Ce vieux bidon de désherbant au fond du garage ne peut plus être vidé sur l’allée depuis 2019 : les pesticides chimiques sont interdits aux particuliers. La loi Labbé encadre strictement ce que les jardiniers amateurs peuvent employer, et impose de rapporter les produits non utilisés en déchetterie. Des alternatives naturelles existent pour entretenir son jardin.
On s’obstine tous à vider sur l’allée le vieux bidon de désherbant retrouvé au fond du garage, alors que la déchetterie demande tout autre chose

- Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter ni utiliser de pesticides chimiques de synthèse
- Les produits de biocontrôle, à faible risque et d'agriculture biologique restent autorisés au jardin
- Les bidons non utilisés et leurs emballages doivent être rapportés en déchetterie ou lors des collectes Éco-DDS
Le bidon du garage et la corvée d'avant l'hiver
Le dernier week-end sec d'octobre appartient à la corvée d'avant l'hiver : balayer la cour, gratter l'allée, ranger le garage. Au fond d'une étagère, il est là, le bidon de désherbant, à moitié plein, l'étiquette passée. Le réflexe est presque universel, on le vide sur les graviers pour ne pas gaspiller.
La déchetterie, elle, demande tout autre chose.
Ce réflexe a une généalogie. Il vient souvent du père, qui dosait à l'œil au printemps et gardait le reste en haut de l'étagère, avec la conviction solide qu'un produit payé ne se jette pas. Beaucoup d'entre nous ont hérité du geste en même temps que du bidon.
« Je pensais pouvoir l'utiliser » : ce que la loi a changé
« Je pensais pouvoir finir ce que j'avais acheté » : la phrase se comprend, surtout devant un bidon encore bien entamé. Jeter un produit payé, c'est un double gâchis, l'argent d'abord, la matière ensuite. Mais depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter ni utiliser de pesticides chimiques de synthèse. Un vieux désherbant de garage a de fortes chances d'entrer dans cette catégorie.
L'échéance a d'ailleurs été avancée. La loi de 2014 visait le 1er janvier 2022, et la loi de transition énergétique du 17 août 2015 l'a rapprochée de 3 ans.
Le texte de référence se nomme loi Labbé et figure à l'article L253-7 du Code rural. Il encadre ce que les jardiniers amateurs peuvent acheter et employer chez eux. Il concerne quiconque traite sa propre cour sans en faire son métier.
Ce que l'on peut encore utiliser au jardin
Le ministère de l'Agriculture détaille la règle dans sa page « Jardiner avec des produits d'origine naturelle ». Restent autorisés les produits de biocontrôle, les produits à faible risque et ceux dont l'usage est permis en agriculture biologique. Ces trois familles forment désormais toute l'offre destinée aux jardiniers amateurs. La frontière passe donc par la nature du produit, pas par la taille du jardin.
Au moindre doute sur le contenu d'un bidon, on le rapporte.
Ces produits autorisés ne s'emploient pas comme l'ancien désherbant du père. On les achète au besoin, on lit l'étiquette avant chaque passage, et l'on renonce à la réserve censée durer trois saisons.
À la déchetterie, on vous explique
Le ministère est clair : les produits non utilisés et leurs emballages se rapportent en déchetterie. Le bidon vide ou presque n'échappe donc pas à la règle, puisque l'emballage compte autant que le contenu. Ni la cour ni le caniveau ne figurent parmi les destinations prévues.
Concrètement, on referme le bidon avec soin et on le dépose tel quel, sans le transvaser. Le geste prend le temps d'un trajet en voiture.
Le vider sur l'allée ne l'élimine pas, cela le déplace.
Les collectes de déchets chimiques des ménages
À côté des déchetteries existent des collectes de déchets chimiques des ménages, organisées par l'éco-organisme Éco-DDS. Le sigle désigne les déchets diffus spécifiques, ces restes de produits dangereux qui s'accumulent dans les garages et les cabanons. Lors de l'entrée en application de l'interdiction en 2019, le ministère annonçait aussi des points de collecte temporaires. Leurs coordonnées étaient précisées sur le site internet d'Éco-DDS.
Ce site reste le bon point de départ pour repérer le lieu de dépôt le plus proche. Autant grouper le voyage : les pots de peinture, les solvants ou les aérosols qui dorment à côté du désherbant relèvent de la même famille de déchets. La déchetterie du coin saura dire ce qu'elle accepte.
Et l'allée, alors ?
Reste l'allée, qui n'a rien demandé. Une binette ou un grattoir à joints, un après-midi sec, suffisent souvent à la remettre en état avant l'hiver.
Pour qui tient à un produit, la gamme autorisée existe : biocontrôle, faible risque, agriculture biologique. On vérifie la mention sur l'étiquette et on respecte le mode d'emploi. Un produit d'origine naturelle n'est pas pour autant anodin, il se dose comme les autres.
Le geste hérité du père avait sa logique d'époque : traiter vite, économiser, ne rien perdre. Il se prolonge très bien aujourd'hui. On rapporte vite, en une seule fois, et on cesse de stocker. Le garage y gagne une étagère, et la cour garde son sol.
Le bidon trouvé au fond du garage a sans doute été acheté en toute légalité : l'interdiction date du 1er janvier 2019, et le calendrier a simplement rattrapé l'étagère. Reste un trajet jusqu'à la déchetterie, bidon refermé et, si le coffre le permet, les pots de peinture d'à côté.
Sources : agriculture.gouv.fr | entre-vignes.fr | recy.net
