Elever des enfants coûte cher, tout le monde le sait. Ce qui l'est moins, c'est que cette charge se répercute pendant des décennies, jusque sur le montant de la pension versée à la retraite. Des générations de mères ont interrompu leur carrière, réduit leur temps de travail ou renoncé à des promotions pour s'occuper de leurs enfants, sans que cela ne change grand-chose au calcul final de leur retraite. Un paradoxe que beaucoup dénoncent depuis longtemps, alors que les trimestres accordés pour enfants existaient déjà sur le papier, mais sans réel effet sur le porte-monnaie une fois l'âge de la retraite atteint. C'est justement ce point qui va changer, et rapidement, puisque la bascule est prévue dès la rentrée de septembre.
La retraite des mères s'apprête à changer dès la semaine prochaine
Un décret publié récemment vient confirmer l'entrée en vigueur de deux mesures très attendues, dès le mois de septembre. Ces dispositions avaient été proposées par les partenaires sociaux à l'été 2025, dans le cadre de ce qu'on a appelé le conclave des retraites. Elles ont ensuite été intégrées au budget de la Sécurité sociale pour 2026. Le ministère du Travail l'a confirmé dans un communiqué : ces mesures « entreront en vigueur, comme prévu, dès septembre ». Elles concernent en priorité les femmes, qui perçoivent aujourd'hui des pensions inférieures à celles des hommes en raison de carrières plus souvent interrompues, du recours plus fréquent au temps partiel et d'écarts de rémunération qui persistent tout au long de la vie active. Jusqu'à présent, les trimestres accordés au titre des enfants ne se traduisaient pas systématiquement par une hausse du montant de la pension. C'est précisément ce mécanisme qui va être corrigé.
Quand les enfants comptent enfin davantage dans le calcul de la pension
La première mesure touche directement au mode de calcul du salaire de référence, celui qui sert de base pour déterminer le montant de la pension. Aujourd'hui, ce salaire de référence est calculé sur les 25 meilleures années de carrière. Avec la réforme, ce nombre d'années sera réduit pour les parents ayant eu des enfants et obtenu des trimestres à ce titre. Concrètement, le calcul se fera sur 24 années pour un enfant, et sur 23 années pour deux enfants et plus. Moins d'années prises en compte, cela signifie mécaniquement que les années les moins favorables, souvent celles où le temps partiel ou l'interruption de carrière ont pesé sur le salaire, sortent du calcul. Le ministère du Travail assure que cette mesure permettra d'améliorer le montant de la pension pour plus d'une femme sur deux. Un chiffre qui donne la mesure de l'ampleur du problème jusqu'ici passé sous silence dans le calcul des droits.
| Situation | Nombre d'années retenues aujourd'hui | Nombre d'années retenues dès septembre |
|---|---|---|
| Sans enfant | 25 ans | 25 ans |
| 1 enfant | 25 ans | 24 ans |
| 2 enfants ou plus | 25 ans | 23 ans |
Carrière longue : la porte s'ouvre enfin pour celles qui ont mis leur travail entre parenthèses
La seconde mesure concerne le dispositif de carrière longue, qui permet à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir à la retraite avant l'âge légal. Jusqu'ici, les trimestres obtenus grâce aux enfants ne pouvaient pas être utilisés pour accéder à ce dispositif. Une situation qui pénalisait particulièrement les mères ayant eu des carrières longues mais entrecoupées de périodes consacrées à leurs enfants. Désormais, ces trimestres pourront être pris en compte, dans la limite de deux trimestres. Cela peut sembler modeste, mais pour certaines femmes proches du seuil requis, ces deux trimestres supplémentaires peuvent faire toute la différence entre partir à l'âge légal ou partir plus tôt, avec une pension équivalente. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a résumé l'esprit de cette réforme en évoquant un choix de justice : mieux reconnaître l'impact de la parentalité sur les carrières, améliorer les pensions des femmes et rendre le dispositif des carrières longues plus équitable.
Ces deux mesures, qui entrent en vigueur dès septembre, marquent un tournant concret pour des millions de femmes qui ont longtemps eu le sentiment que leur investissement familial n'était pas reconnu financièrement une fois à la retraite. Le nouveau mode de calcul du salaire de référence et l'ouverture du dispositif carrière longue aux trimestres pour enfants ne résoudront pas toutes les inégalités entre les pensions des femmes et des hommes, mais elles constituent une avancée tangible, chiffrée et immédiate. Reste à savoir si d'autres ajustements suivront pour combler l'écart qui persiste encore aujourd'hui entre les pensions perçues par les femmes et celles perçues par les hommes.


