Je ramassais chaque octobre un seau de châtaignes au pied du même arbre en lisière : le jour où le propriétaire est sorti de chez lui, j’ai compris

Un automne, le propriétaire d’un châtaignier en lisière a rappelé à l’auteur une règle oubliée : les fruits du sol appartiennent à celui qui possède le terrain. Entre absence de clôture et droit de propriété, comprendre les règles de la cueillette.

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Par L'équipe JDS

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Le seau, les gants, le chemin qui s'effiloche en pré : tout était à sa place, comme chaque octobre depuis des années, au pied du même châtaignier en lisière. Ce matin-là, une porte s'est ouverte de l'autre côté de la haie, et un homme est sorti de la maison que je n'avais jamais vraiment regardée. Je n'ai pas eu besoin qu'il parle pour comprendre.

Cet arbre avait un propriétaire.

À retenir
  • En forêt publique, la cueillette familiale est autorisée jusqu'à 5 litres par personne et par jour selon l'ONF
  • En forêt privée, l'autorisation préalable du propriétaire est obligatoire selon l'article 547 du Code civil
  • Avant de ramasser, contactez la mairie pour identifier le propriétaire et vérifier les arrêtés locaux de la commune
  • On ramasse uniquement au sol, sans gaule ni endommagement, et on ne revend jamais les fruits cueillis

Un rituel d'automne, bogues et gants épais

Le geste n'a pas changé d'une génération à l'autre. On repère les bogues ouvertes, on écarte du pied les hérissons de piquants, on glisse deux doigts gantés pour attraper les fruits brillants, et le seau se remplit avec ce bruit sourd que les enfants adorent. Les gants, eux, finissent l'après-midi troués de minuscules épines.

Ce qui fait la tendresse de ce rendez-vous tient moins au butin qu'à la transmission. On apprend aux petits à reconnaître la châtaigne bien pleine de celle qui sonne creux, on leur montre qu'on ramasse ce que l'arbre a laissé tomber, sans secouer les branches ni abîmer l'écorce. Les châtaignes se prennent au sol, et nulle part ailleurs.

L'homme sur le pas de sa porte

Il n'était pas en colère. Il m'a simplement demandé si je savais à qui appartenait l'arbre.

J'ai répondu la vérité : non. Aucune clôture, aucun panneau, un sentier qui passait au pied du tronc, et des années d'habitude pour faire le reste. J'avais pris l'absence d'interdiction pour une permission.

Un arbre sans clôture n'est pas un arbre sans maître.

Ce que dit la règle, et ce qu'elle ne dit pas

L'Office national des forêts est clair sur le cas le plus courant. En forêt domaniale, celle qui appartient à l'État, la cueillette est autorisée si elle reste dans le cadre d'une consommation familiale et que les prélèvements demeurent raisonnables, soit 5 litres par personne et par jour, sauf réglementation locale contraire. Le chiffre est précis, l'esprit aussi : on ramasse pour sa table, pas pour un stock.

Toutes les forêts publiques ont un propriétaire, rappelle l'ONF, qu'il s'agisse de l'État, d'une région, d'un département ou d'une commune. La tolérance n'est donc pas un droit universel qui flotterait au-dessus des parcelles.

Ailleurs, en forêt privée comme dans une châtaigneraie, il faut l'autorisation préalable du propriétaire. C'est l'article 547 du Code civil qui en pose le principe : les fruits du sol reviennent à celui qui possède le terrain. Or une lisière sans grillage, un chemin ouvert ou l'absence de panneau ne valent pas accord, et c'est précisément le piège dans lequel j'étais tombé. Mon châtaignier se trouvait, de toute évidence, dans cette seconde catégorie.

Un arrêté local peut aussi changer la donne.

Les bons réflexes avant de sortir le seau

Le premier consiste à se renseigner. La mairie est le bon interlocuteur pour savoir à qui appartient la parcelle et si un arrêté local encadre la cueillette sur la commune. Un coup de téléphone suffit, et il vous évite de découvrir la règle sur le pas d'une porte.

Quand la maison est à côté de l'arbre, la sonnette aussi. Mieux vaut obtenir un accord clair, en précisant combien de personnes viendront et ce que vous comptez prendre.

Dernier point, qui va de soi pour qui ramasse en famille : on ne revend pas. La cueillette tolérée ou autorisée vaut pour la consommation du foyer, et ce cadre-là ne se négocie pas avec un étal de marché. Le propriétaire qui dit oui à un seau ne dit pas oui à un commerce.

Au pied de l'arbre, les gestes qui préservent

Les bonnes pratiques tiennent en peu de chose. Des gants épais pour manipuler les bogues piquantes, un seau ou un panier plutôt qu'un sac que l'on remplira sans compter, et des fruits ramassés tombés au sol. On ne gaule pas les branches, on n'entaille pas l'écorce, on ne tire pas sur les rameaux : l'arbre appartient à quelqu'un, et il doit encore donner l'an prochain.

Le seau, les bogues et le gant posés côte à côte font d'ailleurs la plus belle photo de la saison. Autant que l'image raconte une cueillette en règle.

Ce que j'ai changé depuis

J'ai fini par sonner. Mon voisin de lisière m'a donné son accord pour la saison, et depuis, nous passons le saluer avant de descendre au châtaignier avec les petits.

Nous restons à 5 litres par personne, par prudence.

Avant toute balade dans une forêt que vous connaissez mal, jetez un œil à l'arrêté de la commune ou du secteur visité : dans une réserve, un parc ou une zone réglementée, la cueillette peut être interdite, et la limite de 5 litres s'efface devant une règle locale plus stricte.

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