Deux ans après les Jeux de Paris, il fallait bien que quelqu'un revienne sur ce moment de télévision involontaire. Dans L'Envers du sport : Raygun – Breaking Badly, lancé le 1er septembre, Netflix s'attaque à l'un des épisodes les plus commentés de l'histoire récente des JO d'été.
Le breakdance faisait alors ses débuts olympiques, et c'est Rachael Gunn, alias Raygun, qui allait involontairement en devenir le visage. Deux ans plus tard, la question demeure : que devient-on quand on a été la sportive la plus moquée des Jeux olympiques ?
Ce nouveau volet de la série documentaire signée Chapman et Maclain Way, déjà auteurs d'un épisode consacré au tennisman Mardy Fish, tente d'y répondre, avec des résultats qui divisent déjà la critique.
- « Untold : Raygun – Breaking Badly », disponible sur Netflix depuis début septembre, revient sur la prestation de Rachael Gunn en breakdance aux JO de Paris et le harcèlement en ligne qui a suivi
- La critique est partagée entre éloges pour un montage retenu et reproches de complaisance qui n'interroge pas la légitimité de sa qualification olympique
- Rachael Gunn a annoncé dès novembre 2024 qu'elle arrêtait la compétition de haut niveau, tout en continuant à danser loin des projecteurs olympiques
L'envers du décor d'un moment devenu mème mondial
Le documentaire prend le temps de raconter l'avant, ce moment souvent oublié une fois la viralité installée. On y suit Rachael Gunn et son coach Samuel Free, devenu depuis son mari, dans une préparation qui les mène jusqu'à Taïwan puis Paris.
Les images d'archives et les interviews de concurrentes dessinent le portrait d'une athlète reconnue en Australie, sans pour autant convaincre totalement sur le terrain technique des power moves, ces figures explosives qui font tout le sel du breaking olympique.
Le film n'élude pas non plus l'après : la déferlante de théories du complot, les accusations infondées de qualification truquée, et le harcèlement en ligne qui a suivi. Dans la bande-annonce, Gunn confie à sa thérapeute, avant même la compétition, craindre que le monde entier se moque d'elle. Une prémonition qui s'est révélée exacte le 9 août 2024, jour où elle n'a remporté aucune de ses trois battles en round-robin.
Un documentaire qui divise autant que Raygun elle-même
Sans surprise, l'accueil critique reflète les mêmes tensions que celles qui ont entouré la performance originale. D'un côté, certains saluent un montage retenu et parfois drôle, qui évite l'écueil facile du simple recyclage de mèmes déjà vus mille fois sur les réseaux. De l'autre, des voix plus sévères qualifient le film de complaisant, presque un puff piece, reprochant au documentaire de ne pas vraiment interroger la légitimité de sa sélection olympique.
Ce débat dépasse largement le cas Raygun : c'est toute la place du breakdance comme discipline olympique qui refait surface, entre validation institutionnelle et discrédit populaire. Le film aborde aussi la vie personnelle de Gunn, notamment son mariage avec Samuel Free, montré à l'écran. Interrogée depuis par CNN, l'intéressée affirme avoir fait la paix avec cet épisode grâce à un travail thérapeutique important, rappelant que les réactions en ligne ne reflètent pas le monde réel.
Reste que la couverture internationale de ce documentaire, soutenue dès sa sortie, montre bien que le sujet n'a rien perdu de son pouvoir d'attraction. Entre récit de reconstruction personnelle et zone grise sur la question de l'appropriation culturelle du breaking, Untold : Raygun – Breaking Badly ne tranche pas vraiment, et c'est peut-être ce qui le rend si intéressant à regarder. Il est encore trop tôt pour parler de succès d'audience, mais une chose est sûre : Raygun, elle, a annoncé dès novembre 2024 qu'elle ne concourrait plus au niveau élite, tout en continuant à danser, loin des projecteurs olympiques cette fois.


