Une lectrice découvre au guichet que le livret inactif de son mari depuis 12 ans a été transféré à la Caisse des Dépôts. Mais où disparaît réellement cet argent ? Et surtout, comment le récupérer avant la prescription trentenaire ?
J’ai retrouvé le vieux livret de mon mari resté sans opération depuis 12 ans : au guichet, la banque m’a expliqué où l’argent était parti

Douze ans de silence total sur ce vieux livret, et pourtant l'argent n'a pas disparu tout seul. Il a simplement changé d'adresse. C'est ce qu'a découvert cette lectrice en poussant la porte de son agence avec le livret jauni de son mari, un produit qu'elle croyait encore actif quelque part dans les tuyaux de la banque. Au guichet, la réponse a été claire : passé un certain délai sans la moindre opération, l'établissement a l'obligation légale de clôturer le compte et de transférer la totalité des sommes ailleurs. Pas dans un coffre, pas dans les caisses de la banque. Chez un tiers de confiance public, la Caisse des Dépôts et Consignations.
À retenir
- Après 10 ans d'inactivité, votre banque est obligée par la loi de transférer votre argent... mais où exactement ?
- La Caisse des Dépôts conserve cet argent, mais il existe un point de non-retour à partir duquel vous le perdez à jamais
- Un seul site permet de récupérer ces sommes oubliées : connaissez-vous cette plateforme qui gère près de 8 milliards d'euros ?
Le mécanisme qui vide les vieux livrets sans prévenir
Tout part d'un texte voté en 2014, la loi Eckert, pensée pour lutter contre ce que les juristes appellent la déshérence bancaire. La loi prévoit que les comptes bancaires devront être clôturés et les avoirs transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations après 10 ans d'inactivité, lorsque le titulaire est vivant, ou 3 ans après le décès du titulaire, si aucun ayant-droit ne s'est manifesté. Un simple virement de dix euros, une consultation en ligne, un appel au conseiller suffit pourtant à repartir pour un nouveau cycle : se connecter régulièrement à son espace personnel en ligne ou effectuer au moins une opération par an sur l'un de ses comptes et maintenir ses coordonnées à jour suffit à ne jamais être concerné.
La banque n'agit pas non plus en catimini. Une première communication a lieu lorsque la banque constate l'inactivité du compte pour informer son titulaire, puis cette information est renouvelée chaque année jusqu'à l'année précédant le dépôt à la Caisse des Dépôts, avec une dernière alerte six mois avant le transfert. Le problème, c'est que ces courriers finissent souvent à une adresse périmée, surtout quand le titulaire est décédé et que personne ne suit plus son courrier. Résultat : des milliers de familles apprennent l'existence, ou plutôt la disparition apparente, d'un vieux livret uniquement le jour où elles tentent de faire une opération dessus.
Chez la Caisse des Dépôts, le compte à rebours continue
Le transfert n'est pas une fin en soi, plutôt une seconde vie sous surveillance. Prenons l'exemple donné par la Caisse des Dépôts elle-même : le compte de Camille est inactif depuis 10 ans, sa banque le transfère à la Caisse des Dépôts qui le conserve pendant 20 ans, et si au terme de ces 30 ans Camille ne s'est toujours pas manifestée pour récupérer son argent, celui-ci est définitivement reversé à l'État. Trente ans, c'est long à l'échelle d'une vie, mais c'est aussi le temps qu'il faut parfois pour qu'un héritier découvre, par hasard, en rangeant des papiers de famille, qu'un livret oublié existait quelque part.
Passé ce délai, il n'y a plus de recours possible. Une fois un délai de 30 ans révolu, les sommes d'argent oubliées deviennent la propriété définitive de l'État, il est donc alors impossible de faire une demande de restitution puisque la Caisse des Dépôts ne dispose plus des sommes correspondantes. Ce mécanisme, la prescription trentenaire, s'applique sans distinction de montant. Un livret A modeste avec quelques centaines d'euros suit exactement la même règle qu'un contrat d'assurance-vie à cinq chiffres. L'État ne fait pas de tri.
Ciclade, le seul sésame avant qu'il ne soit trop tard
Entre le dixième et le trentième anniversaire de l'inactivité, une seule porte reste ouverte : le site Ciclade, géré par la Caisse des Dépôts. Ciclade est un service gratuit, le seul site Internet qui permet à toute personne, de nationalité française ou non, de rechercher gratuitement les sommes issues d'assurances-vie et de comptes inactifs transférées à la Caisse des Dépôts et, le cas échéant, d'en demander la restitution. La démarche tient en trois temps : une recherche avec nom, prénom et date de naissance (ou de décès le cas échéant), la création d'un espace personnel si une correspondance apparaît, puis l'envoi des justificatifs prouvant sa qualité de titulaire ou d'ayant droit. La demande est ensuite traitée par la Caisse des Dépôts, dans un délai de l'ordre de trois mois.
Le service n'a rien d'anecdotique. En 2025, 174 000 Français ont récupéré en moyenne 943 euros grâce à la plateforme Ciclade.fr, et la Caisse des Dépôts gère aujourd'hui 7,87 milliards d'euros de fonds non réclamés, issus pêle-mêle de vieux livrets d'épargne, de comptes courants oubliés après un déménagement ou de contrats d'assurance-vie dont personne ne se souvenait. Un chiffre qui donne le vertige : près de 8 milliards d'euros qui dorment, quelque part, en attente d'un nom qui vienne les réclamer.
Un point de vigilance mérite d'être glissé ici, car les escrocs ne s'y trompent pas. La plateforme officielle ne coûte rien et ne réclame jamais de paiement pour "débloquer" une somme. La Caisse des Dépôts ne contacte pas les particuliers ou les notaires pour les informer de l'existence de sommes non réclamées ou pour les leur remettre directement. Si quelqu'un vous appelle en prétendant représenter la Caisse des Dépôts pour un remboursement urgent, raccrochez : c'est toujours à vous de faire la démarche, jamais l'inverse.
Cette lectrice a eu de la chance. Douze ans, ce n'est encore que la moitié du chemin avant la clôture définitive à la banque, et il lui restait, une fois le transfert effectué, deux bonnes décennies pour formuler sa demande via Ciclade. D'autres familles, elles, tombent sur des comptes inactifs depuis vingt-huit ou vingt-neuf ans, à quelques mois seulement de la bascule irréversible vers les caisses de l'État. Un bon réflexe à adopter avant l'été : ressortir tous les vieux relevés, carnets et courriers de banque qui traînent dans un tiroir, ne serait-ce que pour vérifier qu'aucun nom de la famille ne figure, sans le savoir, sur la liste des comptes en déshérence.
Sources : cesdefrance.fr | aide.lanef.com