Les paquets de mort-aux-rats en grains que versaient nos parents au grenier n’existent plus pour les particuliers. Depuis 2017, une nouvelle réglementation impose des boîtes d’appât sécurisées et interdit la vente en vrac. Un changement de logique qui oblige à repenser le geste ancestral.
Mon père versait de la mort-aux-rats en grains au grenier à chaque automne : quand j’ai voulu faire pareil aux premiers frais, au magasin, on m’a expliqué ce qui avait changé

- La vente en vrac de rodenticides au grand public est interdite depuis l'arrêté du 20 avril 2017
- Les appâts doivent être conditionnés en boîtes sécurisées plafonnées à 500 g pour les souris et 1,5 kg pour les rats
- Les produits vendus aux particuliers doivent pouvoir se manipuler sans équipement de protection particulier
Le paquet de grains n'a plus de rayon
Le paquet de grains que mon père versait au grenier à chaque automne n'a plus d'équivalent pour le particulier. Depuis l'arrêté du 20 avril 2017, les rodenticides destinés au grand public s'utilisent dans des boîtes d'appât sécurisées, et la vente en vrac est exclue. Je l'ai découvert au comptoir, paquet imaginaire à la main.
Je m'y suis pris comme lui, aux premiers frais. Des petites bêtes cherchaient à entrer, des bruits couraient sous la charpente, et je me suis souvenu de la soucoupe posée entre deux solives. Le geste m'est revenu intact : le vieux paquet au fond du placard, la poignée de grains, le pas léger sur l'échelle de meunier.
Au magasin, on m'a expliqué que ce rayon-là n'existait plus.
Ce que dit l'arrêté, article 5
Le texte a été pris en application de l'article R. 522-16 du code de l'environnement. Son article 5 est consacré aux produits rodenticides autorisés pour le grand public, et il tient en quelques lignes seulement.
Première exigence : ces produits sont utilisés dans des boîtes d'appât sécurisées. L'arrêté définit l'objet avec précision. Il s'agit d'une boîte équipée d'un dispositif de fermeture qui empêche son ouverture par les enfants, conçue pour que l'appât reste inaccessible aux organismes non ciblés.
Seconde exigence, la plus parlante pour qui a connu les paquets d'avant : la vente en vrac n'est pas autorisée. Plus de grains à verser depuis un sachet entamé, plus de dose à l'œil.
La soucoupe sur la poutre ne rentre dans aucune de ces cases.
Des emballages plafonnés, et pas de gants
L'article 5 va plus loin pour les anticoagulants, ceux de la famille des anti-vitamines K. La quantité conditionnée dans un emballage ne dépasse pas 500 g pour les produits destinés aux souris, et 1,5 kg pour ceux visant les rats, ou les rats et les souris. Le second plafond équivaut à un kilo et demi de sucre, pas davantage. Le stock constitué pour tout l'hiver, version grand sac, n'a donc plus cours.
À mon sens, c'est un changement de logique plus qu'une contrainte. On n'achète plus pour la saison, on achète pour un problème précis, à l'endroit précis où les bruits ont été entendus.
Dernier volet : l'arrêté n'autorise pas, pour le grand public, les usages ou conditionnements dont l'évaluation des risques, menée au titre du règlement européen 528/2012, rendrait le port de gants nécessaire. Un produit qui suppose des gants ne se trouve donc pas dans le rayon des particuliers. La lecture est simple : ce qui est vendu à tout un chacun doit pouvoir se manipuler sans équipement particulier.
Au rayon : ce que vous trouverez
Vous trouverez des appâts présentés avec leur boîte fermée, et c'est ce que l'on m'a montré ce jour-là. Les appâts peuvent se présenter en doses individuelles rangées dans la boîte, ce qui est à vérifier sur l'emballage. Ce qui est exclu, c'est le vrac. Un appât ne se verse plus, il se loge dans son contenant.
Le geste de mon père relevait du vrac.
Pour un achat sans mauvaise surprise, trois repères suffisent : la boîte d'appât sécurisée, le poids indiqué sur l'emballage et l'étiquette du produit. Un anticoagulant contre les souris qui afficherait plus de 500 g devrait vous alerter. Même réflexe pour plus de 1,5 kg contre les rats.
Posez ensuite la boîte là où vous avez entendu les bruits. Dans un grenier, cela veut souvent dire le long d'un mur ou d'une solive, à l'endroit où les petites bêtes longent le bâti. La soucoupe, elle, peut retourner au vaisselier.
Transmettre le geste, pas le paquet
Mon père faisait avec les règles de son époque, rien de plus. Je ne vois aucune raison d'en faire un mauvais élève rétrospectif.
Ce qui se transmet bien, c'est le calendrier. Lever la tête aux premiers frais, monter au grenier, écouter avant d'agir : cette vigilance d'automne vaut toutes les boîtes du monde. Le contenant a changé, le rendez-vous saisonnier reste le même.
Si vous avez hérité, comme moi, d'un vieux paquet oublié au fond d'un placard, le texte de 2017 ne raconte pas ce qu'il faut en faire. Ce sujet relève d'une autre réglementation, celle de la gestion des produits périmés, que l'arrêté n'aborde pas. Je me garde donc de trancher ici, et vous invite à poser la question à votre point de vente ou à votre déchetterie.
Relire le texte à la source
Le texte a été publié au Journal officiel du 3 mai 2017, et Légifrance indique une version en vigueur depuis le 4 mai 2017 pour l'article 5. Le lien vers le texte figure avec cet article.
Un arrêté peut être modifié après sa publication. Je me suis appuyé sur le texte d'origine, pas sur une version consolidée relue mot à mot, et je vous conseille de vérifier l'état actuel de l'article 5 avant de citer un plafond ou une obligation à un voisin qui s'apprête, lui aussi, à monter au grenier avec sa soucoupe.
Sources : legifrance.gouv.fr | aida.ineris.fr