En gelant à 170 trimestres la durée de cotisation, le gouvernement a littéralement rendu à toute une génération des mois de retraite qu’elle croyait perdus

Louise
Par Louise S

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

Beaucoup pensaient que la barre des 172 trimestres était gravée dans le marbre pour tous les assurés nés après 1963. Ce n'est pas le cas. En cet automne marqué par les débats sur le budget de la Sécurité sociale, une décision passée presque inaperçue vient bouleverser le calendrier de départ à la retraite pour une partie précise de la population. Ceux qui avaient déjà fait leurs calculs, sorti leur relevé de carrière et anticipé deux trimestres supplémentaires à cotiser, peuvent aujourd'hui souffler. Explications.

À retenir
  • La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 gèle à 170 le nombre de trimestres requis pour les assurés nés en 1964 et entre janvier et mars 1965, contre 172 prévus initialement, pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026.
  • Ce gain s'échelonne selon la date de naissance : trois trimestres de moins pour les personnes nées en 1964, deux pour celles nées entre janvier et mars 1965, et un seul pour celles nées entre avril et décembre 1965, tandis que les générations 1966 et suivantes restent soumises à 172 trimestres.
  • Atteindre l'âge légal ne garantit pas automatiquement le taux plein si des trimestres manquent, et il est conseillé à chacun de vérifier sa situation individuelle auprès de sa caisse de retraite.

170 trimestres au lieu de 172 : le cadeau inattendu fait à une génération entière

Pendant des mois, les personnes nées en 1964 ou au tout début de l'année 1965 se préparaient à cotiser deux trimestres de plus que leurs aînés. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 change la donne en suspendant une partie du calendrier prévu par la réforme des retraites de 2023. Résultat : le seuil est gelé à 170 trimestres, contre 172 initialement annoncés pour cette classe d'âge. Ce gel s'applique aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026, et il ne s'agit pas d'un simple ajustement administratif. Deux trimestres en moins, c'est concrètement six mois de cotisation en moins à valider pour toute une génération. Pour beaucoup, cela ouvre la porte à un départ anticipé, ou à une pension à taux plein sans avoir à repousser leur date de liquidation comme ils le redoutaient.

Qui sont les grands gagnants de ce retour en arrière ?

La mesure ne concerne pas tout le monde de la même façon. Les principaux bénéficiaires sont clairement identifiés : les assurés nés en 1964, ainsi que ceux nés entre janvier et mars 1965. Cette fenêtre précise détermine qui profite de l'allègement et qui reste soumis aux règles plus strictes du calendrier initial. Pour rendre les choses plus lisibles, voici comment se répartissent les nouveaux seuils selon l'année de naissance :

Date de naissance Âge légal applicable Trimestres requis Évolution
1964 62 ans et 9 mois 170 3 trimestres de moins
Janvier à mars 1965 62 ans et 9 mois 170 2 trimestres de moins
Avril à décembre 1965 63 ans 171 1 trimestre de moins
1966 63 ans et 3 mois 172 Aucun changement
1967 63 ans et 6 mois 172 Aucun changement
1968 63 ans et 9 mois 172 Aucun changement
À partir de 1969 64 ans 172 Aucun changement

On le voit, la formule d'une « génération entière » concernée mérite d'être nuancée. Elle correspond surtout à ceux nés en 1964, pas à l'ensemble de la génération 1965. Une personne née en février 1965 profite d'un gain particulièrement net : son âge légal recule de 63 ans et 3 mois à 62 ans et 9 mois, et sa durée d'assurance requise passe de 172 à 170 trimestres. En revanche, une personne née en 1966 doit toujours réunir 172 trimestres, sans changement. Au-delà de cette génération pivot, la mesure oblige beaucoup de futurs retraités à revoir leurs projections, souvent à leur avantage.

Quelles conséquences concrètes sur vos droits à la retraite ?

Ce changement de règle joue directement sur deux paramètres : l'âge de départ et le montant de la pension. Deux trimestres de moins à valider peuvent représenter, selon les carrières, plusieurs mois de retraite anticipée ou un taux plein atteint plus rapidement que prévu. Attention toutefois à une confusion fréquente : les trimestres validés ne sont pas uniquement ceux issus du travail. Certaines périodes de chômage, de maladie ou de maternité peuvent aussi compter dans la durée d'assurance, ce qui explique pourquoi deux personnes nées la même année peuvent avoir des situations très différentes. Il faut aussi distinguer cette durée d'assurance des trimestres cotisés, dont les règles restent plus strictes pour certains départs anticipés, notamment en carrière longue.

Autre point de vigilance : atteindre l'âge légal ne garantit pas automatiquement le taux plein si des trimestres manquent encore. Un départ reste possible, mais la pension peut alors subir une décote. À l'inverse, à 67 ans, le taux plein est en principe accordé quel que soit le nombre de trimestres réunis, même si une carrière incomplète peut réduire le montant calculé. Et réunir 170 trimestres ne promet pas non plus un montant de pension précis : les revenus perçus durant la carrière et les règles propres à chaque régime entrent aussi dans l'équation. Chaque personne concernée a donc tout intérêt à vérifier sa situation individuelle auprès de sa caisse de retraite, car les effets de cette suspension varient selon les parcours professionnels et les trimestres déjà validés.

En résumé, cette suspension du calendrier ramène à 170 trimestres la durée requise pour les personnes nées en 1964 ou entre janvier et mars 1965, un allègement présenté comme valable jusqu'en janvier 2028, mais qui ne s'applique pas uniformément à tous les futurs retraités. Ceux qui pensaient devoir travailler plus longtemps peuvent revoir leurs plans avec un peu plus de sérénité, à condition de vérifier précisément leur relevé de carrière. Reste à savoir si ce répit sera durable, ou s'il ne fait que retarder de deux ans un calendrier de réforme qui pourrait bien reprendre son cours.

Louise

Rédactrice spécialisée Argent depuis 10 ans, j'apporte ici mon expertise sur les sujets Retraite, épargne, budget ou encore immobilier. Passionnée par ailleurs par la psychologie, j'écris également à ce sujet.

Aucun commentaire à «En gelant à 170 trimestres la durée de cotisation, le gouvernement a littéralement rendu à toute une génération des mois de retraite qu’elle croyait perdus»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires