Sur Netflix, Le Veuf : Jusqu’à ce que la mort… retrace l’affaire Thomas Randolph, cet homme de Las Vegas marié six fois, dont quatre épouses sont mortes. Surnommé le « Veuf noir », il se retrouve au cœur d’un récit criminel qui dépasse largement le simple fait divers.
Réalisé par Chris Smith, le documentaire suit l’enquête menée pendant plus de quinze ans par le journaliste Dan Slepian, aux côtés du détective Dean O’Kelley. Grâce à des images rarement vues et à des entretiens directs avec Randolph, le film éclaire surtout une question troublante : comment cet homme, déjà acquitté dans une précédente affaire, a-t-il pu continuer à échapper aussi longtemps aux soupçons ?
- Le documentaire retrace l’enquête de plus de quinze ans sur Thomas Randolph, marié six fois et soupçonné après la mort de quatre épouses.
- Sharon Causse et Michael Miller ont été retrouvés morts en 2008, l’accusation estimant que Miller avait été engagé pour tuer Sharon contre des assurances-vie.
- Après l’annulation d’une première condamnation, Randolph a été rejugé et reconnu coupable du double homicide, avec une peine minimale de soixante ans de prison.
Quatre mortes, six mariages : le troublant parcours du « Veuf noir »
Thomas Randolph a connu six mariages et quatre décès d’épouses, dans des circonstances qui finissent par attirer l’attention des enquêteurs. L’une est morte par balle dans une affaire classée comme un suicide, tandis qu’une autre a succombé après une opération cardiaque jugée suspecte. Une troisième est décédée d’un cancer. À chaque fois, la présence de polices d’assurance-vie importantes nourrit les interrogations.
Le dossier bascule véritablement lorsque Sharon Causse, sa sixième épouse, est retrouvée abattue à leur domicile, aux côtés de Michael Miller. Randolph affirme alors qu’un intrus a tué sa femme avant qu’il n’abatte l’agresseur en état de légitime défense. Une version qui se fissure rapidement : selon l’accusation, Michael Miller n’était pas un cambrioleur, mais l’homme engagé pour tuer Sharon Causse afin de permettre à Randolph de percevoir environ 360 000 dollars d’assurances.
Une enquête hors norme, filmée au plus près du suspect
Le principal atout du documentaire tient à son accès exceptionnel à Thomas Randolph. Dan Slepian, producteur d’enquête pour Dateline, a enregistré avec lui de longs échanges au fil des procédures. Ce face-à-face donne au film une tension singulière : plutôt que de se contenter d’une reconstitution classique, Chris Smith met en regard les paroles du suspect et les éléments qui les contredisent.
Le détective Dean O’Kelley, qui a repéré les incohérences de la scène de crime, apporte le fil méthodique indispensable à ce récit dense. L’équipe de Dan Slepian a même filmé une étape décisive de l’affaire : l’arrestation de Randolph, qui refuse de coopérer avant d’être maîtrisé par la police. Quelques effets de mise en scène peuvent sembler appuyés, mais ils ne font pas oublier la matière judiciaire, très concrète, du dossier.
Netflix révèle les zones d’ombre d’une affaire qui continue de hanter les familles
Le Veuf : Jusqu’à ce que la mort… ne réduit pas l’affaire à la figure spectaculaire d’un homme surnommé le « Veuf noir ». Le film laisse aussi une place à Colleen Beyer, la fille de Sharon Causse, dont le deuil rappelle ce que ces longues batailles judiciaires coûtent aux proches. Randolph a d’abord été reconnu coupable, avant que cette condamnation soit annulée. Rejugé par la suite, il a finalement été reconnu coupable du double homicide de Sharon Causse et Michael Miller, avec une peine d’au moins soixante ans de prison. Cette succession de décisions constitue le cœur du documentaire : les lenteurs, les failles et les contradictions de la justice y comptent autant que le portrait du suspect lui-même.
Pour les amateurs de récits criminels, ce documentaire se distingue moins par la recherche du choc que par l’accumulation patiente des détails. Il montre comment une affaire peut se construire au fil des années, entre témoignages, procédures et paroles changeantes. Derrière l’énigme criminelle, Netflix propose ainsi le portrait inquiet d’un système qui a mis longtemps à relier les indices.



