Une phrase suffit parfois à révéler une génération entière de convictions. Celle-ci, je l'ai dite à ma fille avec l'assurance tranquille de celles qui ont élevé des enfants sans jamais douter de leur méthode : une mère n'a pas à s'excuser devant son fils. Pour moi, c'était une évidence transmise, presque un gène familial. Et puis il y a eu ce jour où mon petit-fils, buté, a refusé de dire pardon. J'ai cru que c'était son caractère. J'ai vite compris que c'était le mien.
- L'American Academy of Pediatrics recommande aux parents de s'excuser une fois calmés et d'expliquer ce qu'ils feront différemment la prochaine fois.
- S'excuser pour sa réaction ne signifie pas annuler la règle : les deux questions restent séparées et doivent être traitées séparément.
- Les enfants reproduisent les comportements observés chez les adultes plus que les principes énoncés, d'où l'importance de l'exemple parental.
Pourquoi j'ai longtemps cru qu'une mère n'avait pas à s'excuser
Dans ma tête, l'autorité se construisait sur une forme d'infaillibilité. S'excuser devant un enfant, c'était lui donner une arme, lui montrer une faille qu'il pourrait exploiter à la prochaine bêtise. J'avais vu ma propre mère fonctionner ainsi : jamais un mot de trop reconnu, jamais une voix trop forte regrettée à voix haute. Le respect, pensait-elle, se méritait par la fermeté, pas par la vulnérabilité. J'ai reproduit ce schéma sans trop me poser de questions, persuadée que céder sur ce point, c'était céder sur tout. Alors quand ma fille est revenue vers son fils après avoir crié un peu trop fort, prête à lui dire qu'elle n'aurait pas dû lui parler comme ça, je l'ai interrompue. À mes yeux, reconnaître une faute devant un enfant revenait à lui donner le dessus.
Le jour où mon petit-fils a refusé de dire pardon m'a ouvert les yeux
Ce jour-là, la scène était presque banale : mon petit-fils devait ranger ses jouets, il traînait des pieds, le ton est monté des deux côtés. Mais au milieu de ce petit chaos domestique, j'ai vu quelque chose de plus troublant. Lorsqu'on lui a demandé de s'excuser pour son attitude, il a refusé net, avec une assurance qui ne lui ressemblait pas vraiment. Et en l'observant, j'ai eu l'impression de me regarder dans un miroir à peine déformé. Ce refus de reconnaître ses torts, cette idée que demander pardon serait une faiblesse, je venais de la lui transmettre sans le vouloir, à travers ma fille, à travers les années. On enseigne le bien du mal par des paroles calmes et des actions cohérentes avec le comportement qu'on attend, et visiblement, mes actions avaient parlé plus fort que mes principes. Ce petit garçon ne faisait que reproduire ce qu'il avait vu : des adultes qui tiennent bon sur la règle, mais qui ne reviennent jamais sur la manière dont ils l'ont fait respecter.
Ce que les experts recommandent vraiment sur l'exemple parental et les excuses
En creusant un peu le sujet, j'ai découvert que l'American Academy of Pediatrics ne voit pas du tout les choses comme je l'avais cru pendant des décennies. Elle recommande aux parents de reconnaître leurs erreurs, de s'excuser une fois calmés, et d'expliquer ce qu'ils feront différemment la prochaine fois. Loin d'affaiblir l'autorité, cette démarche donne un exemple concret de responsabilité face à ses propres actes, exactement ce qu'on espère transmettre à un enfant. Il y a d'ailleurs une nuance essentielle à ne pas rater : s'excuser pour sa réaction ne signifie absolument pas renoncer à la règle. Dire à un enfant « je n'aurais pas dû te parler comme ça » ne veut pas dire « tu n'as plus à ranger ta chambre ». Les deux questions restent séparées, et c'est précisément ce qui en fait la force. Dans la pratique, mieux vaut des excuses courtes, sans ajouter un « mais tu m'as poussé à bout » qui viendrait tout annuler, puis rappeler calmement ce qui était demandé au départ. Cette logique rejoint d'autres principes de discipline positive : fixer des limites claires et constantes, donner des conséquences calmement et fermement sans céder après quelques minutes, ou encore écouter l'enfant jusqu'au bout avant de résoudre le problème. Autant de repères qui montrent qu'on peut être ferme sur le fond et honnête sur la forme, sans que l'un dévalue l'autre.
Au fond, cette histoire m'a appris que notre rôle de grand-parent n'est pas de transmettre des certitudes figées, mais d'accepter que les méthodes évoluent, et que c'est tant mieux. Admettre qu'on a pu se tromper sur un point aussi ancré ne diminue en rien l'amour qu'on porte à nos enfants ni la place qu'on occupe auprès de nos petits-enfants. Cela demande juste un peu d'humilité, la même, finalement, que celle qu'on espère voir fleurir chez eux un jour.


