Un plein d’une Clio diesel revient à 88€ environ au prix du gazole constaté vendredi dernier, et l’État tient à votre disposition 100 € que vous n’aurez pas si vous ne les réclamez pas. L’indemnité destinée aux travailleurs « grands rouleurs » existe depuis le printemps, a été doublée en mai, prolongée deux fois, et son guichet se referme le 30 septembre. Début septembre, environ 1,4 million de dossiers avaient été déposés pour trois millions de personnes potentiellement concernées, ce qui laisse plus d’un ayant droit sur deux les mains vides. Rien n’est automatique. Et le seuil d’entrée, 15 km entre le domicile et le lieu de travail, est bien plus bas que ce que la formule laisse entendre.
Prime carburant de 100€ pour les « grands rouleurs » : 30 km/jour peuvent suffire, mais il faut la demander avant le 30 septembre

En résumé : L'indemnité carburant de 100€ pour les travailleurs « grands rouleurs » reste ouverte jusqu'au 30 septembre 2026 sur impots.gouv.fr. Le seuil d'entrée est fixé à 15 km par trajet domicile-travail, bien plus bas que ce que l'expression laisse imaginer.
Le revenu fiscal de référence et les 15 kilomètres qui ouvrent le droit
L'indemnité repose sur le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026, pris au plus fort de la flambée des prix à la pompe du printemps. Elle valait alors 50 €. Le décret n° 2026-417 du 28 mai 2026 a doublé la somme sans toucher aux conditions d'accès, qui tiennent dans une ligne de votre avis d'impôt et dans un trajet quotidien.
Le revenu fiscal de référence par part au titre de 2024 doit rester inférieur ou égal à 16 880€. Ce chiffre se lit en première page de l'avis d'impôt que vous avez reçu en 2025. L'autre condition porte sur l'usage du véhicule, avec un plancher de 15 km entre le domicile et le lieu de travail, ou de 8 000 km par an dans le cadre de l'activité professionnelle. Trente kilomètres aller-retour suffisent. Cela englobe une large part des actifs périurbains qui ne se pensent pas concernés.
Le véhicule doit rouler au thermique ou en hybride non rechargeable, et être assuré au moment de la demande. Les électriques et les hybrides rechargeables restent en dehors, comme les véhicules de fonction. La page du ministère de l'Économie consacrée à l'aide aux grands rouleurs ajoute deux exigences vite oubliées, avoir déclaré des revenus d'activité en 2024 et ne pas avoir été redevable de l'impôt sur la fortune immobilière.
Ce que 100 € achètent vraiment à la pompe aujourd'hui
Le gouvernement présente l'aide comme l'équivalent de 20 centimes par litre sur une consommation moyenne de six mois. Le calcul suppose 500 litres brûlés dans la période, soit plus de 10 000 km pour une compacte diesel. Beaucoup roulent moins. L'aide leur rapporte donc davantage par litre que ce chiffre ne le laisse croire.
Prenons une Renault Clio V 1.5 Blue dCi 100 Evolution de 2022, homologuée à 4,2 l/100 km en WLTP, réservoir de 39 litres. Son propriétaire habite à 16 km de son travail, juste au-dessus du seuil. Il parcourt 32 km par jour, soit environ 3 360 km sur les 105 jours travaillés d'un semestre, et brûle 141 litres. Au prix moyen du gazole constaté le 4 septembre, 2,25 € le litre, sa facture de trajet domicile-travail s'établit à 317 € sur six mois. Les 100 € en couvrent près d'un tiers, ce qui revient à 71 centimes par litre versés par l'État.
À ce prix-là, 100€ achètent 44 litres de gazole, davantage qu'un plein complet de cette Clio, et de quoi couvrir un peu plus de 1 000 km au rythme homologué. Pour ce salarié, la somme représente six à sept semaines de trajets domicile-travail entièrement remboursées.
Rien dans le dispositif ne va chercher le bénéficiaire. Aucun courrier ne prévient les foyers éligibles et l'administration ne relance personne. Il faut connaître l'aide, vérifier soi-même son revenu fiscal de référence, puis remplir un formulaire avec sa carte grise sous les yeux.
La démarche prend dix minutes, et une page officielle affiche encore la mauvaise date
Vérification faite le 7 septembre au matin, la fiche que Service-Public.gouv.fr consacre à cette aide indique toujours une date limite au 31 août 2026, sa dernière mise à jour remontant au 10 août. Les pages du ministère de l'Économie et d'info.gouv.fr, actualisées le 3 septembre, donnent le 30 septembre, date confirmée le même jour sur France Info par la ministre déléguée chargée de l'Énergie, Maud Bregeon. C'est cette date qui vaut. Une lecture trop rapide de la fiche périmée peut faire renoncer à tort.
La demande passe par le simulateur d'éligibilité d'impots.gouv.fr. Consulté le 7 septembre, il réclame le numéro fiscal et le mot de passe de votre espace particulier, puis la plaque d'immatriculation et le numéro de formule de la carte grise, celui qui commence par une année et se lit en bas à gauche du certificat. Il ne vous demande jamais votre revenu fiscal de référence, qu'il va chercher dans votre avis. Comptez une dizaine de minutes.
Gardez ensuite vos justificatifs cinq ans, l'administration pouvant contrôler pendant ce délai. Et déposez sans attendre la dernière semaine de septembre. L'arrêté qui reporte la date limite du 31 août au 30 septembre n'était toujours pas identifiable sur Légifrance au 7 septembre, quand l'arrêté du 31 juillet 2026 ayant acté le report précédent y figure bien.
