Dès 60 ans, ce dispositif de fin de carrière devient un droit que personne ne peut plus vous refuser, pas même votre patron

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Par Louise S

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Un salarié de 60 ans qui impose son rythme à son employeur, voilà une image qui semblait improbable il y a encore quelques années. Pourtant, c'est désormais une réalité concrète, portée par un dispositif longtemps resté dans l'ombre : la retraite progressive. En l'espace d'une année, le nombre de bénéficiaires a presque doublé en France, passant d'environ 34 800 à près de 66 800 personnes selon les chiffres de la Caisse nationale de l'assurance vieillesse. Un engouement qui s'explique par le recul de l'âge légal de départ, mais aussi par un changement de règle majeur : l'employeur ne dispose plus vraiment de la liberté de dire non.

La retraite progressive, un droit désormais opposable à l'employeur

Longtemps, le passage à temps partiel en fin de carrière dépendait du bon vouloir de la direction. Un refus sec, sans justification poussée, suffisait à enterrer le projet. Ce temps est révolu. La Cnav le rappelle sans ambiguïté : « L'employeur ne peut désormais plus s'opposer à une demande de retraite progressive sans motif légitime. » Autrement dit, la charge de la preuve a basculé. Ce n'est plus au salarié de convaincre, mais à l'entreprise de démontrer qu'elle ne peut pas accéder à la demande.

Le seul motif recevable tient en une formule : l'incompatibilité avec l'activité de l'entreprise. Un argument qui doit être étayé, documenté, et non plus asséné comme un simple refus de principe. Sans réponse écrite et motivée dans un délai de deux mois, la demande est même considérée comme acceptée. Une petite révolution silencieuse qui redonne du pouvoir aux seniors face à leur hiérarchie.

Ce qui change concrètement pour les salariés de 60 ans et plus

Depuis un décret paru en septembre 2025, l'âge d'accès à la retraite progressive est fixé à 60 ans, quel que soit l'âge légal de départ appliqué à la génération concernée. Une bonne nouvelle pour tous ceux qui, en raison de la réforme dite « Borne », voyaient leur horizon reculer à 63 ou 64 ans. Encore faut-il remplir une condition essentielle : justifier d'au moins 150 trimestres cotisés, soit environ 37 ans et demi de carrière.

Le principe est simple : réduire son temps de travail pour toucher, en compensation, une fraction de sa pension de retraite. Le temps partiel doit se situer entre 40 % et 80 % d'un temps plein. La part de pension versée correspond exactement à la part de salaire perdue. Le dispositif s'est également ouvert aux fonctionnaires et aux professions libérales, qui en étaient jusqu'ici exclus, élargissant considérablement le nombre de personnes éligibles.

Voici un aperçu du fonctionnement selon le temps de travail choisi :

Temps de travail Part du salaire Part de la pension versée
80 % 80 % 20 %
60 % 60 % 40 %
50 % 50 % 50 %
40 % 40 % 60 %

Autre avantage souvent ignoré : pendant cette période, les cotisations continuent d'alimenter les droits à la retraite définitive. Le salarié peut même demander à cotiser sur la base d'un temps plein, avec l'accord de son employeur, pour ne pas voir sa future pension amputée.

Comment activer ce dispositif et sécuriser sa fin de carrière

La démarche se déroule en deux temps. Il faut d'abord adresser une demande écrite à son employeur, de préférence en recommandé avec accusé de réception, en précisant la durée et la répartition du nouveau temps de travail souhaité. L'entreprise dispose de deux mois pour répondre. Passé ce délai, le silence vaut acceptation. En cas de refus, celui-ci doit être motivé par écrit, faute de quoi il peut être contesté.

Une fois l'accord obtenu, il faut se tourner vers sa caisse de retraite, généralement quatre à six mois avant la date envisagée, pour déposer un dossier accompagné du contrat de travail à temps partiel. La demande peut se faire en ligne, via le service dédié sur le site de l'Assurance retraite. Le versement de la fraction de pension démarre ensuite dès le premier jour du temps partiel.

Quelques précautions valent la peine d'être prises. Vérifier le nombre exact de trimestres validés sur son relevé de carrière évite les mauvaises surprises. Simuler l'impact financier du passage à temps partiel, en additionnant salaire réduit et pension partielle, permet d'ajuster son choix. Enfin, discuter en amont avec son employeur, même si son accord n'est plus vraiment discrétionnaire, reste la meilleure façon de préserver une relation professionnelle apaisée pour les dernières années d'activité.

Entre l'assouplissement des règles, l'élargissement des publics concernés et l'encadrement strict du refus patronal, la retraite progressive s'impose peu à peu comme le nouvel outil de transition vers la retraite. Reste une question qui mérite d'être posée : à l'heure où les carrières s'allongent et où l'usure professionnelle pèse de plus en plus, ce dispositif ne devrait-il pas devenir la règle plutôt que l'exception pour tous les seniors ?

Louise

Rédactrice spécialisée Argent depuis 10 ans, j'apporte ici mon expertise sur les sujets Retraite, épargne, budget ou encore immobilier. Passionnée par ailleurs par la psychologie, j'écris également à ce sujet.

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