J’ai retrouvé une liasse de billets en francs dans le secrétaire de ma mère : à la Banque de France, on m’a expliqué ce qu’ils valaient vraiment aujourd’hui

Retrouver des billets en francs dans un vieux secrétaire ravive des souvenirs, mais leur valeur légale a disparu en 2012. Pourtant, certains peuvent avoir une valeur aux yeux des collectionneurs. Voici comment les faire expertiser.

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Par L'équipe JDS

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Le secrétaire en marqueterie sentait la naphtaline et le vieux papier. Sous une pile de correspondance, une enveloppe kraft renfermait une liasse aux couleurs passées, un peu jaunies par les décennies. Pascal, Delacroix, Saint-Exupéry : trois visages d'une France qui comptait encore en francs.

Le premier réflexe a été celui d'un aller-retour rapide au guichet. Direction la succursale la plus proche de la Banque de France, billets en main, pour un échange qui semblait couler de source.

La réponse est tombée, nette.

À retenir
  • Les billets en francs ne peuvent plus être échangés depuis le 17 février 2012 auprès d'aucune banque.
  • Leur valeur légale a disparu, mais un marché de collectionneurs existe pour les exemplaires rares et bien conservés.
  • Les pièces anciennes en argent peuvent avoir une valeur supplémentaire à faire vérifier par un expert numismate.
  • Ne pas nettoyer ni endommager les billets préserve leur potentiel de valeur auprès des collectionneurs.

Le couperet du 17 février 2012

À l'agence, l'explication a été formelle et sans appel. Cette possibilité a définitivement disparu selon deux dates précises : le 17 février 2005 pour les pièces, et le 17 février 2012 pour les billets. Passé ces échéances, aucun guichet, aucune banque ni aucun bureau de change ne peut plus convertir des francs, quel que soit le montant en jeu. Un couperet définitif, sans dérogation possible pour les retardataires.

Le phénomène n'a rien d'anecdotique. La Banque de France a annoncé que le budget français serait crédité de 526 millions d'euros, 55 millions de « vieilles » coupures de 500 francs à 20 francs n'ayant pas été rapportées dans les délais impartis.

Au total, 1,5 million de billets ont été portés à l'échange, pour une valeur globale de 378 millions de francs, soit 57,6 millions d'euros, entre le 1er septembre 2011 et le 17 février 2012. Le taux de conversion officiel, fixé à 1 euro = FRF 6,55957, reste la référence utilisée pour calculer l'équivalent en monnaie commune de ces vieilles coupures.

Ce que la Banque de France explique vraiment

Le couperet est irréversible.

Aucune banque ni aucun guichet ne peut aujourd'hui reprendre un billet en francs, quelle que soit la coupure présentée. La valeur légale a disparu, comme si le papier redevenait un simple morceau d'histoire imprimé. Mais l'agent de la Banque de France a nuancé son propos avant de laisser repartir le visiteur. La valeur d'échange s'est éteinte en 2012, pas forcément la valeur tout court.

Un marché parallèle a pris le relais, celui des collectionneurs. Le marché est devenu un marché de collectionneurs, où la rareté du modèle, l'année d'impression et l'état de conservation comptent bien plus que la valeur faciale d'origine. Les billets les plus anciens, gardés à l'abri de la lumière et de l'humidité, attirent le plus l'œil des numismates.

Le marché discret des collectionneurs

Impossible de deviner une estimation au premier coup d'œil. Les catalogues spécialisés, comme « Le Franc » ou « Le Gadoury » qui déterminent l'argus numismatique, servent de première référence pour situer un billet ou une pièce.

Pour un avis plus poussé, mieux vaut solliciter un professionnel capable de repérer une variante de gravure ou un défaut d'impression invisible à l'œil non averti. La Fédération française des associations numismatiques et la Société française de numismatique orientent aussi les particuliers vers des experts sérieux. Certains billets et pièces rares intéressent encore les numismates aujourd'hui, longtemps après leur retrait de la circulation.

Le hasard fait parfois bien les choses.

Les pièces en argent, la surprise oubliée

La liasse de billets n'est souvent que la partie visible du trésor familial. Au fond d'un tiroir ou d'une boîte à couture dormaient peut-être aussi des pièces de 10 et 20 francs, frappées dans un métal plus précieux que leurs cousines de circulation courante. Certaines anciennes pièces de ces valeurs faciales contenaient de l'argent, contrairement aux versions plus récentes en cupronickel. Il serait imprudent d'affirmer une valeur sans les avoir fait examiner, mais leur composition justifie qu'on les mette de côté plutôt que de les jeter avec le reste.

Une pièce des années 1930 n'a rien à voir avec une pièce des années 1980. Seul un professionnel peut trancher entre le simple souvenir de famille et la pièce recherchée.

Le bon réflexe avant de jeter la liasse

Le premier réflexe, celui de tout envoyer à la corbeille faute de valeur d'échange, serait une erreur. Un numismate peut examiner chaque billet lors d'une simple estimation, souvent sans engagement d'achat. Une photo nette, prise à la lumière du jour, suffit parfois pour un premier avis à distance.

Rien ne presse, tout se conserve.

Mieux vaut éviter de nettoyer un billet taché ou de le plastifier, deux gestes qui abîment la valeur potentielle aux yeux des collectionneurs. Un billet plié dans une enveloppe depuis quarante ans garde souvent un meilleur état qu'un billet manipulé récemment. Les pièces, elles, ne doivent jamais être frottées ni polies, la patine faisant partie de leur histoire. Chaque détail, du numéro de série à la signature imprimée, peut faire basculer une estimation.

Un pan de mémoire familiale

Le billet de 100 francs Delacroix, retrouvé dans cette liasse, appartient à une série émise à partir de 1979, celle des « créateurs et scientifiques célèbres » qui comptait aussi Pascal, Berlioz et Debussy. La liasse de la mère racontait ainsi une époque où le franc rythmait les courses et les salaires, avant de finir peut-être sous verre chez un collectionneur plutôt qu'au fond d'un tiroir une seconde fois.

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