« Je pensais que les ZFE étaient supprimées » : pourquoi votre vignette Crit’Air peut encore vous coûter une amende ?

Avartar Jules
Par Jules V.

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Au printemps dernier, un vent de soulagement a traversé les habitacles de milliers d'automobilistes français : le Parlement venait d'adopter un article supprimant les zones à faibles émissions. Sur les forums, dans les discussions au café ou sur les groupes WhatsApp familiaux, la nouvelle circulait comme une évidence : plus besoin de s'inquiéter de sa vignette Crit'Air, plus de risque d'amende en entrant dans une grande agglomération. Sauf que la réalité juridique s'est avérée nettement plus subtile. Si vous roulez dans une grande agglomération en cette fin d'été, mieux vaut savoir précisément où vous en êtes, car votre pare-brise peut encore vous jouer des tours. Et le portefeuille avec.

La rumeur de la suppression des ZFE : ce qui s'est vraiment passé au Parlement

Retour en arrière. Au printemps, dans le cadre de l'examen d'une loi dite de simplification, la droite et l'extrême droite étaient parvenues à faire adopter à l'Assemblée nationale une mesure choc : la suppression pure et simple des zones à faibles émissions, ce dispositif devenu l'un des marqueurs environnementaux du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. Sur le papier, c'était un tournant majeur pour des automobilistes équipés d'une vignette Crit'Air, souvent contraints de renoncer à leurs déplacements dans les grandes agglomérations. La mesure était toutefois loin de faire consensus, même parmi ceux qui la soutenaient. Dans toutes les formations politiques, y compris celles qui y sont favorables, on la jugeait mal ficelée, insuffisamment accompagnée et potentiellement génératrice d'injustice pour les ménages incapables de changer de véhicule du jour au lendemain. Voilà comment, en quelques semaines, s'est installée l'idée qu'il suffisait d'attendre pour voir les ZFE disparaître.

Le coup d'arrêt du Conseil constitutionnel : quand un « cavalier législatif » change tout

Sauf que le Conseil constitutionnel est passé par là. Le 21 mai 2026, les Sages ont censuré l'article supprimant les ZFE, et près d'un tiers du texte avec lui : 25 articles sur les 84 adoptés ont été retoqués. Le motif est purement procédural, et il mérite qu'on s'y attarde pour comprendre ce qui reste applicable. Le Conseil n'a jugé ni de la pertinence des ZFE, ni de la légitimité de leur suppression. Il a simplement constaté que la mesure n'avait aucun lien avec le texte de loi dans lequel elle avait été glissée. C'est ce qu'on appelle, dans le jargon parlementaire, un « cavalier législatif » : un amendement introduit sans rapport avec le sujet initial du texte, ce que l'article 45 de la Constitution interdit expressément, en imposant « un lien, même indirect, avec le texte déposé ou transmis ». Le Conseil a d'ailleurs pris soin de préciser qu'il ne préjuge pas de la conformité du fond de cette suppression aux autres exigences constitutionnelles. Traduction : rien n'empêche, en soi, de supprimer les ZFE, mais il faudra le faire proprement, dans un texte dédié et juridiquement cohérent. Pour les collectivités concernées, la censure impose donc une nouvelle méthode et referme, au moins temporairement, la parenthèse de la suppression.

Vignette Crit'Air et amendes : ce que vous risquez encore aujourd'hui malgré la confusion

Concrètement, voilà où l'on en est : le dispositif reste intégralement en vigueur. Les ZFE, les vignettes Crit'Air et l'interdiction de circulation de certains véhicules polluants s'appliquent comme avant l'épisode parlementaire du printemps. Initiées en 2019, étendues en 2021, ces zones limitent les émissions de particules fines en filtrant l'accès de certains véhicules selon leur classement Crit'Air.

Une nouvelle proposition de loi a d'ailleurs été déposée le 23 juin 2026, mais elle n'a pour l'instant été que renvoyée en commission. Tant qu'aucun nouveau texte n'a franchi toutes les étapes, la règle reste la même. Et un contrôle, ça ne prévient pas.

La séquence aura au moins eu le mérite de rappeler une évidence : entre l'adoption d'un article au Parlement et son entrée réelle dans le droit applicable, il y a parfois un fossé, et le Conseil constitutionnel en est le gardien vigilant. Pour l'automobiliste, la leçon est plus pragmatique : mieux vaut se fier à ce qui est réellement en vigueur qu'aux annonces politiques, souvent tapageuses, parfois éphémères. La vraie question, désormais, n'est peut-être plus de savoir si les ZFE seront supprimées, mais comment concilier qualité de l'air et pouvoir d'achat sans laisser personne sur le bord de la route.

Avartar Jules

Biberonné au son du Busso, je compose désormais avec le silence des électrons...

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