À Matera, l’Italie retrouve sa profondeur
À force de concentrer les regards, la côte amalfitaine finit presque par faire oublier qu’il existe d’autres visages de l’Italie. Plus discrets, moins photographiés, mais parfois plus marquants. Dans le sud du pays, en Basilicate, Matera appartient à cette catégorie de destinations dont le souvenir s’impose longtemps après le retour.
À première vue, rien ne prépare vraiment au spectacle. La campagne qui entoure la ville est austère, presque sèche par endroits. Puis le paysage s’ouvre soudain sur un entrelacs de maisons de pierre, de terrasses et d’escaliers accrochés à la falaise. Matera apparaît alors dans toute sa singularité.
Une ville façonnée par la roche
Longtemps considérée comme l'une des régions les plus pauvres d'Italie, la Basilicate abrite pourtant l'un des ensembles urbains les plus fascinants du pays.
Le cœur historique de Matera est constitué des Sassi, d'anciens quartiers creusés directement dans la roche calcaire. Pendant des siècles, des générations d'habitants ont vécu dans ces habitations troglodytiques, façonnant un paysage urbain unique en Europe.
Aujourd'hui, nombre de ces anciennes demeures ont retrouvé une nouvelle vie. Certaines accueillent des hôtels de charme, d'autres des restaurants ou des galeries discrètes. Le confort moderne s'est installé sans effacer le caractère brut des lieux.
Le temps semble ralentir
Matera ne se visite pas vraiment selon un programme.
On s'y promène.
Une ruelle débouche sur une petite place. Un escalier mène à une terrasse dominant le ravin de la Gravina. Plus loin, une église rupestre apparaît derrière une façade presque anonyme.
La ville invite davantage à la flânerie qu'à la collection de monuments.
Le matin, lorsque les groupes sont encore rares, la pierre claire capte une lumière douce qui souligne chaque relief. En fin de journée, les façades prennent des teintes plus chaudes et les premiers éclairages transforment progressivement les Sassi en un vaste amphithéâtre minéral.
Un décor de cinéma qui n'a rien d'artificiel
Cette puissance visuelle n'a pas échappé aux réalisateurs.
Matera a servi de décor à plusieurs productions internationales, parmi lesquelles Mourir peut attendre, le dernier James Bond avec Daniel Craig. Bien avant cela, d'autres cinéastes avaient déjà été attirés par cette ville dont les paysages évoquent parfois les grandes cités antiques du bassin méditerranéen.
Mais contrairement à certains lieux devenus prisonniers de leur image, Matera conserve une authenticité rare. Le cinéma y est passé sans la transformer en attraction permanente.
Une autre idée du voyage en Italie
La gastronomie participe elle aussi à cette impression de vérité. Dans les trattorias de la vieille ville, le célèbre pain de Matera occupe une place à part. Les produits de Basilicate, les fromages locaux, les pâtes artisanales et les recettes rurales composent une cuisine généreuse, profondément enracinée dans son territoire.
Rien d'ostentatoire. Rien de démonstratif non plus.
C'est sans doute ce qui séduit autant les voyageurs qui découvrent la région pour la première fois.
L'Italie loin des itinéraires convenus
Matera demande simplement un peu de temps et de bonnes chaussures. Les ruelles sont pentues, les escaliers nombreux, mais l'effort est largement récompensé.
À l'heure où certaines destinations italiennes semblent parfois victimes de leur succès, la ville offre une expérience plus apaisée. Une Italie moins mondaine, moins pressée, mais infiniment attachante.
Et c'est peut-être là son principal atout : donner le sentiment de découvrir encore quelque chose d'inattendu dans un pays que l'on croyait connaître par cœur.


