« On allait à Corfou chaque été » : depuis qu’on a découvert cette côte juste en face, on ne traverse plus

Un couple de vacanciers habituels de Corfou a découvert que juste en face, en Albanie, se cachait une côte aussi belle et bien moins chère. Ksamil, petit village de pêcheurs transformé en destination balnéaire tendance, devient le choix privilégié des voyageurs européens à la recherche de criques turquoise sans les tarifs grecs.

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Par L'équipe JDS

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Ils prenaient le ferry depuis Corfou chaque été, direction les criques turquoise de l'île grecque. Puis, un jour, ils ont regardé la carte de plus près : juste en face, à quelques encablures, une autre côte offrait la même eau, les mêmes îlots, le même bleu ionien. Depuis, ce couple de vacanciers ne traverse plus vers la Grèce. Ils restent côté albanais, à Ksamil, ce petit village du sud qui fait de plus en plus parler de lui.

À retenir

  • Pourquoi les touristes changent soudainement de destination après des décennies à Corfou ?
  • Comment un petit hameau albanais rivalise avec une île grecque mythique en quelques années
  • Le secret du succès tient-il vraiment au prix, ou y a-t-il un revers caché ?

Ksamil, le miroir albanais de Corfou

Sur la carte, la distance ne trompe pas. Ksamil se trouve à proximité de la frontière avec la Grèce, l'île de Corfou étant juste en face, et du parc national de Butrint, un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pendant des décennies, cet endroit n'était qu'un hameau de pêcheurs coupé du monde. Ksamil est un village côtier situé tout au sud de l'Albanie, à 15 kilomètres de la frontière grecque, qui pendant des décennies n'était qu'un petit hameau de pêcheurs isolé sous le régime communiste. Puis l'Albanie s'est ouverte, le tourisme a explosé, et Ksamil, avec ses plages de rêve face à Corfou, est devenu l'une des destinations balnéaires les plus prisées du pays.

La bascule s'explique aussi par la logistique. Rejoindre l'un ou l'autre rivage relève presque du même trajet. Si l'on vient de l'étranger, le plus simple reste de voler jusqu'à Corfou, en Grèce, puis de prendre un ferry jusqu'à Saranda ; l'aéroport international de Corfou dessert de nombreuses villes européennes, et la traversée rapide ne dure qu'une trentaine de minutes. : le même vol, la même arrivée, mais un choix de destination finale complètement différent une fois posé le pied sur le quai.

Ce qui frappe d'abord, c'est la couleur de l'eau. Sable clair, criques peu profondes, îlots à portée de palmes : la comparaison avec les Maldives revient sans cesse dans les récits de voyageurs, même si elle relève évidemment de l'exagération marketing. Ces îlots, facilement visibles depuis la côte, sont accessibles à la nage pour les plus sportifs ou en kayak pour ceux qui préfèrent une approche plus détendue, avec des eaux particulièrement claires et riches en vie marine, idéales pour le snorkeling. On est loin des plages de galets qui dominent une bonne partie du littoral ionien, côté grec comme côté albanais un peu plus au nord.

La question qui fâche : et le prix, dans tout ça ?

C'est souvent l'argument numéro un pour justifier de ne plus traverser. Manger, dormir, boire un verre : tout coûte encore sensiblement moins cher côté albanais. Les coûts de voyage y sont nettement inférieurs à ceux de la plupart des destinations d'Europe occidentale, et l'argent y va plus loin qu'en Croatie ou en Grèce, où l'hébergement et la restauration affichent des prix plus élevés. Un repas dans une taverne locale, un poisson grillé, un verre de raki en terrasse au coucher du soleil : la note reste, pour l'instant, deux à trois fois plus légère qu'à Corfou-ville.

Mais soyons honnêtes : le mot "secret" ne colle plus vraiment à Ksamil. La popularité soudaine a un prix, littéralement. Le premier vrai choc des prix est venu de Ksamil même, devant un restaurant en bord de plage où un bar de mer entier avec accompagnements coûtait autrefois autour de 8 à 10 euros, contre 15 à 18 euros aujourd'hui, avec des cocktails qui n'auraient plus rien à envier à la côte croate. Les chiffres officiels confirment cette accélération : l'Albanie enchaîne les records de fréquentation touristique, avec plus de dix millions de visiteurs étrangers par an et une courbe qui continue de grimper.

Cette affluence transforme le rapport de force estival. En pleine saison, transats et parasols se négocient au prix fort sur les plages les plus courues, un phénomène qui n'existait quasiment pas il y a cinq ou six ans. Seuls les transats des plages les plus prisées ont des tarifs "touristiques" en haute saison. De quoi relativiser l'image de paradis low-cost qui circule encore beaucoup sur les réseaux sociaux.

Le revers de la médaille : foule et bétonnage

Le petit village de pêcheurs a laissé place à une station balnéaire dense, parfois trop dense en juillet-août. Un effet paradoxal s'est installé : à force que chaque voyageur annonce que l'Albanie est bon marché et peu fréquentée, elle est devenue rapidement plus chère et plus fréquentée. Une habituée des lieux, revenue plusieurs fois sur trois ans, raconte être restée tellement surprise par le nombre de personnes qu'elle n'avait jamais vu une plage aussi bondée, incapable même d'apercevoir le sable sous tous les transats et parasols.

Le paysage bâti n'aide pas non plus à l'idylle. Comme dans la plupart des villes albanaises, on trouve beaucoup d'immeubles peu engageants autour de la station. Certains habitués vont jusqu'à conseiller de ne pas s'y attarder plus d'une demi-journée et de préférer les criques plus sauvages de la Riviera un peu plus au nord, du côté de Dhërmi ou Himarë, où baser son séjour dans la ville d'Himarë plutôt qu'à Ksamil permet de profiter d'une beauté similaire pour environ 20 % moins cher.

Alors, faut-il vraiment abandonner Corfou ?

Pas complètement, non. Beaucoup de voyageurs finissent par combiner les deux rives plutôt que de choisir un camp définitif. La traversée reste simple et rapide, et rien n'empêche de dormir côté albanais tout en réservant une journée à la vieille ville de Corfou, classée à l'UNESCO. C'est d'ailleurs souvent la formule la plus maligne : le confort et le patrimoine grecs d'un côté, les prix et les criques encore relativement tranquilles de l'autre, hors juillet-août.

Reste un détail que peu anticipent avant de partir : la saison change tout, bien plus que côté grec. Ksamil ferme quasiment ses portes entre octobre et mars, contrairement à Corfou qui conserve une activité touristique toute l'année grâce à sa taille et son statut d'île grecque à part entière. Ceux qui ne traversent plus l'ont bien compris : ils calent leurs séjours en mai, juin ou septembre, quand la lumière reste superbe et que la foule, elle, n'est pas encore arrivée.

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