Dix épisodes, une promesse de renouveau et une question qui taraude les fans depuis la rentrée : la série a-t-elle vraiment su exister en dehors du sillage de l'AFC Richmond version masculine ? Depuis le 5 août, Apple TV diffuse chaque mercredi un nouvel épisode de cette quatrième saison de Ted Lasso, jusqu'au final diffusé le 7 octobre.
Avec un démarrage à 296,6 millions de minutes vues aux États-Unis dès le week-end de lancement (soit le meilleur score de la plateforme), Ted Lasso a prouvé qu'il avait toujours son public. Mais chiffres d'audience et qualité d'écriture sont deux choses différentes, surtout quand on parle des Lady Greyhounds, cette équipe féminine de deuxième division confiée à Ted.
Alors, personnages inoubliables ou simples copies des gars de Richmond repeintes en rose ? C'est tout l'enjeu de ce bilan critique consacré uniquement aux nouvelles joueuses : la série leur a-t-elle donné de véritables personnalités ou les a-t-elle utilisées pour reproduire les mêmes recettes que l'AFC Richmond masculin ?
- La saison 4 de Ted Lasso, diffusée du 5 août au 7 octobre sur Apple TV, a réalisé 296,6 millions de minutes vues dès son lancement aux États-Unis, un record pour la plateforme.
- Le casting féminin, porté notamment par Tanya Reynolds, Faye Marsay et Abbie Hern, propose des personnages originaux mais certaines arches narratives restent calquées sur celles de Roy Kent ou Jamie Tartt.
- Si la série aborde des sujets inédits comme la précarité du foot féminin, elle est critiquée pour un confort de sitcom et un final plus intime que sportif, laissant la porte ouverte à une saison 5.
Des personnalités propres ou des clones du vestiaire masculin ?
Sur le papier, le casting a de quoi séduire. Tanya Reynolds (révélée dans Sex Education) campe Alice Chilton, entraîneuse recalée au profit de Ted, et son ressentiment initial donne lieu à quelques scènes savoureuses, loin des caricatures. Faye Marsay, qu'on avait adorée dans Andor, incarne Lizzie, défenseuse et mère célibataire, un profil qui tranche avec les silhouettes habituelles du foot télévisé. Jude Mack, en gardienne qui refuse de porter des gants, apporte une excentricité bienvenue, façon Dani Rojas version féminine, sans jamais sombrer dans la redite pure.
Le duo de jumelles rivales, interprété par Rex Hayes et Aisling Sharkey, fonctionne lui aussi, même s'il rappelle furieusement les dynamiques de clans déjà vues côté masculin. Car c'est bien là que le bât blesse par moments : certaines arches narratives semblent calquées sur celles de Roy Kent ou de Jamie Tartt, comme si les scénaristes avaient peur de s'éloigner d'une formule qui a fait ses preuves. Abbie Hern, qui joue Gemma, une attaquante revenue au foot pendant des études de droit, incarne pourtant la preuve que l'originalité est possible quand on laisse le script respirer.
Ce que la saison 4 change (ou pas) dans l'ombre du Richmond masculin
Sur le fond, la série ose aborder des sujets que l'équipe masculine n'avait jamais vraiment traités : la précarité des infrastructures féminines, le manque d'investissement chronique dans ce sport, la difficulté de concilier maternité et compétition de haut niveau. Abbie Hern l'a elle-même rappelé en promotion, la saison ne cherchait pas à copier-coller la mécanique de l'ancienne équipe. Et c'est vrai que certains épisodes, notamment ceux centrés sur les conditions d'entraînement des Lady Greyhounds, touchent une corde sensible que peu de comédies sportives osent gratter.
Mais IndieWire a eu raison de pointer du doigt un confort de sitcom qui s'installe, une saison moins ambitieuse émotionnellement, presque trop sage pour surprendre. D'autres critiques sont allées plus loin, estimant que la série peinait parfois à justifier sa propre existence, comme si le retour de Ted à Richmond relevait davantage du fan service que d'une nécessité narrative. Le final, marqué par le deuil bouleversant de Mae et la relation père-fils entre Ted et Henry, referme la boucle sur une note plus intime que sportive, laissant la porte grande ouverte à une cinquième saison qu'Eddy Cue appelle déjà de ses vœux.
Au final, cette saison 4 ressemble à un match en deux mi-temps bien différentes. La première a le mérite de donner de vraies couleurs à ses nouvelles joueuses, loin des clichés attendus. La seconde retombe trop souvent dans les travers du passé, comme si la série n'osait pas totalement couper le cordon avec son équipe masculine. Les Lady Greyhounds méritent mieux qu'une simple photocopie, même réussie, de ce qui a fait le succès de Richmond. Reste à espérer qu'une éventuelle saison 5 leur offre enfin un terrain bien à elles.


