Renault n’est pas la seule marque à vouloir convaincre les automobilistes de passer à l’électrique. Avec sa nouvelle Ioniq 3, Hyundai propose une voiture au look affirmé, mais qui conserve des repères familiers pour les habitués de l’essence ou du diesel.
Après un peu plus de 200 kilomètres entre Bordeaux et Saint-Émilion, son espace à bord, ses commandes physiques et sa consommation contenue donnent de bonnes raisons de s’y intéresser.
Il y a des voitures que l’on garde parce qu’elles ne réservent plus aucune surprise. On connaît leurs commandes, leur consommation, le moment où il faudra refaire le plein. Au fil des années, cette familiarité finit par compter autant que les qualités du modèle lui-même. Remplacer une voiture essence ou diesel par une électrique revient aussi à renoncer à une partie de ces automatismes.
Les constructeurs répondent souvent à cette hésitation avec des chiffres, des écrans et des équipements supplémentaires. L’essai de la nouvelle Hyundai Ioniq 3 m’a intéressé pour une autre raison : sur notre parcours entre Bordeaux et Saint-Émilion, elle a su se rendre agréable sans que la technologie occupe constamment le premier plan.
Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. Hyundai a pris l’habitude de dessiner des électriques qui attirent l’attention, et cette Ioniq 3 ne cherche pas à devenir invisible. Mais derrière cette personnalité, on découvre une voiture dont les qualités les plus convaincantes sont aussi les plus universelles : avoir de la place, lire facilement ses informations et ne pas multiplier les manipulations inutiles.
Une voiture moderne qui conserve quelques bonnes habitudes
Le détail qui m’a le plus parlé ne figure pas parmi les grandes nouveautés vantées par les marques. Ce sont les boutons. Hyundai en conserve dans cet habitacle pourtant organisé autour d’un écran central. On peut donc apprécier une présentation moderne sans avoir envie de faire défiler des menus à chaque instant. Il y a bien un nouveau système multimédia, baptisé Pleos Connect, et un écran de 12,9 ou 14,6 pouces selon la finition. Leur présence ne fait toutefois pas disparaître l’essentiel. Derrière le volant, un affichage plus petit rassemble les informations de conduite. Durant notre essai, il s’est montré facile à régler et bien lisible, y compris lorsque le soleil arrivait de face. On finit par apprécier ce genre de réussite davantage qu’une longue liste de fonctions dont on ne se servira peut-être jamais.
Cette recherche de simplicité se retrouve dans les proportions de la voiture. Cette Ioniq 3 mesure 4,15 mètres : elle reste d’un gabarit raisonnable, sans donner aux passagers arrière le sentiment d’avoir hérité des mauvaises places. J’y ai trouvé un espace généreux, même pour les grands. De quoi envisager un trajet avec des amis ou la famille sans réserver systématiquement les places arrière aux plus jeunes.
Pour les bagages, Hyundai annonce 441 litres, mais attention : une partie importante (119 litres) se situe sous le plancher du coffre. La disposition permet de séparer les affaires, avec la limite habituelle des compartiments : plusieurs petits espaces ne remplacent pas toujours un seul grand volume. Dans l’habitacle aussi, les rangements sont nombreux, mais certains auraient pu être plus vastes.
À mesure que les kilomètres passent, cette Hyundai laisse une impression assez équilibrée. Les aides à la conduite interviennent de façon bien calibrée ; le confort est correct, sans se distinguer particulièrement. J’aurais apprécié une meilleure isolation acoustique, car l’absence de moteur thermique ne suffit pas à effacer les bruits de roulement. Rien, toutefois, qui ait pesé lourdement sur l’agrément de notre parcours.
Ces observations ont un intérêt pour qui envisage sa première électrique : on peut encore juger cette Ioniq 3 avec les critères que l’on appliquait à sa précédente voiture. La technologie change, mais les attentes restent parfaitement légitimes.
L’autonomie rassure, à condition de bien lire les chiffres
À l’arrivée, la consommation affichée a apporté un argument supplémentaire : environ 14 kWh pour 100 kilomètres, après un peu plus de 200 kilomètres. Sur les sections d’autoroute, à 110 ou 130 km/h selon les portions, nous avons relevé autour de 15 kWh/100 km. Des chiffres obtenus sans chercher à économiser à tout prix ni adapter spécialement notre conduite... bien au contraire.
Si la version d'entrée de gamme affiche 42 kWh, notre voiture disposait de la batterie de 61 kWh et d’un moteur de 135 chevaux. Avec cette dernière, la marque met en avant jusqu’à 497 kilomètres d’autonomie... mais "seulement" 484 pour notre finition Vision, montée sur des roues de 18 pouces.
Notre consommation est encourageante, mais ce parcours ne permet pas de garantir ces distances puisque nous n’avons pas mené l'essai jusqu’à épuisement de la batterie. Les valeurs annoncées sont issues de mesures standardisées, et l’autonomie réelle dépend des conditions d’utilisation. La bonne démarche consiste plutôt à partir de vos déplacements habituels : de quelle distance avez-vous besoin entre deux possibilités de recharge ? Sur ce dernier point, la Ioniq 3 demande encore un peu de patience : Hyundai annonce 29 minutes pour passer de 10 à 80% de charge, sur une borne rapide adaptée.
Enfin, le prix ramène lui aussi aux réalités du choix automobile. Au lancement, l’entrée de gamme avec la petite batterie est affichée à 29 995 euros quand notre Vision de 61 kWh coûte 40 600 euros avec toutes ses options. Son équipement et sa réserve d’énergie expliquent une partie de cet écart, mais cela reste une somme importante pour une voiture de ce format.
Au final, la Ioniq 3 ne fait donc disparaître ni la question du budget ni celle du temps passé à recharger. Mais son mérite est ailleurs : elle donne envie de considérer ces arbitrages après avoir découvert une voiture accueillante et plaisante à utiliser. Face à Renault, VW et les autres, Hyundai avance ainsi un argument qui dépasse la nouveauté de sa motorisation. On peut changer de technologie tout en restant exigeant sur ce qui fait une bonne voiture.












