerait qu'il a été monté à l'envers, avec cette jante aplatie sur sa partie haute. L'explication est pourtant logique, puisque ce méplat dégage la vue sur le bandeau. Au troisième jour, on ne se pose plus la question.

La matinée file ensuite entre la Grande Plage, une glace dégustée face aux cabines blanches et un sachet de niniches, ces longues sucettes au caramel nées ici même, chez Armorine, au lendemain de la guerre. Au loin, les navettes quittent Port-Maria vers Belle-Île. Hors saison, la presqu'île distille encore cette douceur balnéaire un peu rétro à laquelle il est difficile de résister.

La route qui relie la presqu'île à Carnac longe l'isthme de Penthièvre avant de retrouver les terres. Sur ces départementales bosselées, les relances sont franches sans jamais verser dans la brutalité : les deux moteurs délivrent 469 ch et 645 Nm de couple, et les 2 360 kg s'oublient plus vite que prévu. BMW a fait l'impasse sur la suspension pilotée, un choix qui pouvait inquiéter avec les jantes de 22 pouces de notre configuration. Il n'en est rien. La filtration reste remarquable, y compris sur les raccords fatigués des petites routes morbihannaises, au point de constituer l'une des plus belles surprises de cet essai.

À Carnac, les alignements imposent leur silence minéral : 3 000 menhirs dressés depuis sept millénaires, qui relativisent instantanément toute notion de nouveauté automobile. Le déjeuner se prend à L'Eskell, la table du Diana, face à la Grande Plage. Poisson de la criée voisine dans l'assiette et, depuis la terrasse, une vue sur la baie qui prolonge le café bien au-delà du raisonnable.

La Gacilly : un regard de 1966 qui ne vous lâche plus

Cap au nord-est, vers l'intérieur des terres. À une heure de route, La Gacilly se transforme chaque été en galerie à ciel ouvert, gratuite et fréquentée par plus de 300 000 visiteurs. Le Festival Photo y célèbre cette année un anniversaire de taille : le bicentenaire de la photographie, inventée en 1826 par Nicéphore Niépce dans la campagne bourguignonne. Une vingtaine d'expositions habillent les venelles et les jardins du village, de Nadar à Depardon, avec en point d'orgue Le Chant des Forêts de Vincent Munier, que nous avons eu la chance de rencontrer sur place (notre interview est à retrouver sur Masculin).

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Crédit : Julien Thoraval

Et puis il y a ce portrait. Françoise Hardy photographiée par Jean-Marie Périer en Égypte, en juin 1966, dans une tenue Paco Rabanne. La composition est d'une simplicité désarmante : presque rien, une rambarde et la mer en fond. Et ce regard qui vous happe, puis vous suit longtemps après avoir quitté la venelle. BMW n'a d'ailleurs rien d'un intrus dans ce monde-là : la marque accompagne la création photographique à travers son programme Art Makers et ses partenariats avec les Rencontres d'Arles ou Paris Photo.

500 kilomètres d'une traite : la vessie cède avant la batterie

Le retour se fait d'une traite, ou presque. Départ batterie pleine, 500 kilomètres de voies rapides puis d'autoroute à un rythme que je n'ai pas cherché à adoucir, climatisation en lutte contre la canicule déjà installée. C'est le terrain de jeu du Highway Assistant, l'aide à la conduite la plus aboutie du moment (1 100 €, pour une durée de quatre ans). Les conditions sont strictes : autoroute uniquement, régulateur calé à 130 km/h pile. Ensuite, les mains quittent le volant et la voiture tient sa voie sans vaciller. Pour doubler, un coup de clignotant, un regard vers le rétroviseur extérieur afin de vérifier que la voie est libre, et le iX3 déboîte puis effectue seul son dépassement, rabattement compris. Une caméra s'assure en permanence que les yeux restent sur la route, sous peine de sanction. Déconcertant les premières minutes, impressionnant voire addictif ensuite.

Côté chiffres, l'ordinateur de bord a affiché 18 kWh/100 km sur l'aller et les balades bretonnes, puis 21 kWh/100 km sur ce retour mené comme en thermique. Avec 108,7 kWh utiles sous le plancher, la voiture annonçait une arrivée à 12 % de batterie sans le moindre arrêt. Il y en aura pourtant un, de sept minutes, dicté par ma vessie plutôt que par l'autonomie. Le temps de cette pause imposée, la borne 400 kW avait rendu la question encore plus théorique qu'elle ne l'était déjà. BMW revendique jusqu'à 805 km WLTP et un 10-80 % expédié en 21 minutes ; dans la vraie vie, disons simplement que le sujet est clos.

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Crédit : Julien Thoraval

Reste ce sentiment, en garant la voiture après 1 800 kilomètres. Le iX3 n'émeut pas comme un six-cylindres au chant familier, et il ne cherche pas à le faire. Sa force se loge ailleurs, dans une cohérence qui m'a ramené au portrait de Périer : rien d'ostentatoire au premier regard, et pourtant quelque chose qui reste. Le titre de World Car of the Year 2026 et les 50 000 commandes engrangées en Europe en six mois laissent penser que je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Pour la première fois, une électrique m'a donné le même sentiment de liberté qu'une motorisation thermique. Est-ce une (r)évolution ? Sans doute...

Le BMW iX3 50 xDrive est disponible à partir de 71 950 €. Prix du modèle présenté avec options : 91 560 €.

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Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

2 commentaires à «Je redoutais encore les longs trajets en électrique : après 500 km, ce n’est pas la batterie du BMW iX3 qui m’a arrêté»

  • Je suis très satisfait de rendre mon BMW iX1 en décembre. Heureux de quitter BMW. Moi ce sera le 10 80 % en 12 ́. Et surtout toutes les options pour 49900 €, 2 fois moins que le iX3, je n’aime pas me faire entuber … j’aime m’arrêter tous les 300 kms pour me détendre, alors je préfère cela à une autonomie de 800 km…

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    • Julien Thoraval

      Le prochain sera un XPENG G6 je suppose ?

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