Je n’imaginais pas une seconde que ma tenue pour conduire pouvait me coûter mon indemnisation en cas d’accrochage

Avartar Jules
Par Jules V.

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D'un côté, une paire de tongs à trois euros oubliée sous le siège. De l'autre, une indemnisation qui peut se chiffrer en milliers d'euros après un accrochage. Voilà le grand écart auquel s'exposent, sans le savoir, des milliers d'automobilistes chaque été. En cette fin de mois d'août, alors que les retours de vacances battent leur plein et que le bitume garde encore la chaleur estivale, la question des chaussures au volant reprend toute son actualité. Beaucoup pensent qu'il s'agit d'un simple détail vestimentaire, une coquetterie sans conséquence. Et pourtant, ce petit choix matinal peut peser lourd dans la balance juridique et financière si un incident survient sur la route.

La légende urbaine des tongs au volant : ce que dit vraiment le Code de la route

Contrairement à ce que l'on entend souvent au comptoir d'une station-service ou lors d'un repas de famille, aucun article du Code de la route n'interdit explicitement de conduire en tongs, en claquettes, en sandales ou même pieds nus. La légende a la vie dure, mais elle reste une légende. Ce qui existe, en revanche, c'est l'article R412-6 II, qui impose à tout conducteur d'être en mesure d'exécuter immédiatement et sans gêne toutes les manœuvres nécessaires à la conduite. Autrement dit, la loi ne s'intéresse pas à ce que vous portez aux pieds, mais à votre capacité à freiner, embrayer ou accélérer avec précision. Cette formulation volontairement large laisse une vraie marge d'appréciation aux forces de l'ordre : si un agent estime que vos claquettes compromettent votre maîtrise du véhicule, il peut vous verbaliser. Une amende forfaitaire de 2e classe de 35 €, minorée à 22 € en cas de paiement rapide et majorée à 75 € en cas de retard, peut alors tomber. Bonne nouvelle malgré tout : aucun retrait de points n'est associé à cette infraction. Mauvaise nouvelle : les gendarmes peuvent immobiliser votre voiture si vous n'avez pas de chaussures de rechange adaptées dans le coffre.

Quand votre assureur transforme une paire de claquettes en cauchemar financier

C'est là que l'affaire devient franchement plus sérieuse, et bien plus coûteuse qu'une contravention. En cas d'accrochage, votre assureur ne raisonne pas comme un policier ou un juge : il cherche à établir une faute du conducteur ou une négligence caractérisée. Si l'expertise démontre qu'une tong s'est coincée sous la pédale de frein, qu'une claquette a glissé au moment d'un freinage d'urgence, ou qu'un talon haut a dévié l'appui sur l'accélérateur, la compagnie peut invoquer cette faute pour réduire, voire refuser purement et simplement l'indemnisation, y compris avec un contrat tous risques. La loi Badinter du 5 juillet 1985, qui encadre l'indemnisation des victimes d'accidents de la route, prévoit expressément qu'une faute du conducteur peut limiter ou exclure la prise en charge de ses propres dommages. Le piège est double : en cas de contestation, c'est à vous de prouver que vos tongs ne vous empêchaient pas de manœuvrer correctement. Autant dire un exercice délicat quand le véhicule est déjà en cale sèche chez le carrossier. Et le problème ne concerne pas que les hommes en claquettes : les talons hauts posent exactement les mêmes difficultés, avec un appui déséquilibré et un freinage bien moins précis.

Les bons réflexes vestimentaires pour prendre le volant sans risquer gros

La parade est simple, économique et tient dans quelques centimètres cubes de coffre. Gardez en permanence une paire de baskets ou de chaussures fermées à semelle plate dans le véhicule, prête à être enfilée avant de démarrer. Ce petit rituel prend trente secondes et vous épargne bien des tracas. Pour les trajets vers la plage ou la piscine, prévoyez le changement de chaussures avant de vous installer au volant, pas une fois le moteur en route. Évitez également les chaussures trop lâches, les mules, les sabots, ou tout modèle susceptible de glisser du pied pendant un freinage. Pour les femmes, l'astuce classique consiste à conduire avec des chaussures plates et à passer aux talons une fois arrivée à destination. Enfin, méfiez-vous des pieds nus, surtout en cas de forte chaleur : la transpiration peut faire déraper le pied sur la pédale, avec les mêmes conséquences qu'une semelle inadaptée. Un dernier réflexe utile : relisez les clauses de votre contrat d'assurance, notamment les exclusions liées à la faute du conducteur. Vous y trouverez rarement le mot « tongs », mais souvent la mention d'une conduite conforme aux règles de prudence.

Au fond, l'histoire des tongs au volant illustre parfaitement ces zones grises du droit routier où le bon sens fait souvent défaut à ceux qui se croient couverts par leur assurance. Une paire de chaussures fermées glissée sous le siège passager coûte quelques euros ; un refus d'indemnisation après un accrochage sérieux peut, lui, se compter en années de mensualités. La prochaine fois que vous ouvrirez la portière en sortant de la plage, prendrez-vous encore le risque de démarrer sans changer de chaussures ?

Avartar Jules

Biberonné au son du Busso, je compose désormais avec le silence des électrons...

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