J’ai repris un petit emploi après avoir liquidé ma retraite en pensant juste arrondir mes fins de mois : personne ne m’avait prévenu de ce que ces cotisations allaient déclencher

Depuis septembre 2023, les retraités qui reprennent une activité en cumul intégral construisent discrètement une seconde pension. Cette réforme méconnue des retraites transforme des cotisations autrefois perdues en droits à pension supplémentaire, mais seulement sous certaines conditions précises.

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Par L'équipe JDS

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Ce petit boulot repris "pour arrondir les fins de mois" n'était pas si anodin qu'il y paraissait. Depuis le 1er septembre 2023, les cotisations vieillesse prélevées sur ce revenu d'appoint ne partent plus dans le vide : elles construisent, discrètement, une seconde pension de retraite. Avec l'entrée en vigueur de la loi portant réforme des retraites du 14 avril 2023, la reprise d'une activité en cumul emploi-retraite intégral ouvre des droits à une seconde pension dans le régime de retraite de base en contrepartie des cotisations versées. ce que beaucoup de retraités actifs ignorent encore aujourd'hui, c'est qu'ils sont en train de se fabriquer, mois après mois, un petit complément de pension supplémentaire.

Avant cette réforme, la situation était presque absurde. Avant la réforme des retraites de 2023, la reprise d'une activité dans les conditions du cumul emploi-retraite intégral ne permettait pas d'obtenir de nouveaux droits à la retraite, quel que soit le régime, et l'assuré cotisait donc à perte durant toute cette période. Un salarié retraité qui reprenait un emploi payait donc les mêmes charges sociales qu'un actif de 30 ans, sans jamais voir son effort transformé en droits. Le sentiment d'un impôt déguisé, en somme, un "parking" cotisant qui ne débouchait sur rien.

À retenir

  • Vos cotisations du petit boulot ne partent plus dans le vide depuis 2023
  • Vous pourriez toucher jusqu'à 200 euros supplémentaires par mois à la retraite
  • Attention :
    tous les retraités actifs ne sont pas éligibles à ce dispositif

Ce que la réforme a changé concrètement dans votre fiche de paie

Depuis cette bascule, le mécanisme fonctionne différemment, mais uniquement pour ceux qui remplissent certaines conditions précises. Vous pouvez cumuler intégralement vos pensions de retraite et les revenus professionnels provenant de votre nouvelle activité si l'assuré a cessé l'ensemble de ses activités professionnelles et a liquidé l'ensemble des régimes de retraite légalement obligatoires, de base et complémentaires, en France comme à l'étranger. C'est ce qu'on appelle le cumul intégral, par opposition au cumul plafonné qui, lui, ne génère toujours aucun nouveau droit.

Il faut aussi avoir liquidé sa retraite à taux plein, soit en ayant tous ses trimestres, soit en ayant atteint l'âge de 67 ans. Une nuance qui change tout : deux retraités reprenant le même job, avec le même salaire, peuvent se retrouver dans des situations radicalement différentes selon la façon dont leur première pension a été calculée.

Une fois ces conditions réunies, les cotisations versées depuis le 1er janvier 2023 comptent, même si l'activité a commencé plus tard. La possibilité d'acquérir de nouveaux droits à retraite est entrée en vigueur le 1er septembre 2023 et prend en compte le cumul effectué depuis le 1er janvier 2023. Petit détail qui a son importance pour ceux qui ont repris une activité chez leur ancien employeur : il faut respecter un délai de carence. En cas de poursuite d'activité chez son ancien employeur, la reprise d'activité doit intervenir après un délai de carence de 6 mois à compter de la liquidation de la première retraite pour bénéficier de nouveaux droits à une pension de retraite. Changez d'employeur ou lancez votre micro-entreprise, en revanche, et ce délai disparaît purement et simplement.

Combien cela rapporte vraiment, et pourquoi il ne faut pas s'attendre à un jackpot

Soyons honnêtes : cette seconde pension ne va pas transformer votre retraite. Le montant reste modeste, plafonné par la loi. Son montant annuel ne pourra pas dépasser 5% du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 403 euros en 2026. Ramené au mois, cela représente environ 200 euros. Un montant qui grimpera légèrement chaque année selon la revalorisation du plafond, mais qui restera toujours dans cette fourchette, quel que soit le salaire perçu pendant le cumul.

Autre limite à connaître avant de se réjouir trop vite : cette seconde retraite de base ne pourra pas se voir appliquer une surcote, ni une majoration familiale pour les parents de trois enfants et plus. Pas de bonus, pas de prime de fidélité. C'est un forfait, calculé au taux plein, ni plus ni moins.

La bonne nouvelle, c'est que le dispositif s'est élargi depuis son lancement. Les salariés du privé ont d'abord vu leur retraite de base concernée, puis leur complémentaire. Le 5 octobre 2023, les partenaires sociaux ont signé un accord qui adapte le cumul emploi retraite au régime Agirc-Arrco, et depuis le 1er janvier 2024, les salariés qui liquident ou ont liquidé leurs droits à taux plein peuvent se constituer une seconde pension complémentaire. Selon l'Agirc-Arrco elle-même, quelque 300 000 anciens salariés en cumul emploi-retraite intégral devraient bénéficier de cette mesure. Un chiffre qui donne une idée de l'ampleur discrète de cette réforme, passée presque inaperçue dans le grand débat sur les retraites de 2023.

Les indépendants n'ont pas été oubliés non plus, avec un an de retard. Depuis le 1er janvier 2025, les artisans et commerçants en cumul emploi-retraite intégral peuvent se constituer une seconde retraite complémentaire, en plus d'une seconde retraite de base, et cette pension complémentaire servie par le Régime complémentaire des indépendants ne sera pas plafonnée. Pour un artisan qui reprend une activité soutenue, cela peut représenter une somme bien plus intéressante que le forfait des salariés.

Le piège à éviter : confondre cumul intégral et cumul plafonné

Tout le monde ne profite pas de cette manne, loin de là. Si votre première pension n'était pas à taux plein, ou si vous êtes parti en carrière longue avant l'âge légal, vous restez dans le cumul plafonné classique. En cas de cumul emploi retraite partiel, la reprise d'activité professionnelle après la liquidation de la pension de retraite ne permet pas d'acquérir de nouveaux droits à la retraite. Dans ce cas, vos revenus professionnels restent plafonnés selon des règles classiques, et vos cotisations continuent, comme avant 2023, à financer le système sans jamais revenir dans votre poche. Une situation qui concerne encore une part significative des retraités actifs, notamment ceux partis tôt grâce à un dispositif carrière longue.

Ce cadre n'est d'ailleurs pas figé. Le dispositif de cumul emploi-retraite va se durcir à partir du 1er janvier 2027 suite à l'adoption de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, avec des conditions de cumul qui vont dépendre de l'âge au moment où vous retravaillez plutôt que de l'âge auquel vous avez demandé votre retraite. De quoi rappeler que ce petit boulot d'appoint mérite, chaque année, un petit point avec sa caisse de retraite : les règles bougent plus vite qu'on ne le pense, et ce qui valait hier ne vaudra pas forcément demain.

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