J’ai transféré mon vieux contrat retraite vers un PER pour tout regrouper : personne ne m’avait prévenu de ce qui arrivait à mon argent entre-temps

Louise
Par Louise S

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Regrouper plusieurs contrats d'épargne retraite éparpillés au fil d'une carrière semble être une démarche de bon sens. Moins de papiers, moins de frais, une gestion simplifiée : sur le papier, tout pousse à transférer un vieux PERP ou un contrat Madelin vers un PER unique. Mais derrière cette opération administrative en apparence anodine se cache une réalité que beaucoup d'épargnants découvrent trop tard : pendant le transfert, l'argent ne travaille plus. Cette zone grise, rarement expliquée en amont par les conseillers, mérite d'être connue avant de se lancer, surtout à l'approche de la retraite où chaque euro compte.

À retenir
  • Pendant un transfert de PER, l'argent est liquidé puis reste en numéraire hors des marchés jusqu'à sept mois selon les contrats, sans générer de rendement.
  • Depuis 2024, un transfert direct en titres entre gestionnaires permet de limiter voire supprimer cette rupture d'investissement.
  • Les frais de transfert sont plafonnés à 1 % des droits acquis avant 5 ans (PER) ou 10 ans (anciens contrats), puis deviennent gratuits.

Quand la simplification cache un angle mort méconnu

Sur le papier, transférer un ancien contrat retraite vers un PER coche toutes les cases : un seul interlocuteur, une gestion allégée, parfois de meilleurs supports d'investissement. Peuvent notamment basculer vers un PER un PERP, un contrat Madelin, un Perco, un contrat article 83 lorsque le salarié n'y est plus obligé, mais aussi des dispositifs plus spécifiques comme Préfon, Corem ou la CRH. L'origine des sommes est conservée : elles atterrissent dans le compartiment correspondant du nouveau PER et gardent leurs règles de sortie propres. Ce qui est beaucoup moins mis en avant, en revanche, c'est ce qui se passe concrètement entre le moment où l'ancien contrat est clôturé et celui où l'argent atterrit sur le nouveau plan. C'est précisément là que se joue un enjeu financier trop souvent passé sous silence.

Cette zone grise où l'épargne ne travaille plus

Le point essentiel à comprendre, c'est que le transfert d'un PER n'est pas instantané. Lorsque l'opération ne se fait pas directement en titres, le gestionnaire d'origine doit calculer la valeur de transfert, liquider les placements concernés, puis envoyer les fonds au nouvel établissement. Ce dernier doit ensuite recevoir l'argent et les informations nécessaires avant de pouvoir le réinvestir sur les supports du nouveau PER. Entre ces deux étapes, les sommes se retrouvent en numéraire, hors des marchés financiers, sans générer aucune performance. Pour un transfert entre deux PER, le gestionnaire d'origine dispose actuellement de deux mois à compter de la réception de la demande complète pour transmettre les fonds. Ce délai ne signifie pas que l'argent reste deux mois en espèces : la liquidation peut intervenir en cours de route, et le véritable manque à gagner ne porte que sur la période comprise entre le désinvestissement effectif et le réinvestissement effectif. Pour les anciens contrats, la procédure peut s'étirer davantage : jusqu'à quatre mois pour certains produits d'épargne retraite historiques, avec plusieurs étapes intermédiaires prévues par le Code des assurances, comme la notification de la valeur de transfert et un délai de renonciation. L'Autorité des marchés financiers a déjà eu à traiter un cas où un retard de transfert, causé par des informations manquantes sur l'origine des sommes, avait empêché le réinvestissement des fonds. Le préjudice avait été évalué à environ 1 500 euros, ce qui prouve que ce risque n'a rien de théorique. Il faut néanmoins nuancer : être hors marché n'est pas systématiquement une perte. Si les marchés montent de 5 % pendant l'attente, l'épargnant rate cette hausse. Mais si les marchés reculent de 5 % sur la même période, rester temporairement en liquidités devient au contraire un avantage. Sur un transfert de 50 000 euros, une hausse de 3 % des marchés durant la phase d'attente représente un manque à gagner potentiel d'environ 1 500 euros, mais l'inverse est tout aussi vrai en cas de baisse. Depuis 2024, la réglementation permet aux gestionnaires de convenir d'un transfert direct sous forme de titres, ce qui peut limiter voire supprimer cette rupture d'investissement, à condition que les deux établissements l'organisent.

Les bonnes questions à poser avant de signer un transfert

Avant d'enclencher un transfert, plusieurs vérifications permettent d'éviter les mauvaises surprises. Il est utile de demander à l'établissement d'origine et au nouveau gestionnaire la durée exacte prévue pour l'opération, ainsi que les modalités précises de désinvestissement et de réinvestissement. Certains organismes traitent les dossiers plus rapidement que d'autres, et connaître ces délais à l'avance aide à choisir le meilleur moment pour lancer la démarche, par exemple en évitant une période de forte volatilité des marchés. Il faut également se renseigner sur la possibilité d'un transfert en titres, qui réduit ou supprime la phase de désinvestissement. Enfin, les frais méritent une attention particulière avant toute décision. Pour un transfert entre deux PER, ils sont plafonnés à 1 % des droits acquis lorsque le plan a moins de cinq ans, et deviennent gratuits après cette échéance ou à l'arrivée du terme du PER. Pour le transfert d'anciens produits d'épargne retraite vers un PER, le plafond est également fixé à 1 % des droits acquis, avec une gratuité totale après dix ans à compter du premier versement.

  • Type de transfert : PER vers PER (moins de 5 ans) : frais plafonnés à 1 % des droits acquis
  • Type de transfert : PER vers PER (plus de 5 ans ou à échéance) : gratuit
  • Type de transfert : ancien produit vers PER (moins de 10 ans) : frais plafonnés à 1 % des droits acquis
  • Type de transfert : ancien produit vers PER (plus de 10 ans) : gratuit

Le coût réel d'un transfert ne se résume donc pas à la seule période de désinvestissement. Il faut comparer les frais de transfert, les frais annuels du nouveau PER, la qualité de ses supports d'investissement et les éventuelles garanties perdues au passage, comme des taux garantis sur d'anciens contrats en euros.

Regrouper son épargne retraite reste souvent une bonne idée pour simplifier sa gestion et parfois réduire ses frais. Mais cette opération n'a rien d'automatique ni d'instantané : entre la clôture de l'ancien contrat et l'ouverture effective du nouveau PER, l'argent peut rester plusieurs semaines hors des marchés, sans générer de rendement. Poser les bonnes questions en amont, comparer les délais annoncés par les établissements et vérifier la possibilité d'un transfert en titres permet d'aborder cette démarche avec plus de lucidité. Face à un dossier retraite qui touche à des sommes parfois conséquentes, mieux vaut prendre le temps de vérifier chaque détail plutôt que de découvrir après coup ce qui se passait pendant que l'argent était en transit.

Louise

Rédactrice spécialisée Argent depuis 10 ans, j'apporte ici mon expertise sur les sujets Retraite, épargne, budget ou encore immobilier. Passionnée par ailleurs par la psychologie, j'écris également à ce sujet.

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