« Il pensait devoir attendre ses 62 ans pour lever le pied au travail » : pourquoi son employeur ne pouvait plus lui opposer un simple non

J’ai cru devoir attendre 62 ans avant de réduire mon temps de travail. Mais depuis septembre 2025, tout a changé. Mon employeur ne peut plus me dire simplement non.

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Par L'équipe JDS

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À retenir
  • La retraite progressive est accessible dès 60 ans depuis septembre 2025, au lieu de 62 ans pour les générations 1968 et suivantes.
  • L'employeur ne peut refuser que s'il justifie par écrit les conséquences sur la continuité du service et les difficultés de recrutement réelles.
  • Une demande par lettre recommandée deux mois à l'avance crée un délai de deux mois à l'employeur pour répondre, sinon l'accord est réputé acquis.

Soixante ans, et non plus soixante-deux

Attendre 62 ans n'est plus une obligation : depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est accessible dès 60 ans. Deux décrets parus au Journal officiel du 23 juillet 2025 l'ont confirmé. Jusque-là, l'âge d'accès variait entre 60 et 62 ans selon l'année de naissance : 61 ans et 6 mois pour les nés en 1966, 62 ans à partir de 1968.

Pour la génération 1968 et les suivantes, le gain atteint deux ans pleins.

Le principe tient en une phrase : vous réduisez votre temps de travail, et votre caisse de retraite vous verse en parallèle une fraction de votre pension. La mesure concerne les salariés du secteur privé et les agents de la fonction publique, fonctionnaires comme contractuels. Elle a été assouplie dans le sillage de l'accord « Seniors » du 14 novembre 2024. Le dispositif reste pourtant encore peu utilisé en France.

Les trois conditions à réunir

La première, vous venez de la lire : avoir 60 ans. La deuxième exige de réunir au moins 150 trimestres, soit 37,5 années, tous régimes de base confondus. La troisième impose d'exercer une activité réduite ou à temps partiel, comprise entre 40 et 80 % d'un temps complet.

Le « tous régimes confondus » compte beaucoup pour les carrières en zigzag, partagées entre salariat, fonction publique ou activité indépendante. Pour les forfaits jours, c'est le nombre de jours travaillés qui doit baisser. Votre relevé de carrière, consultable en ligne, vous dira si le compte y est avant toute démarche.

Un calcul rapide aide à visualiser la fourchette. Sur une base de 35 heures hebdomadaires, 40 % correspondent à 14 heures et 80 % à 28 heures. Descendre à 30 heures, soit environ 86 %, ne suffit pas. Passer à 12 heures, soit environ 34 %, non plus.

Ce que l'employeur peut encore répondre

Pour les salariés, la retraite progressive reste soumise à l'accord de l'employeur. Celui-ci n'est pas tenu d'accepter, mais son refus doit être motivé. La nuance est plus lourde qu'elle n'en a l'air.

Le simple « non » ne suffit plus.

Jusqu'ici, un employeur pouvait invoquer une durée de travail jugée incompatible avec l'activité économique de l'entreprise. Depuis septembre 2025, sa justification doit rendre compte des conséquences de la réduction de temps de travail sur la continuité de l'entreprise ou du service, ainsi que des tensions objectives de recrutement sur le poste. Une loi du 24 octobre 2025 est venue renforcer ces exigences de justification. Un refus général ou non motivé devient juridiquement fragile.

Si la réduction de votre temps de travail implique un recrutement, l'employeur doit aussi exposer les difficultés rencontrées pour pourvoir le poste. La motivation doit coller à votre poste et à l'organisation réelle de l'entreprise.

Deux mois, pas un jour de plus

La demande se fait par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins deux mois avant la date souhaitée, en précisant la quotité de travail et la date d'effet. L'employeur dispose alors de deux mois pour répondre, et sans réponse, l'accord est réputé acquis. Le silence joue donc en votre faveur.

Conservez l'accusé de réception : c'est lui qui prouve la date de départ du délai. Chiffrez votre demande avec précision, par exemple 60 % avec deux jours libérés par semaine, plutôt qu'un vague « je voudrais lever le pied ». Une proposition d'organisation claire désarme souvent les objections avant qu'elles ne soient formulées. Et un refus écrit, vous l'aurez noir sur blanc pour l'examiner point par point.

Salaire à temps partiel, pension partielle

Le mécanisme est un cumul : vous percevez le salaire correspondant à votre nouveau temps de travail et une fraction de la pension que vous auriez touchée en partant à la retraite. Plus vous réduisez votre activité, plus la part de pension versée est importante. Les simulateurs des caisses de retraite permettent de chiffrer chaque quotité avant de vous engager.

La retraite progressive n'est pas un aller simple vers l'inactivité : vous continuez à travailler, donc à cotiser. Votre pension définitive sera recalculée à la fin de la période, ce qui permet de la faire progresser.

Le salaire à temps partiel et la fraction de pension se cumulent.

Quand la réponse reste négative

Un refus arrive ? Lisez-le comme un juriste amateur. Parle-t-il de la continuité de votre service, de difficultés de recrutement réelles et documentées sur votre poste ? S'il se contente d'une formule générale, il prête le flanc à la contestation, et les représentants du personnel ou un avocat en droit du travail sauront vous dire quelle suite lui donner.

La négociation reste souvent plus féconde que le bras de fer. Proposer 80 % plutôt que 50 % facilite l'organisation du service. Vous pouvez aussi mettre dans la balance un plan de transmission de vos savoir-faire, argument que les spécialistes RH avancent volontiers, car le dispositif facilite la gestion des fins de carrière et le passage de relais.

Les agents titulaires de la fonction publique sont également concernés : le décret du 15 juillet 2025 leur ouvre la retraite progressive dès 60 ans, à condition de remplir les autres critères. Les rectorats ont d'ailleurs diffusé des circulaires dès fin août 2025.

Dernier point de repère : 150 trimestres, c'est nettement moins que la durée requise pour le taux plein, qui dépasse 170 trimestres pour les générations nées après 1963. Vous pouvez donc bénéficier de la retraite progressive avec plusieurs années de cotisation encore devant vous.

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Toute l'équipe de rédaction Journal des Seniors vous guide à travers ce sujet qui nous concerne tous : la retraite. Comment l'anticiper, la préparer, et comprendre tous les rouages et informations pratiques pour une retraite paisible.

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