Pendant des années, j'ai cru avoir trouvé la parade idéale pour traverser la France en été : plier bagages une fois la nuit tombée, glisser sur des autoroutes désertes, échapper aux embouteillages annoncés en orange par Bison Futé et éviter les 38 °C qui écrasent le Sud en ce moment. Sur le papier, c'était malin. Dans les faits, une conversation avec un ami gendarme, croisé lors d'un barbecue de famille, a fait voler cette certitude en éclats. Ce qu'il m'a expliqué m'a poussé à revoir totalement ma façon de partir en vacances. Et je crois que ça peut parler à beaucoup d'entre nous, surtout quand on a passé l'âge d'improviser au volant.
La fausse bonne idée qui m'a longtemps séduit : fuir la canicule et les bouchons au prix fort
Mon raisonnement paraissait imparable. En cette période de fortes chaleurs, avec un mercure qui grimpe allègrement au-dessus de 35 °C dans la vallée du Rhône et sur le pourtour méditerranéen, prendre la route à 23 h semblait relever du bon sens paysan : pas de soleil qui cogne sur le pare-brise, une climatisation qui souffle moins fort, un moteur qui chauffe moins, et surtout des kilomètres avalés pendant que les autres dorment. J'évitais ainsi les samedis noirs classés rouge par Bison Futé, ces journées où l'A7 se transforme en parking géant entre Lyon et Orange. Je partais frais, un thermos de café à portée de main, persuadé de faire un choix responsable. Mon épouse dormait à côté, la petite-fille aussi quand on la ramenait chez ses parents. Tout allait bien… jusqu'à ce que mon ami en uniforme me demande, l'air de rien, si je savais vraiment à quoi je m'exposais.
Ce que révèlent les chiffres de la Sécurité routière : la nuit tue plus au kilomètre parcouru
La démonstration a été rapide et glaçante. La circulation nocturne ne représente qu'environ 10 % du trafic total, mais elle concentre près de 46 % des décès sur la route. Autrement dit, à kilomètre égal, rouler de nuit est infiniment plus dangereux que rouler de jour. Pire encore : un quart des accidents mortels nocturnes se produisent entre 2 h et 6 h du matin, exactement le créneau que je privilégiais pour « avaler du bitume ». En cause, un ennemi silencieux que l'on sous-estime tous : la somnolence. Notre horloge biologique nous programme pour dormir entre 2 h et 5 h, et aucun café, aucune radio à plein volume, aucune fenêtre ouverte ne peut vraiment tromper ce rythme. Le risque d'accident est multiplié par huit quand on somnole au volant, et par trois si l'on part avec moins de cinq heures de sommeil dans les jambes. Sur autoroute, où la monotonie du paysage et la faible densité de trafic bercent dangereusement le conducteur, un accident mortel sur trois est lié à cette fatigue. Mon ami a résumé la chose d'une phrase : conduire assoupi, c'est aussi dangereux que conduire alcoolisé. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle.
Mon nouveau protocole pour cet été : départ à l'aube, binôme au volant et vigilance assumée
J'ai donc revu ma copie de fond en comble. Fini les départs à 23 h après une journée bien remplie. Désormais, je me couche tôt la veille, vers 21 h, et je programme le réveil à 4 h ou 5 h du matin. À cette heure-là, la fraîcheur nocturne est encore présente, les routes sont dégagées avant la ruée des familles vers 9 h, et surtout le corps sort d'une vraie nuit de sommeil. J'arrive sur ma destination avant que le thermomètre n'atteigne les 30 °C. Deuxième règle d'or : je ne pars jamais seul sur les longs trajets. Mon épouse a repris le volant après quelques leçons de remise à niveau, et nous nous relayons toutes les deux heures, avec une vraie pause d'un quart d'heure, pieds hors de la voiture, un peu d'eau, quelques pas. Troisième point, et c'est peut-être le plus important à notre âge : j'écoute mon corps. Une paupière lourde, un bâillement, une ligne blanche qui semble onduler ? On s'arrête sur la prochaine aire, quinze minutes de sieste éclair, et on repart. Ce n'est pas une faiblesse, c'est du bon sens. Pour ceux qui voyagent seuls ou sans possibilité de relais, la nuit reste à proscrire, même par forte chaleur : mieux vaut partir très tôt le matin et faire une longue pause aux heures les plus chaudes, entre 13 h et 15 h, autre créneau où la vigilance chute naturellement.
Changer ses habitudes après des décennies au volant, ce n'est jamais évident. Mais depuis que j'ai adopté ce nouveau rythme, je conduis plus sereinement, j'arrive moins fatigué et je profite pleinement de mes vacances dès le premier jour. La canicule et les embouteillages restent des désagréments réels, mais ils se contournent intelligemment sans jouer avec sa vie ni celle de ses proches. Et vous, avez-vous déjà pris le temps de réévaluer votre façon de partir en vacances, ou continuez-vous à faire confiance à des réflexes qui datent peut-être d'une autre époque ?


