À la retraite, une baisse de revenus peut soudainement vous rendre éligible à la Complémentaire santé solidaire (C2S), un dispositif que près de 8 millions de Français utilisent déjà. Pourtant, personne n’en parle systématiquement aux nouveaux retraités. Vérifier votre éligibilité prend quelques minutes et peut vous économiser des centaines d’euros chaque année.
Ma retraite avait fait baisser mes revenus, mais personne ne m’avait parlé de cette complémentaire déjà utilisée par près de 8 millions de Français

Le chiffre mérite d'être rappelé sans détour : la Complémentaire santé solidaire (C2S) compte aujourd'hui près de 8 millions de bénéficiaires en France. Plus de 7,8 millions de personnes bénéficient de la Complémentaire santé solidaire, qui prend en charge les dépenses de santé non couvertes par l'assurance maladie obligatoire. Et pourtant, une majorité de nouveaux retraités n'y pense jamais au moment où leur pension remplace leur salaire.
La raison est simple : personne ne prévient systématiquement les assurés que leur départ à la retraite peut, du jour au lendemain, les rendre éligibles à ce dispositif. On informe sur le calcul de la pension, sur la mutuelle collective qui s'arrête, rarement sur ce filet de sécurité méconnu.
- La Complémentaire santé solidaire couvre les dépenses de santé pour les personnes dont les revenus sont sous les plafonds fixés (868 € mensuels pour une personne seule en 2026).
- Le passage à la retraite fait souvent chuter les revenus sous ces plafonds, rendant soudainement éligibles des personnes qui ne l'étaient pas auparavant.
- La version payante coûte maximum 1 € par jour et par personne, bien moins cher qu'une mutuelle classique pour seniors.
Un dispositif qui grossit chaque année, mais reste sous-utilisé
Parmi les bénéficiaires actuels, 76 % en profitent gratuitement, et le recours à la Complémentaire santé solidaire progresse depuis sa mise en place en 2019, avec une hausse de 4,5 % en 2024. La dynamique est réelle. Elle ne suffit pas à combler l'écart entre ceux qui pourraient en bénéficier et ceux qui la demandent réellement.
Plusieurs millions de personnes qui pourraient en bénéficier ne font pas la demande, et en 2021, sur l'ensemble des assurés éligibles, 44 % ne l'avaient pas demandée, ce qui représentait 3 millions de personnes. Trois millions de foyers qui payaient plein tarif leur mutuelle, ou pire, qui renonçaient à des soins par méconnaissance d'un droit ouvert.
Ce trou dans la raquette touche particulièrement les retraités récents.
Pourquoi le passage à la retraite change tout
Un salaire qui s'arrête, une pension qui prend le relais, souvent inférieure de 20 à 40 % selon les carrières : ce basculement mécanique fait parfois chuter les ressources sous les plafonds d'éligibilité, alors même que la personne n'y avait jamais eu droit auparavant. La Complémentaire santé solidaire peut concerner les personnes dont la situation change, notamment en cas de baisse ou de variation de revenus, car les droits peuvent évoluer en fonction de la situation familiale et professionnelle. Un veuvage, une séparation tardive ou un passage à temps partiel avant la retraite produisent le même effet.
Personne ne recalcule automatiquement ce droit à votre place.
Qui doit impérativement refaire une simulation
Trois profils sont particulièrement concernés sans toujours le savoir. Les nouveaux retraités dont la pension nette mensuelle avoisine ou dépasse à peine le seuil de pauvreté doivent vérifier leur situation dès la liquidation de leurs droits. Les bénéficiaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) sont dans une situation particulière, puisque l'attribution de l'Aspa déclenche l'envoi d'un courrier de la caisse d'assurance maladie informant de droits potentiels à la Complémentaire santé solidaire. Enfin, les couples dont l'un des deux conjoints part à la retraite avant l'autre voient leurs ressources globales fluctuer, ce qui peut ouvrir ou fermer le droit selon l'année.
Aucune de ces situations ne garantit l'éligibilité. Elle mérite simplement d'être vérifiée.
Les plafonds de ressources à connaître en 2026
Depuis le 1er avril 2026, le plafond est de 868 € par mois pour une personne seule pour la version gratuite, et de 1 172 € pour la version avec participation. Pour un couple, ces montants grimpent respectivement à 1 303 € et 1 759 € par mois, ces plafonds s'appliquant jusqu'au 31 mars 2027.
Ces plafonds ne se limitent pas aux revenus visibles sur l'avis d'imposition. Les ressources prises en compte sont toutes les sommes perçues, incluant les salaires et les pensions de retraite, et pas seulement ce qui figure sur l'avis fiscal. Un détail qui surprend souvent les retraités persuadés d'être "juste au-dessus" du seuil.
Le calcul se fait aussi sur une période précise. Les ressources prises en compte pour déterminer l'éligibilité sont celles perçues durant les 12 mois précédant l'avant-dernier mois de la demande. Concrètement, une baisse de revenus liée au départ à la retraite ne se traduit pas instantanément dans le dossier : il faut parfois patienter quelques mois avant que la période de référence reflète la nouvelle situation.
Ce que coûte réellement la version payante
Contrairement à une idée répandue, dépasser le premier plafond ne ferme pas la porte. La participation financière coûte au maximum 1 € par jour et par personne, hors régime local d'Alsace-Moselle, et varie de 8 à 30 € maximum par mois selon l'âge des bénéficiaires.
Un exemple concret parle souvent mieux qu'un barème. Pour un foyer composé de deux personnes, l'une âgée de 67 ans et l'autre de 72 ans, la participation totale s'élève à 55 € par mois, soit 25 € pour la personne de 67 ans et 30 € pour celle de 72 ans. Rapporté aux tarifs d'une mutuelle classique pour un couple de seniors, souvent supérieurs à 150 euros mensuels, l'écart justifie largement les quelques minutes nécessaires à la vérification.
Les bénéficiaires du RSA échappent même à cette participation. Si vous percevez le RSA, vous et les membres de votre foyer avez droit à la Complémentaire santé solidaire sans participation financière.
Vérifier son éligibilité sans engagement ni paperasse
Il est possible de vérifier son éligibilité à la complémentaire santé solidaire grâce au simulateur du portail Mes droits sociaux. Cette étape ne coûte rien et n'engage à rien : elle indique seulement si le dossier a des chances d'être accepté avant de se lancer dans les justificatifs.
Les personnes jugées éligibles peuvent ensuite faire leur demande en ligne depuis leur compte Ameli, ou en téléchargeant le formulaire et en le déposant auprès de leur caisse d'assurance maladie. Comptez une quinzaine de minutes pour remplir le dossier complet, justificatifs de ressources à l'appui.
Une fois accordée, la couverture n'est pas acquise pour toujours. La Complémentaire santé solidaire est accordée pour un an et doit être renouvelée chaque année. C'est précisément ce renouvellement annuel qui piège une partie des bénéficiaires, persuadés que le droit se maintient automatiquement.
Un simple oubli de renouvellement peut donc faire perdre la couverture, même quand les ressources restent inchangées.
Pour les propriétaires ou les locataires touchant l'APL, un dernier détail mérite d'être signalé. Un forfait logement s'ajoute aux revenus pour les bénéficiaires de l'APL, sauf si le montant réel de l'allocation logement est inférieur à ce forfait, auquel cas c'est le montant réel qui est retenu. Ce forfait explique parfois pourquoi deux retraités aux pensions identiques n'obtiennent pas la même réponse à leur simulation.
Sources : service-public.gouv.fr | ameli.fr | complementaire-sante-solidaire.fr