On a longtemps regardé l’horlogerie chinoise avec un sourire en coin. Erreur de perspective : pendant que certains ricanaient, une maison franco-chinoise affinait patiemment son art, au point d’attirer l’attention d’un studio new-yorkais. Le résultat de cette rencontre sera dévoilé à Genève, et il ne ressemble à rien de connu : une montre en tantale, coiffée d’un cadran en or massif travaillé selon une technique que presque plus personne ne maîtrise. Son nom : l’Inflection Shuò, fruit de l’alliance entre Atelier Wen et Massena LAB, limitée à 50 exemplaires seulement.
Atelier Wen s’associe à un studio new-yorkais pour 50 montres seulement : le cadran a demandé une technique que presque plus personne ne maîtrise

Quand le « proudly made in China » séduit New York : la genèse d'une collaboration inattendue
Tout commence à New York, en 2023, lorsque William Massena, fondateur de Massena LAB, croise la route de Robin Tallendier et Wilfried Buiron, les deux cofondateurs d'Atelier Wen. La jeune maison, née en 2017, s'est donné une mission claire : prouver que la Chine peut jouer dans la cour des grands de l'horlogerie contemporaine. Un voyage dans les ateliers chinois de la marque achève de convaincre l'Américain : la promesse du « proudly made in China » n'est pas un slogan, c'est une réalité tangible. C'est sur le vol du retour que l'idée d'une collaboration prend forme, avec une ambition assumée : faire dialoguer le langage esthétique d'Atelier Wen avec le savoir-faire des meilleurs cadraniers suisses.
Tantale, or massif et tremblage à la main : anatomie d'un cadran que presque plus personne ne sait faire
Le cœur du projet, c'est ce cadran en or 18 carats massif orné d'un tremblage à la main, l'un des arts décoratifs les plus rares de l'horlogerie. La graveuse Coralie Mercier, pour le compte de GT Cadrans, fait glisser un burin sur la surface d'or tout en faisant osciller le cadran en continu, créant des milliers de facettes minuscules et irrégulières. Un procédé sans filet : la moindre faute condamne le cadran entier. D'où le nom de la pièce, Shuò, du caractère chinois 烁, « étincelant » ou « scintillant ». Le secteur des heures, inspiré du cadran californien, mêle chiffres arabes gravés à la main et chiffres chinois calligraphiés, rehaussés de bleu. Le tout est logé dans un boîtier de 40 mm en tantale pur à 99,9 %, métal aux reflets bleutés aussi séduisant que redoutable à usiner, prolongé par un bracelet intégré aux finitions contrastées.
Sous le capot, un calibre automatique Girard-Perregaux GP03300 personnalisé, dont les ponts plaqués ruthénium s'inspirent des motifs du vent de la peinture chinoise ancienne. Réserve de marche de 48 heures, 28 800 alternances par heure, étanchéité à 100 mètres : la fiche technique est sérieuse. Côté disponibilité, les choses se corsent :
- Édition limitée à 50 exemplaires, dont 10 en or gris réservés aux clients historiques des deux maisons ;
- 40 pièces mêlant or gris et or rose, ouvertes aux commandes du public ;
- Prix : CHF 33 800 hors taxes, livraisons par petits lots prévues à partir de début 2027.
Au-delà de l'objet, l'Inflection Shuò raconte quelque chose de plus vaste : la fin d'un préjugé. En mariant calligraphie chinoise, tremblage suisse et mécanique de haute volée, Atelier Wen et Massena LAB signent un manifeste autant qu'une montre. Et si le prochain grand chapitre de l'horlogerie indépendante s'écrivait précisément à la croisée de l'Orient et de l'Occident ?

