En Espagne, j’ai découvert ces falaises rouges qui n’ont rien à envier aux célèbres paysages de l’ouest américain

Oceane V2
Par Oceane B

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Les célèbres paysages du Grand Ouest américain trouvent un écho en Espagne, dans le nord-ouest du pays. Il existe en effet un paysage presque identique, mais son origine change tout : ce n'est pas l'érosion naturelle qui a façonné ces falaises rouges, mais l'ingéniosité, parfois destructrice, des ingénieurs romains.

À retenir
  • Las Médulas est l'ancienne plus grande mine d'or à ciel ouvert de l'Empire romain, exploitée pendant deux siècles à partir du Ier siècle après Jésus-Christ.
  • Les Romains utilisaient la technique de la ruina montium, libérant l'eau stockée sous pression pour faire éclater la roche et extraire l'or.
  • Plus de 90 millions de mètres cubes de matériaux ont été excavés pour un rendement d'environ 6,5 tonnes d'or par an.

Las Médulas, quand l'or rend fou les ingénieurs romains

Près de la ville de Ponferrada, dans le nord-ouest de l'Espagne, se dresse le site de Las Médulas. Ce paysage de collines rouges et de cavités béantes n'a rien de naturel. Il s'agit de la plus grande mine d'or à ciel ouvert de tout l'Empire romain, exploitée à partir du premier siècle après Jésus-Christ.

Les Romains y sont restés environ deux siècles, obsédés par l'or que renfermait la roche. Pline l'Ancien, qui a documenté cette exploitation en l'an 77, parlait d'un chantier titanesque. La main-d'œuvre mêlait esclaves et travailleurs libres, ces derniers rendant tribut à Rome par leur travail.

La ruina montium, cette technique qui a fait exploser des montagnes

Le procédé porte un nom qui claque : ruina montium, littéralement la destruction des montagnes. Les ingénieurs romains creusaient d'abord des tunnels et des cavités étroites, puis stockaient l'eau dans d'immenses réservoirs alimentés par un réseau de canaux appelé corrugos. Une fois la pression suffisante, ils libéraient l'eau d'un coup : la roche éclatait sous la force hydraulique, comme une digue qui cède.

Avant même de commencer l'extraction, plus de 3 000 hectares de forêt avaient dû être rasés. Au total, plus de 90 millions de mètres cubes de matériaux ont été excavés, un chiffre qui donne le vertige pour une technologie antique. La boue chargée de particules d'or était ensuite guidée vers des canaux et des tables à rifles, où les grains les plus lourds étaient séparés.

Les conditions de travail, elles, relevaient du cauchemar. Pline décrit une fumée suffocante, des roches brisées au marteau, des fragments transportés à dos d'homme dans une obscurité totale. Diodore de Sicile, un siècle plus tôt, décrivait déjà les conditions atroces dans les mines ibériques ; Pline qualifiait cette méthode de travail de géants, tant elle relevait à la fois du génie et de la dangerosité.

Un paysage rouge sang façonné par 6,5 tonnes d'or par an

Le résultat de deux siècles d'acharnement se visite encore aujourd'hui. Des tours rocheuses rouges se dressent au milieu de ravins d'érosion et de galeries souterraines effondrées, un décor qui rappelle furieusement les célèbres paysages de l'ouest américain. La différence tient dans l'origine du relief : ici, le paysage a été façonné par l'exploitation minière romaine, plutôt que par l'érosion naturelle.

Ce rendement s'explique par l'ampleur de l'opération : plus de 6,5 tonnes d'or étaient extraites chaque année de ces mines, un volume colossal pour l'époque. Aujourd'hui, de majestueux châtaigniers pluricentenaires entourent le site, créant un contraste saisissant entre le vert de la végétation et le rouge des montagnes mises à nu.

Las Médulas n'est ni une chaîne de canyons ni un décor de cinéma, mais la cicatrice d'une des plus grandes entreprises minières de l'Antiquité. La couleur rouge de la roche, mise à nu par la violence de l'eau sous pression, frappe les visiteurs. Ce coin d'Espagne offre un dépaysement comparable aux paysages américains.

Oceane V2

Grande voyageuse avant tout, j’ai posé ma valise dans de nombreux pays. C’est donc tout naturellement que je suis devenue rédactrice voyage, pour partager cette passion et raconter tout ce que je vis.

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