À force de costumes moulants, de villes sauvées à la dernière minute et de batailles numériques, le cinéma de super-héros semblait avoir épuisé son pouvoir de surprise. Clayface, projet DC destiné aux salles de cinéma plutôt qu’à une chaîne de diffusion, prend pourtant le contre-pied de cette fatigue.
Cet automne, le film réalisé par James Watkins, avec un scénario coécrit par Mike Flanagan, attire autant qu’il inquiète. Tom Rhys Harries y incarne Matt Hagen, un homme dont la trajectoire ne ressemble guère à celle d’un héros classique. L’idée n’est pas de célébrer un justicier, mais d’accompagner une perte de contrôle. Une proposition qui promet de secouer les habitudes des amateurs de comics, y compris ceux qui préfèrent d’ordinaire les récits plus rassurants.
- Clayface, réalisé par James Watkins et coécrit par Mike Flanagan, suit Matt Hagen, incarné par Tom Rhys Harries.
- Le film DC privilégie le body horror et la tragédie psychologique aux codes habituels du blockbuster de super-héros.
- Cette relecture sombre, déconseillée aux spectateurs sensibles, divise par son ton adulte et oppressant.
Clayface transforme le super-héros en cauchemar
Avec Clayface, DC délaisse volontairement les codes familiers du blockbuster pour s’aventurer vers le film d’horreur corporel, ce genre où le corps devient le premier lieu de l’angoisse. James Watkins, à qui l’on doit notamment Speak No Evil, semble être un choix cohérent pour raconter la chute de Matt Hagen. Le personnage, connu dans les comics pour sa capacité à modifier son apparence, possède un potentiel visuel évident, mais aussi une dimension tragique : que reste-t-il de soi lorsque son visage, sa voix et sa chair ne sont plus stables ?
Mike Flanagan, associé à des œuvres d’horreur plus psychologiques (comme The Haunting of Hill House sur Netflix), apporte de son côté une sensibilité souvent attentive aux blessures intimes. Clayface ne se présente donc pas comme une simple parenthèse monstrueuse, mais comme le portrait d’un homme qui devient étranger à lui-même.
Un récit de body horror plus dérangeant qu’héroïque
Le pari peut dérouter un public habitué aux grandes aventures DC, où le danger finit généralement par être contenu dans un affrontement spectaculaire. Ici, la métamorphose de Matt Hagen devrait constituer le cœur du récit, avec ce que cela suppose de malaise et de visions potentiellement éprouvantes. Le film est clairement déconseillé aux spectateurs sensibles aux transformations physiques et aux atmosphères oppressantes. L’enjeu n’est pas seulement de montrer une créature, mais de faire ressentir la peur de devenir cette créature.
Cette approche rapproche davantage Clayface de certains récits de David Cronenberg que des aventures colorées de Superman. Pour les spectateurs qui découvrent les productions de streaming et les nouveaux territoires du fantastique, il faut donc savoir à quoi s’attendre : moins de traits d’humour, davantage de tension, et une horreur qui cherche à s’installer sous la peau.
Un film trop sombre pour DC ou enfin audacieux ?
La division était presque inévitable. D’un côté, Clayface peut sembler très éloigné des films de super-héros conçus comme des rendez-vous familiaux. De l’autre, cette liberté de ton pourrait donner à DC une identité plus singulière, en prouvant que tous ses personnages ne doivent pas suivre la même recette. Le scénario coécrit par Mike Flanagan nourrit logiquement les attentes : son nom évoque moins le fracas que la construction patiente d’une inquiétude et la place accordée aux personnages. Le vrai test sera l’équilibre entre l’horreur et l’émotion. Si James Watkins réduit Matt Hagen à une suite d’effets repoussants, le film risque de n’être qu’une curiosité. S’il fait de sa mutation une tragédie humaine, Clayface pourrait ouvrir une voie inattendue pour les futures adaptations DC.
Clayface ne cherche manifestement pas à rassurer, et c’est sans doute ce qui le rend le plus intrigant. Entre le regard de James Watkins, l’écriture de Mike Flanagan et l’interprétation attendue de Tom Rhys Harries, ce film pourrait rappeler qu’un personnage de comics peut aussi porter un drame noir, adulte et inconfortable.



