Après le décès de son père, l’auteur s’est heurté à l’impossibilité d’accéder aux photos et emails stockés dans ses comptes Apple et Google. Il découvre alors l’existence de mécanismes gratuits pour désigner des héritiers numériques — des réglages méconnus qui auraient pu tout changer.
J’ai voulu récupérer les photos et les mails de mon père après son décès : personne ne m’avait prévenu du réglage qu’il aurait dû activer de son vivant

Trois semaines après l'enterrement de mon père, j'ai voulu simplement revoir les photos de nos dernières vacances ensemble, celles qu'il avait prises avec son iPhone. Impossible d'y accéder. Pas de mot de passe transmis, pas de code, et surtout aucun réglage activé de son vivant qui aurait pu m'ouvrir la porte de son compte Apple ou de sa messagerie Gmail. Ce que j'ai découvert à ce moment-là, tout le monde devrait le savoir avant qu'il ne soit trop tard : Apple et Google proposent chacun un dispositif gratuit pour désigner à l'avance la personne qui récupérera vos données après votre décès. Mon père ne l'avait pas fait. Personne ne le lui avait dit.
À retenir
- Vos données numériques deviennent inaccessibles à la mort sans préparation : c'est une réalité que personne n'ose énoncer
- Apple et Google proposent depuis des années des solutions simples, gratuites et méconnues pour designér vos héritiers numériques
- Une dizaine de minutes suffit pour activer ces protections, mais l'absence d'information fait que la plupart des gens ne le savent jamais
Le mur numérique que personne ne vous décrit à l'avance
Un smartphone, aujourd'hui, ce n'est plus un simple téléphone. C'est un coffre-fort. Photos de famille, échanges de mails avec des amis perdus de vue, documents administratifs, souvenirs vocaux parfois. Et ce coffre-fort se referme automatiquement à la mort de son propriétaire, sans notaire pour en donner la combinaison. Pour des raisons de sécurité, Apple exige et vérifie une documentation légale avant de pouvoir aider avec le compte d'une personne décédée, ce qui inclut généralement un acte de décès et peut aussi nécessiter une décision de justice ou d'autres documents. Autant dire que sans préparation, la famille se retrouve à jongler avec des services juridiques au moment où elle est le moins disposée à le faire.
Du côté de Google, le principe est le même mais la mécanique diffère légèrement. Google est conscient que de nombreuses personnes décèdent sans laisser d'instructions claires concernant la gestion de leurs comptes, et peut alors collaborer avec la famille immédiate et les représentants légaux pour clôturer le compte, restituant parfois du contenu, sa priorité restant d'assurer la sécurité et la confidentialité des informations de ses utilisateurs. J'ai fini par comprendre que sans démarche préalable, la restitution de données n'a rien d'automatique, ni pour Apple ni pour Google. Un ami avocat m'a même glissé, mi-amusé mi-sérieux, que la loi protège davantage le secret des correspondances d'un mort que le chagrin de ses enfants.
Le contact légataire Apple, ce réglage invisible qui change tout
Ce que j'ignorais totalement, c'est qu'Apple a intégré depuis fin 2021 une fonction pensée exactement pour ma situation. Depuis iOS 15.2, sorti le 13 décembre 2021, Apple propose la fonction Digital Legacy (« Héritage numérique ») permettant à une personne d'ajouter un ou plusieurs contacts légataires. Concrètement, on désigne à l'avance, dans les réglages de son identifiant Apple, une ou plusieurs personnes de confiance. Il suffit d'activer l'identification à deux facteurs pour son identifiant Apple et de nommer un ou plusieurs proches, depuis les paramètres de l'iPhone mis à jour, qui pourront accéder aux données ; le contact choisi n'a même pas besoin d'avoir un iPhone. Une fois désigné, ce contact reçoit une clé d'accès unique à conserver précieusement.
Le jour venu, la procédure devient d'une simplicité déconcertante comparée à ce que j'ai vécu. En cas de décès, le contact hérité a besoin de la clé d'accès qui lui a été fournie lors de sa désignation ainsi que d'une copie de l'acte de décès, et Apple oriente le contact hérité vers le site digital-legacy.apple.com pour démarrer le processus d'authentification. Fini les échanges interminables avec un service client à l'autre bout du monde. Et l'accès n'est pas symbolique : les contacts désignés par le défunt de son vivant ont accès à une grande partie des données personnelles, comme des photos, vidéos ou des fichiers, et le contact peut même restaurer les données à partir d'une sauvegarde iCloud sur un autre terminal. Sans surprise, tout n'est pas transmis : certaines données restent inaccessibles, comme les mots de passe et identifiants stockés dans le trousseau iCloud ou les numéros de carte de crédit enregistrés. Ce qui est logique, mais que j'aurais aimé savoir avant plutôt qu'après.
Gmail, Google Photos : un mécanisme différent, tout aussi méconnu
Mon père utilisait aussi une adresse Gmail depuis des années, avec des dizaines de milliers de mails et de photos stockées dans le cloud. Là encore, un réglage existait, baptisé « gestionnaire de compte inactif », que je n'ai découvert qu'après coup. Ce gestionnaire permet aux utilisateurs de partager une partie des données de leur compte ou de prévenir un contact si leur compte est inactif depuis un certain temps, et peut être utilisé pour désigner un tiers, membre de la famille proche par exemple, qui recevra certaines données du compte en cas de décès ou d'inactivité de l'utilisateur. Contrairement à Apple, ce n'est pas un décès qui déclenche le mécanisme, mais une simple absence de connexion pendant une durée choisie à l'avance.
La souplesse du système m'a d'ailleurs surpris. On choisit une période d'inactivité allant de 3 à 18 mois, et on peut désigner jusqu'à dix personnes pour recevoir des informations spécifiques : photos, emails, documents. Sans ce réglage activé, la marge de manœuvre des proches reste étroite. Google ne transmet pas automatiquement les données d'un défunt aux héritiers, et après 24 mois d'inactivité, Google peut supprimer le compte définitivement. sans anticipation, il existe une véritable course contre la montre entre la demande officielle de la famille et l'effacement pur et simple des souvenirs numériques.
Ce que je retiens de cette expérience, au-delà du chagrin, c'est le décalage entre la rapidité avec laquelle nos vies se sont numérisées et la lenteur avec laquelle nous en parlons entre générations. Personne, dans ma famille, n'avait jamais évoqué ce réglage avec mon père, ni lui avec nous. Depuis, j'ai activé mon propre contact légataire sur iPhone et configuré le gestionnaire de compte inactif sur mon compte Google, une opération qui ne m'a pris qu'une dizaine de minutes montre en main. Si un chiffre devait convaincre les plus réticents de faire de même, c'est peut-être celui-ci : sur Facebook, un mécanisme comparable existe depuis 2015 sous la forme de pages commémoratives, preuve que la question ne concerne pas que les smartphones, mais l'ensemble de notre présence numérique, photo par photo, mail par mail.
Sources : presse-citron.net | phonandroid.com